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  • Lucie, petit colibri de l’environnement

    Lucie, petit colibri de l’environnement

    Article paru dans Agir en rural n°120, « Face au changement climatique, quelles réponses ? »

    Lucie Goetz, 17 ans, est lycéenne. Comme beaucoup de jeunes de son âge, elle prend le problème du dérèglement climatique très à cœur. Mais loin de prôner un engagement écologique radical, elle invite plutôt chacun à faire sa part. Dans cet entretien, j’ai été séduite par la clairvoyance et la motivation d’une jeune qui, loin de vouloir donner des leçons, donne l’exemple en agissant à son niveau et avec ses convictions.

    La rédaction : Lucie, tu as participé à des marches pour le climat. Comment t’es-tu organisée et quel sens cela a pour toi ?

    Lucie : Je suis au Lycée Koeberlé à Sélestat. Les marches pour le climat ont lieu les vendredis après-midi. Alors, avec une amie, nous avions rapidement mangé à la cantine avant de prendre le train pour Strasbourg. Puis nous sommes allées Place Kléber pour rejoindre les autres lycéens. Nous avons participé à la grande manifestation mondiale en mars 2019. Il y avait énormément de monde. C’était impressionnant. En plus il y avait une bonne ambiance et aucune casse. La deuxième manifestation à laquelle j’ai participé, c’était celle avant les élections européennes. Là le cortège s’est rendu jusqu’au parlement européen où nous avons fait signer des chartes aux candidats européens pour qu’ils s’engagent pour l’écologie. Nous étions moins nombreux. Pour moi, ces marches pour le climat ont beaucoup de sens parce que notre futur dépend de ça. Il y a de plus en plus de catastrophes naturelles en lien avec le dérèglement climatique. Il est vraiment important que les politiques mettent en place des mesures et rapidement.

    Le Sénat a voté une loi pour qu’en 2040 il n’y ait plus d’emballages plastiques. Mais je pense que c’est vraiment trop tard. Le Parlement Européen interdit dès 2021 certains produits comme les pailles et les cotons tiges. Pour moi, les marches pour le climat ont beaucoup de sens si elles incitent les politiques à prendre des mesures écologiques. Je suis en terminale ES (Economie et Social) avec option Sciences Sociales et Politiques. Nous sommes en train d’étudier un chapitre intitulé : « Le développement durable est-il compatible avec la croissance économique ? » On se rend compte que c’est quand même compliqué d’associer les deux. Mais je trouve ces cours super intéressants.

    Comment perçois-tu l’engagement de Greta Thunberg ?

    C’est elle qui a lancé le mouvement de la grève étudiante pour le climat. A travers ce mouvement qui est devenu international, il y a plein de gens qui ont pris conscience de l’urgence climatique. Je pense que ce qu’elle fait est très bien parce qu’elle nous représente, nous les jeunes qui avons un peu peur de ce qui va se passer dans l’avenir, notre avenir. Le magazine Time l’a élue personnalité de l’année 2019.

    Lucie, tu peux me dire un peu d’où tu viens ?

    Je viens de Mussig, petit village entre Sélestat et Marckolsheim. Je suis l’aînée d’une famille de six enfants. Mes parents sont agriculteurs, éleveurs laitiers et fromagers plus précisément. J’ai grandi dans le rural au contact de la nature. Je pense que c’est pour ça aussi que je suis sensible à tout ce qui est climat et protection de l’environnement. C’est aussi pour ça que je suis allée manifester pour une autre PAC parce que je me rends compte de la situation des agriculteurs.

    A ton avis, mettre en place une éducation à l’écologie est-ce nécessaire ? Et toi, comment t’y prends-tu ?

    Pour moi, il est important de montrer l’exemple. Les enfants, ce qu’ils font d’abord, c’est de reprendre l’exemple qu’ils connaissent. C’est important que chacun·e se rende compte de l’impact qu’il-elle a sur l’environnement et que chacun fasse un effort. On n’est pas obligé de viser la perfection et surtout pas d’aller dans les extrêmes. C’est déjà bien de commencer par de petites choses, comme essayer de réduire les déchets, prendre les transports en commun (bus, trains) au lieu de la voiture… Il y a des personnes qui n’achètent que du bio, mais parfois des produits qui viennent de loin, alors que d’aller au marché pour acheter du local ça réduit les gaz à effet de serre. Il faut sensibiliser les enfants à la situation climatique de la planète et je pense qu’au niveau des programmes scolaires il devrait y avoir plus de cours par rapport à ce sujet.

    Personnellement, je prends les transports en commun pour aller à Sélestat. La plupart de mes habits, je les achète en friperie ou alors j’essaye de les réparer. Là je suis en train de réparer une de mes vestes. A la maison de toute façon on mange beaucoup local. Vu que mes parents font les marchés, ils achètent la nourriture auprès de ceux qu’ils y côtoient. Les shampoings, savons et dentifrices on les achète en solide, sans emballage.

    En agissant ainsi, comment es-tu perçue par tes ami-es ?

    La plupart de mes ami-es sont aussi sensibles à l’écologie. Il y a très peu de jeunes qui nient le problème climatique. J’ai des amis qui, tout en pensant que c’est un sujet grave, ne s’engagent pas vraiment car ils se sentent impuissants. Ils disent que c’est aux politiques de prendre des décisions et qu’eux ne peuvent rien faire. J’ai une autre partie de mes amis qui s’engagent de différentes façons : certains ne mangent presque plus de viande, d’autres font aussi des achats de seconde main ou prennent les transports en commun.

    Du haut de tes 17 ans, Lucie, comment vois-tu l’avenir ?

    Ce serait beau un monde sans plastique, sans pétrole… mais il faut rester réaliste. J’ose quand même espérer que les choses vont s’améliorer pour l’environnement ou en tout cas qu’elles ne se dégraderont pas encore plus. Les consciences se réveillent de plus en plus. En recherchant un peu au niveau des métiers à faire, j’ai vu que de nouveaux métiers apparaissent. Il existe maintenant des juristes en environnement qui ont pour missions de mettre les entreprises en conformité avec la législation en vigueur sur l’environnement. J’espère qu’il y aura de plus en plus de projets en faveur de l’environnement, pour nous assurer un avenir, à nous et à la planète. Je reste positive.

    Interview réalisée par Valérie Velten

  • Comprendre et agir sur le changement climatique

    Comprendre et agir sur le changement climatique

    Article paru dans Agir en rural n°120, « Face au changement climatique, quelles réponses ? »

    « Climat » : quelle définition ?

    La notion de « climat » renvoie à l’ensemble des éléments qui caractérisent l’état moyen de l’atmosphère. Elle se définit à partir de statistiques sur une longue période (au moins trente ans) alors que la notion de « temps qu’il fait » renvoie aux conditions météorologiques d’un instant donné ou d’une courte période (une journée, une semaine, etc.).

    Quel climat aujourd’hui et demain ?

    Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) présente, dans chacun de ses rapports, les évolutions passées du climat ainsi que les projections futures. Le constat sur les évolutions passées est sans appel, la température moyenne mondiale a augmenté de 0,85°C. Dans son cinquième rapport (publié en 2013), le GIEC montre que la hausse des températures s’est accélérée ces dernières années :

    La température moyenne mondiale (terre et océans) a augmenté de 0,85°C entre 1880 et 2012.
    Chacune des trois dernières décennies (1980-1990 / 1990-2000 / 2000-2010) a été plus chaude que la précédente et que toutes les autres depuis 1850.

    Le changement climatique, un défi mondial…

    Le changement climatique est une problématique mondiale : les émissions d’un pays ont un impact sur le climat du monde entier. Tous les pays sont donc concernés. Les pays anciennement industrialisés ont une responsabilité particulière car ils ont une plus grande capacité à agir et ont davantage contribué au changement climatique par le passé. Mais ils sont aujourd’hui rattrapés par les grands pays émergents. Les pays en développement font face à un triple défi : améliorer leurs conditions de vie ; maitriser leurs émissions de gaz à effet de serre ; s’adapter aux conséquences du changement climatique, qui sont souvent plus fortes pour eux.

    Mais aussi local…

    Les collectivités territoriales, (qu’il s’agisse des communes, des intercommunalités, des départements ou des régions), et les territoires de projets prennent des décisions dans des domaines tels que les déplacements, l’agriculture, l’énergie, l’urbanisme et l’habitat. Ceux-ci ont une influence significative sur les émissions de gaz à effet de serre des territoires. Le dernier rapport du Groupe Intergouvernemental des Experts Climatiques (GIEC) confirme cette évidence en rappelant que 50 à 70 % des mesures d’atténuation et d’adaptation ont vocation à être « mises en œuvre à l’échelon infranational » et ce indépendamment du niveau de compétence dévolu et décentralisé aux collectivités locales.

    La lutte contre le réchauffement climatique : une responsabilité individuelle ?

    Parfois, le défi représenté par le changement climatique nous paraît si gigantesque que notre réaction naturelle est de lever les bras au ciel en signe de désespoir et de nous dire que rien de ce que nous faisons n’y changera rien. Mais ce sont les petites choses (notre manière de vivre et de travailler, ce que nous achetons et mangeons, nos habitudes domestiques) qui peuvent faire pencher dans un sens ou dans l’autre l’équilibre mondial. Cela peut être aussi simple que penser à éteindre une lampe quand on quitte une pièce, baisser le thermostat de quelques degrés… Toutefois, répétés sur des mois et des années, ces petits gestes peuvent exercer sur l’environnement une influence profonde et durable.

    Mélanie Cacace

    Source : https://reseauactionclimat.org/urgence-climatique/

  • La transition écologique : un engagement politique, une implication citoyenne

    La transition écologique : un engagement politique, une implication citoyenne

    Article paru dans Agir en rural n°120, « Face au changement climatique, quelles réponses ? »

    Antoine Raynaud, chargé de mission de l’implication citoyenne, nous explique comment la ville de Loos-en-Gohelle fait rimer transition écologique et démocratie.

    Loos-en-Gohelle, ville en transition

    Après avoir traversé une crise profonde au moment de la fermeture des mines, la ville de Loos a fait le pari de la résilience, du rebond, par la transition écologique. Ce projet de transition est un projet de long-terme qui a deux objectifs indissociables :

    D’une part il vise à préparer la commune aux bouleversements futurs liés au dérèglement climatique.
    D’autre part il propose de nouvelles méthodes démocratiques susceptibles de restaurer la confiance avec les électeurs dans un contexte général de crise de la représentation.
    Ce projet de développement durable est un projet systémique, c’est-à-dire un projet d’ensemble, à l’échelle de tout le territoire et sur tous les secteurs à la fois (agriculture, énergie, transport, implication citoyenne, culture etc). Bien entendu, tout n’est pas parfait et le chemin à parcourir reste long, mais les résultats sont là et sont encourageants.

    L’implication des habitant-es au cœur de la transition

    L’une des caractéristiques du projet de transition loossois est qu’il s’appuie sur l’implication systématique des habitants. À Loos, l’implication est synonyme de responsabilisation et d’engagement. Il ne s’agit pas de rassembler les gens et de remplir des cahiers de doléances pour faire de la participation, mais bien d’en faire des contributeurs impliqués dans le développement de leur territoire.

    L’idée est de chercher à construire tout nouveau projet et politiques publiques à partir des besoins exprimés par la population. Il y a un enjeu à avoir l’implication la plus large et inclusive possible. C’est un facteur de justice sociale et la condition pour que s’expriment toutes les tranches de la population. L’autre objectif est de faire évoluer les gens et de les faire monter en compétences dans une logique semblable à celle de l’éducation populaire. En effet, s’investir dans un projet pour sa ville, c’est s’investir dans une expérience collective complexe dans un cadre de contraintes (règles budgétaires, administratives, etc.). Il faut travailler avec des partenaires divers (municipalité, autres habitant-es, associations, entreprises) aux intérêts parfois contradictoires.

    L’expérience loossoise montre qu’à travers l’expérience, à travers l’action et les projets, les gens développent toutes sortes de qualités (prise d’initiative ; autonomie ; prise de parole en public ; confrontation à la contradiction) qui leur seront utiles pour la vie. Lorsque le projet est réussi, et c’est souvent le cas, il en résulte une certaine fierté d’avoir fait pour sa ville, un gain de confiance en soi et des aptitudes à coopérer. C’est ce que nous appelons la « capacitation », ou empowerment, en anglais.

    Comment évolue le rôle des élu-es ?

    Une des principales conséquences de l’implication est qu’elle fait évoluer le rôle des élu-es. Cela requiert un changement de posture : il faut ouvrir des espaces de manière que les habitant-es puissent véritablement s’investir dans l’élaboration des décisions. Dans un premier temps, il faut reconnaître aux citoyens un droit d’initiative et la légitimité de leur expertise d’usage. L’expertise d’usage correspond à la connaissance que chaque citoyen-ne a de ses besoins, de son environnement (sa rue, son quartier) ou des services publics dont il ou elle est usagère. Cette expertise de terrain est très complémentaire de l’expertise technique des services et de l’expertise politique, de la vision, des élus.

    Pour les élus, l’enjeu désormais est de créer les meilleures conditions pour permettre le débat et la coproduction de politiques publiques avec les citoyen-nes. Les élu-nes passent de la position unique du décideur qui arbitre unilatéralement et verticalement, à celle de l’animateur qui supervise et encadre la construction collective de la décision. Cela n’est pas pour autant synonyme de codécision. Les élu-es sont seul-es à prendre les décisions et conservent la prérogative de l’arbitrage, notamment dans les cas où le processus participatif n’a pas dégagé de consensus. Mais ce sont bien les conditions dans lesquelles se construit la décision qui changent.

    Antoine Raynaud

    Le conseil municipal de Loos-en-Gohelle.
  • Prière pour notre Terre

    Prière pour notre Terre

    Nous avons participé le samedi 22 août 2020 à Champis en Ardèche à la fête de l’agriculture organisée par les Jeunes Agriculteurs avec finale départementale du concours de labours.

    Avec l’animatrice paroissiale Magali et le Père Marc Bonningues il a été décidé de faire un temps de la Parole alternant chants de louanges animés par trois musiciens de la paroisse, temps méditatifs, Évangile du Semeur et homélie par Pascal, paysan et diacre. Ainsi nous avons pu célébrer dehors sur le lieu du rassemblement avec mise à disposition des micros, chaises, sous des arbres et par un temps magnifique !

    Aussi nous souhaitons partager le temps de prière que nous avons élaboré à partir de celle de notre pape François dans Laudato si’.

    Anne et Pascal Lionneton

    « Dieu Tout-Puissant qui es présent dans tout l’univers et dans la plus petite de Tes créatures, Toi qui entoures de ta Tendresse tout ce qui existe, répands sur nous la force de ton Amour pour que nous protégions la vie et la beauté. »

    Seigneur, oriente la vie de toutes les personnes présentes sur un même territoire, qu’elles aillent dans le sens de plus de vie et de beauté.

    «  Inonde-nous de Paix, pour que nous vivions comme frères et sœurs sans causer de dommages à personne. »

    Que nous relevions aujourd’hui encore le défi de la Paix : dans notre voisinage, aux croisements des cultures, entre agriculteurs et citadins, entre producteurs et consommateurs, entre paysans et salariés agricoles ou saisonniers, entre autochtones et nouveaux arrivants, entre les porteurs de méthodes anciennes et ceux de méthodes nouvelles….

    « Ô Dieu des pauvres, aide-nous à secourir les abandonnés et les oubliés de cette Terre qui valent tant à Tes yeux. Guéris nos vies, pour que nous soyons des protecteurs du monde et non des prédateurs, pour que nous semions la beauté et non la pollution ni la destruction. »

    Dans nos territoires ruraux, que chacun prenne sa part dans le respect des autres et les besoins de chacun, que le souci de prendre soin de la Terre comme de ses habitants se fasse jour : vers l’étranger, le paumé, le migrant, le malade, le vieillard…

    « Touche les cœurs de ceux qui cherchent seulement des profits aux dépens de la Terre et des pauvres. »

    Éloigne de nous, Seigneur, les sentiments de domination ou de surexploitation et aide nous à lutter contre le profit à tout prix et surtout celui au dépens des plus pauvres.

    « Apprends-nous à découvrir la valeur de chaque chose, à contempler, émerveillés, à reconnaître que nous sommes profondément unis à toutes les créatures sur notre chemin vers Ta Lumière infinie. »

    Accompagne, Seigneur, notre regard de chaque jour, aide-nous dans la contemplation de la nature au fil des saisons, aide-nous à avoir un regard neuf sur chaque personne qui nous entoure, laisse-nous le temps de T’approcher et de Te découvrir sur notre route.

    « Merci parce que Tu es avec nous tous les jours. Soutiens-nous, nous T’en prions, dans notre lutte pour la justice, l’amour et la paix. Ainsi soit-il. »

    Donne tes forces Seigneur à tous ceux qui s’unissent dans des luttes sociales et agissent grâce à leurs syndicats ou associations, que justice, amour et paix deviennent la récolte de leurs actions. Amen.

    Texte inspiré par le pape François, « Prière pour notre Terre » (Laudato si’).

  • Lettre collective au ministre de l’Intérieur : nous demandons la dissolution de Déméter

    Lettre collective au ministre de l’Intérieur : nous demandons la dissolution de Déméter

    Dans une lettre envoyée ce 17 juillet au nouveau ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, douze associations dont le CMR et un syndicat agricole demandent la résiliation immédiate de la convention de partenariat signée par son prédécesseur avec la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ainsi que la dissolution de la cellule de gendarmerie « Déméter ».

    Cette cellule de renseignement, officiellement dédiée au « suivi des atteintes au monde agricole », a été créée en octobre 2019. Il s’agit d’un dispositif de surveillance mis en place entre la gendarmerie nationale et des organismes privés, fervents défenseurs du modèle agricole conventionnel, avec pour mandat de « mieux protéger nos agriculteurs » contre les infractions (cambriolages, vols, dégradations…) – des actes déjà réprimés par la loi – mais également contre les « actions de nature idéologique », y compris « de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole » qui relèvent de la liberté de penser et d’expression.

    Toute association environnementale, tout syndicat ou individu préoccupé par les conséquences néfastes de l’agriculture intensive pour l’environnement et la santé se trouve menacé de délation et de mesures coercitives. Après quelques mois d’existence, la cellule « Déméter » a d’ailleurs donné lieu à plusieurs dérapages inquiétants : entretien du président de l’association Alertes Pesticides Haute Gironde avec les gendarmes durant une heure sur l’organisation des « États généraux des riverains » ; présence de la gendarmerie lors d’une réunion de préparation d’actions en vue de la « Semaine pour les alternatives aux pesticides » ; convocation à la gendarmerie d’un juriste de l’association Sources et rivières du Limousin pour une interview où ce dernier s’opposait à la construction de serres industrielles…

    « Le gouvernement cherche à museler toute critique du modèle agricole dominant et de l’usage immodéré des pesticides : c’est une menace inquiétante pour la démocratie et la liberté de penser, estime Nicolas Laarman, délégué général de Pollinis, qui a par ailleurs déposé en avril dernier avec Générations futures un recours devant le tribunal administratif de Paris pour obtenir l’annulation de cette convention de partenariat. Au lieu d’opposer ONG environnementales et agriculteurs, le nouveau gouvernement doit dissoudre la cellule « Déméter » et lancer d’urgence un plan de transition agricole pour donner aux agriculteurs les moyens de mettre en place des pratiques durables, respectueuses de la nature et de la santé » .

    Les organisations signataires de la lettre sont : Attac France, Chrétiens dans le monde rural (CMR), Confédération paysanne, France Nature Environnement (FNE), Foodwatch France, Générations Futures, Greenpeace France, Les Amis de la Terre, Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC), Nous voulons des coquelicots, Pollinis et Terre de liens.

    En savoir plus sur le recours des associations Pollinis et Générations futures contre la cellule Demeter.

    Photo Nuclear Information Service, CC BY-NC-ND.
  • PAC post-2020 : Une autre politique agricole et alimentaire commune (PAAC) s’impose

    PAC post-2020 : Une autre politique agricole et alimentaire commune (PAAC) s’impose

    Monsieur le président de la République,

    Demain, vous négocierez avec vos homologues européen·ne·s le cadre financier pluriannuel 2021–2027 et le plan de relance de l’UE. Ces négociations peuvent apporter une réponse européenne forte à l’épisode qui a gravement éprouvé notre continent. La crise liée au coronavirus a révélé nos fragilités et le besoin de politiques publiques solides pour relever le défi écologique, garantir l’autonomie alimentaire et la justice sociale. Parce qu’elles sont au carrefour de nombreux enjeux, l’agriculture et l’alimentation doivent façonner les projets du « monde d’après ». Or la Politique agricole commune (PAC), outil majeur d’orientation de nos systèmes agricoles et alimentaires, est en pleine renégociation.

    Ensemble, les 43 organisations membres de la plateforme Pour une autre PAC l’affirment avec gravité : la proposition de réforme de la PAC au niveau européen est loin d’être à la hauteur des enjeux révélés par la crise. Premier pays bénéficiaire de la PAC, la France a la responsabilité d’être force de proposition pour une véritable refonte de la PAC en vue d’affronter efficacement les défis que nous vivons et qui nous attendent. C’est ainsi que la prochaine PAC devra répondre à trois défis inéluctables et interconnectés.

    Il s’agit tout d’abord de placer la souveraineté alimentaire [1] de l’UE au centre d’une véritable Politique agricole et alimentaire commune (PAAC), par laquelle la production agricole serait mise au service d’une alimentation choisie, diversifiée et durable, accessible à toute la population. Cet impératif, mis en lumière par la crise du coronavirus, est strictement incompatible avec un système appauvrissant les paysan·ne·s dans lequel les produits alimentaires sont vendus à des prix toujours plus bas. Il n’est pas davantage compatible avec la signature d’accords de libre-échange exposant à une concurrence déloyale aussi bien les paysan·ne·s européen·ne·s que celles et ceux des pays du Sud. Une PAC qui a pour seul objectif les prix bas pour les consommateur·rice·s est une impasse. Une PAC qui « [délègue] notre alimentation à d’autres est une folie » [2].

    En parallèle, la PAC doit repenser la logique d’attribution des aides, pour valoriser les bienfaits générés par les fermes plutôt que leur surface. Aujourd’hui, en matière d’emploi, la PAC est la principale raison de la diminution du nombre de paysan·ne·s et du non-renouvellement des générations, dans la mesure où une grande majorité de son budget est distribuée en fonction des surfaces, sans plafonnement du montant attribué selon le nombre de paysan·ne·s travaillant sur les fermes. Pourtant, avec la moitié des agriculteur·rice·s partant en retraite dans les dix années à venir, l’agriculture constitue un réservoir d’emplois extrêmement important. Sortons de la logique de paiements à l’hectare non ciblés, plutôt que de pérenniser une politique de rente inacceptable dans un contexte de récession économique !

    Pour finir, il est indispensable que la prochaine PAC accompagne massivement la transition agroécologique des fermes, en dédiant au moins 50% de ses financements au maintien et au développement de systèmes agricoles favorables à l’environnement et au bien-être animal, tels que l’agriculture biologique. Une transition massive de l’agriculture européenne suppose un budget fort pour le 2e pilier de la PAC, construit et géré en bonne intelligence entre l’État et les régions. Dans cette perspective, les intentions affichées par le Pacte vert, en matière de réduction d’utilisation de pesticides, d’engrais azotés et d’augmentation de la part d’agriculture biologique constituent des étapes importantes pour le climat et la biodiversité. Or sans une PAC pleinement compatible avec les stratégies « De la ferme à la table » et « biodiversité » de l’UE, les paysan·ne·s n’auront pas les moyens d’atteindre ces objectifs. Demain, il n’y aura plus d’agriculture européenne si elle ne respecte pas les ressources naturelles, les sols, la biodiversité, le climat et les animaux d’élevage, qui lui permettent de produire. Les solutions pour cela sont à puiser dans le renforcement de l’autonomie des paysan·ne·s et dans la valorisation de leurs savoir-faire et des services qu’ils rendent à l’environnement et au bien-être animal, et non dans la massification de l’agriculture de précision ou dans l’industrialisation croissante de l’élevage.

    Monsieur le Président, notre monde a été bouleversé ces derniers mois. Les citoyen·ne·s ont saisi le rôle clé d’une autre PAC pour construire notre souveraineté alimentaire, comme l’ont montré les propositions récentes de la Convention citoyenne pour le climat. Les Français·es attendent de vous que la future PAC soit construite par et pour les paysan·ne·s et les citoyen·ne·s. Nous le redisons : le texte en discussion n’est pas à la hauteur des défis mis en lumière par la crise, ni du cap fixé par le Pacte vert. Nous attendons que vous défendiez une révision ambitieuse de la PAC, sans quoi la PAC perdrait toute légitimité auprès des citoyen·ne·s. Nous le savons, la voix de la France compte dans toute négociation sur l’agriculture européenne. Mettons-la au profit de cette occasion historique : les circonstances le permettent et les défis à relever sont urgents. C’est maintenant que les choix politiques qui s’imposent doivent être effectués.

    Nous restons à votre disposition pour tout échange et vous prions de croire, monsieur le président, à l’expression de nos salutations distinguées.

    Les signataires des 43 organisations membres de Pour une autre PAC :

    Luc de Ronne, président d’ActionAid France
    Philippe Hirou, président de l’Afac-Agroforesteries
    Jacques Caplat, secrétaire général d’Agir Pour l’Environnement
    Robert Levesque, président d’AGTER
    Marc Mangenot, administrateur des Amis de la Conf
    Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre France
    Philippe Collin, président d’AVSF
    Maxime Combes, porte-parole d’ATTAC
    Julie Potier, directrice générale de Bio Consom’acteurs
    Anne-Françoise Taisne, déléguée générale du CFSI
    Dominique de Viviès et Jean-François Hivert, co-président·es de Chrétiens dans le monde rural
    Clémentine Nordon, co-responsable du Pôle Lobbying de Citoyens pour le Climat
    Leopoldine Charbonneaux, présidente de CIWF
    Marc Dufumier, président de Commerce Équitable France
    Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne
    Virginie Raynal et Paul Reder, co-présidents de la FADEAR
    Christophe Lépine, président de la Fédération des Conservatoires d’espaces naturels
    Michaël Weber, président de la Fédération des Parcs naturels régionaux de France
    Guillaume Riou, président de la FNAB
    Alain Grandjean, président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme
    Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement
    François Veillerette, directeur de Générations futures
    Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France
    Arthur Grimonpont et Félix Lallemand, fondateurs des Greniers d’Abondance
    Bernard Chevassus-au-Louis, président d’Humanité et Biodiversité
    Tanguy Martin, administrateur d’Ingénieurs sans frontières – Agrista
    Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO
    Evelyne Boulongne, porte-parole du Miramap
    Cédric Letourneur, secrétaire national du MRJC
    Julien Kieffer et Pierre-Henri Roussel, coprésidents de RENETA
    Philippe Quirion, président du Réseau Action Climat
    Fabrice Bouin, président du Réseau CIVAM
    Pierre Tritz, président du Réseau Foi et Justice Afrique Europe
    Henri Rouillé d’Orfeuil, pilote du programme alimentation de RESOLIS
    Vincent Destival, délégué général du Secours Catholique — Caritas France
    Bastien Beaufort, représentant de Slow Food France
    Jacques Godard, co-président de SOL
    Michel Vampouille, président de la Fédération nationale de Terre de Liens
    Françoise Vernet, présidente de Terre & Humanisme
    Gilles Lanio, président de l’UNAF
    Ghislain Zuccolo, directeur général de Welfarm
    Isabelle Autissier, présidente du WWF France
    Sophie Marie, présidente de WWOOF France

    [1] La souveraineté alimentaire est entendue comme le droit de chaque peuple à définir son agriculture et son alimentation. Elle ne peut se penser en dehors d’une transition écologique et sociale systémique.
    [2] Adresse télévisée du président de la République aux Français·es du 12 mars 2020

    Photo Thijs ter Haar, CC BY.
  • Convention citoyenne pour le climat : face à l’urgence sociale et climatique, le gouvernement ne peut pas se dérober !

    Pendant neuf mois, à travers un exercice démocratique inédit, 150 citoyen·nes tiré·es au sort ont préparé une série de mesures visant la réduction des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici 2030, dans un esprit de justice sociale. Pour aboutir à la neutralité carbone en 2050, il faudrait viser une réduction de 65 % des émission en 2030. Mais nous, organisations chrétiennes, tenons à saluer l’engagement des membres de la Convention citoyenne et la qualité des solutions proposées.

    Car il y a une double urgence sociale et environnementale à agir. Il y a cinq ans, déjà, dans son texte Laudato si’, le pape François soulignait que lutter contre la pauvreté et pour la protection de la planète relève d’une même dynamique car « il n’y a pas deux crises séparées, une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale ».

    Partout, nos organisations le constatent : les plus pauvres sont les plus frappé·es par les dérèglements climatiques, alors qu’ils en sont les moins responsables. Nos partenaires internationaux nous rapportent combien la déforestation, la désertification, la raréfaction de l’eau potable, la vulnérabilité aux événements climatiques extrêmes, frappent de plein fouet les plus pauvres. En France même, les plus précaires ont moins de ressources pour s’adapter au dérèglement climatique, qui ne manquera pas d’accroître les inégalités.

    « Le défi urgent de sauvegarder notre maison commune inclut la préoccupation d’unir toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer » (pape François, Laudato si’). Et pour cela, il faut des actes.

    Le président de la République Emmanuel Macron s’était engagé à reprendre les propositions de la Convention citoyenne sans filtre. Or une semaine après la remise du rapport, le travail des 150 citoyen·nes est déjà menacé. Les trois « jokers » sortis par le chef de l’État lors de son discours du 29 juin (la limitation à 110 km/h sur l’autoroute, la taxation à 4 % des dividendes financiers et la réécriture du préambule de la Constitution) en masquent en réalité quelques autres. Ils ont aussi ouvert la voie à la remise en cause par le gouvernement d’autres propositions structurantes pour la baisse des émissions de gaz à effet de serre et la justice sociale. Il en va ainsi de l’obligation de rénovation globale des logements dès 2024 pour mettre fin aux passoires énergétiques, gouffres financiers pour les plus modestes, ou de la non-ratification du CETA, un traité pourtant incompatible avec le nécessaire changement de nos systèmes alimentaires, pour une alimentation de qualité et une agriculture moins émettrice. Autres mesures symboliques déjà contestées : la baisse de la TVA sur le train, alors que le trafic aérien lui fait une concurrence déloyale et que nombre de nos concitoyen·nes sont dépendant·es de la voiture, ou l’interdiction de la publicité sur les produits les plus polluants.

    L’ambition initiale de la Convention ne doit pas être vidée de son sens. Le président de la République doit tenir parole. Les mesures proposées par la Convention citoyenne pour le climat auraient pu de longue date être adoptées par nos dirigeants s’ils en avaient eu le courage politique. Elles doivent désormais être mises en place sans délai, à l’exclusion de toute mesure dilatoire. Nous appelons le gouvernement et les parlementaires à ne pas détricoter le travail de la Convention. Les préconisations ont été pensées sous forme d’objectifs et il est nécessaire de ne pas les morceler pour garder leur cohérence d’ensemble.

    La Convention citoyenne apporte des réponses concrètes pour nous permettre de franchir une première étape dans la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, nécessaire pour la construction d’un monde juste et soutenable pour tous. Il faut donc aller jusqu’au bout de la démarche et mettre en application sans filtre les propositions de la Convention citoyenne pour le climat.

    Signataires : Vincent Destival, délégué général du Secours catholique, Sylvie Bukhari-de Pontual, présidente du CCFD-Terre solidaire, Marcel Rémon, directeur du CERAS, Laura Morosini, responsable de Chrétiens unis pour la Terre, initiatrice du plan Climat pour Paris, Danielle Beauchet et Lionel Lecerf, présidente et président de l’ACO (Action catholique ouvrière), Dominique de Viviès et Jean-François Hivert, coprésidente et coprésident du CMR (Chrétiens dans le monde rural), Philippe Guttinger, président du Christianisme social, Olivier Bres, président du MPEF (Mouvement populaire évangélique de France)

    Texte paru dans La Croix le 10 juillet 2020.

    Marche pour le climat du 13 octobre 2018, Paris, par Jeanne Menjoulet, CC BY-ND.
  • Publication du Courrier du national n°6

    Publication du Courrier du national n°6

    Le Courrier du national n°6 à l’attention des équipes du CMR est paru ! Retrouvez-le en suivant ce lien.

  • Une assemblée générale vraiment extraordinaire !

    Une assemblée générale vraiment extraordinaire !

    Le samedi 13 juin, certes une assemblé générale extraordinaire était convoquée par le CMR en amont de son assemblée générale ordinaire, mais c’est son mode de fonctionnement qui a été innovant !

    76 personnes réunies en visioconférence, avec des temps de présentation courts, concis, afin de permettre des temps de questions/réponses et de dialogue.

    D’ailleurs, il a été noté que l’écoute et la prise de parole avaient semblé facilitées, renforcées.

    Une assemblée générale que tou·tes les participant·es avaient eu à cœur de préparer dans un réel souci d’efficacité, avec une organisation sans faille mise au point par l’équipe nationale des salarié·es.

    Le CMR, comme tous les mouvements d’Église, est dans la tourmente : baisse du nombre d’adhérent·es, baisse des recettes générées par les cotisations, « crise » de l’engagement d’une manière générale, difficulté à « fonder », à renouveler les bureaux fédéraux… et en plus, le congrès national annulé pour cause de pandémie mondiale.

    La mobilisation, l’analyse, les idées, les propositions ont nourri les temps de dialogue, avec un même objectif : relancer la machine, à tous les niveaux de responsabilités et d’engagements.

    « Faire du lien » : tel a été le fil rouge de ces discussions. Liens transversaux au sein même de l’association, liens entre les générations, liens à inventer puis à tisser avec les personnes restées au bord des chemins, liens à entretenir dans nos choix de vie quotidiens avec l’international, liens à renforcer avec l’Église.

    Des liens qui disent une gouvernance du mouvement que nous avons voulu affirmer politiquement, en modifiant les statuts de l’association : coprésidence, création et fonctionnement du comité de gouvernance ont ainsi été actés par le scrutin de l’assemblée générale extraordinaire.

    Nourries par ce temps de pause imposée, par l’Espérance exprimée dans la Clameur et dans le chant du congrès, « Au monde rural », les équipes ont affirmé, lors de ces temps d’assemblées générales, leur volonté d’avancer, ensemble, en débroussaillant, en analysant, en proposant, en projetant, en mettant en œuvre… en étant au cœur du « Voir, Juger, Agir ».

    Dominique de Viviès, coprésidente du CMR

  • Au monde rural

    Au monde rural

    Chant du CMR 2020. Paroles et musique de Marie Coutant.

    1. Nous vivons dans un jardin mondial
    Ce paradis c’est notre maison commune
    Démocratie, climat, urgences sociales !?
    Plus je consomme plus la planète se consume !
    Faisons des choix, chacun est digne
    Gardons l’espoir, bougeons les lignes
    Femmes et hommes, portons la clameur
    L’espérance au cœur du monde rural

    2. Nous habitons territoires et paysages
    Citoyens militants de la Terre
    De nos mains nous cultivons le partage
    Et récoltons mille façons de faire
    Produisons de la nourriture saine
    Embellissons nos relations humaines
    Femmes et hommes, portons la clameur
    L’espérance au cœur du monde rural

    3. Nous voulons une société fraternelle
    Plusieurs familles aux multiples visages
    Migrons ensemble vers un autre modèle
    Accueillons des réfugiés dans nos villages
    Poussons la voix, créons une danse
    Au nom du droit, de la tolérance
    Femmes et hommes, portons la clameur
    L’espérance au cœur du monde rural

    4. Nous moissonnons avec joie dans nos campagnes
    À chaque pas ce qui tisse du lien
    En équipe jusqu’au sommet de la montagne
    Ce qui compte c’est de faire le chemin
    Que soient vivantes les bonnes nouvelles
    Et que chacun y mette son grain de sel !
    Femmes et hommes, portons la clameur
    L’espérance au cœur du monde rural (ter)

    5. Nous t’invitons à inventer un idéal
    À rendre grâce à Dieu aujourd’hui
    Partageons le pain, le vin à cette table
    Et célébrons la beauté de la Vie !