Auteur/autrice : Mélanie Cacace

  • Parution d’Agir en rural n° 122 : « La santé, un bien commun ? »

    Parution d’Agir en rural n° 122 : « La santé, un bien commun ? »

    Le n°122 d’Agir en rural sera chez nos abonné·es avant la fin du mois. Il est consacré à la santé, bien commun. Pour le recevoir dans votre boîte aux lettres, abonnez-vous !

    Édito : À notre santé !

    Habituellement, quand nous trinquons, nous disons « À votre santé ! » Mais depuis cette pandémie qui nous est tombée dessus, nous avons expérimenté qu’en termes de santé, être attentif à la nôtre, c’est aussi être attentif à la vôtre : nous soucier de notre santé, c’est aussi se soucier de la santé des autres.

    Par ailleurs, si nous ne le savions pas encore, la santé humaine ne peut plus se penser en vase clos, car elle est en lien avec la santé animale et l’environnement… L’OMS a ainsi développé ce concept : « One Health » (la santé de l’homme est intimement liée à celle des animaux et des écosystèmes).

    Certes, nous serions parfois encore tenté·es de confier notre santé à des spécialistes (très écouté·es durant ces mois de confinement, puis de déconfinement) et pourtant, n’avons-nous pas tou·tes une responsabilité dans l’entretien de cette santé, qui tarde à être reconnue comme bien commun ?

    André Comte-Sponville, dans une interview du 27 mai au quotidien belge L’Écho, parle d’un danger qui nous menace : le pan-médicalisme qui consisterait à confier à la seule médecine et à ses spécialistes, par le biais de notre santé, la conduite de nos vies et de nos sociétés. Cette dérive pourrait dé-responsabiliser les citoyen·nes.

    Dans le domaine de la santé, écrit encore le professeur Didier Sicard dans un article d’Études de mai 2020, il est urgent d’être plus attentif au réel et de prendre en considération la complexité de l’environnement… et c’est là où tou·tes, nous avons notre mot à dire, car nous faisons partie de cet environnement qui contribue non seulement à notre bien-être, mais à celui de toutes les créatures.

    La santé, c’est, dit encore l’OMS, « tout ce qui concourt au bien-être des gens », donc un domaine très vaste que la diversité des articles de ce numéro n’arrive pas à couvrir.

    En ce domaine et en bien d’autres, nous prenons conscience que « tout est lié », tant la clameur de la Terre que la clameur des pauvres (cf. Laudato si’ 49)… Nous sommes lié·es non seulement les un·es aux autres, bien au-delà des frontières, mais aussi à toute la création avec laquelle nous sommes en inter-dépendance pour notre avenir, sinon pour notre survie.

    Nous avons réalisé aussi, espérons-le, combien la santé ne peut ignorer ni l’espace ni le temps…

    L’espace c’est aussi bien l’intérieur, i.e. la complexité de nos organismes (cela comprend ces mondes que nous sectorisons bien trop : minéral, végétal, animal), que l’extérieur, i.e. les relations entre les êtres vivants, non pas en vue de l’exploitation des uns par les autres, mais d’une meilleure harmonie.

    Le temps, c’est notre histoire, celle dont nous héritons et que nous transmettons ; la santé du monde de nos descendant·es dépend du souci que nous en avons maintenant… Prenons le temps de soigner notre environnement…

    Il est donc urgent d’« initier des processus plutôt que de posséder des espaces… en privilégiant les actions qui génèrent des dynamismes nouveaux » (pape François, La Joie de l’Évangile 223)… Oui, plus que jamais, œuvrons à notre santé commune !

    Marc Delebarre (ENAD)

    S’abonner à Agir en rural. Trimestriel, 16 pages couleurs.

  • Une épicerie zéro déchet

    Une épicerie zéro déchet

    Article paru dans Agir en rural n°120, « Face au changement climatique, quelles réponses ? »

    Nous sommes de plus en plus nombreux à réfléchir sur nos modes de consommation et à introduire des petits gestes écologiques dans notre quotidien. Parfois, certaines personnes vont plus loin. C’est le cas d’Aurélie et de Cédric Heim, âgés respectivement de 36 et 37 ans qui se sont lancés dans l’ouverture d’une épicerie de produits en vrac et de produits locaux.

    Aurélie, avec ton mari Cédric, vous avez ouvert une épicerie de produits en vrac et locaux où les gens viennent avec leurs contenants pour limiter, voire supprimer, les emballages. Pourquoi un tel projet et comment s’est-il concrétisé ?

    Depuis trois ans, avec mon mari, nous sommes dans une démarche écologique. A la base, je fais de la vente à domicile de produits ménagers biodégradables, donc respectueux de l’environnement. Ce sont des produits concentrés que les clients vont ensuite diluer. Du fait qu’ils sont concentrés, leurs emballages sont réduits. Par rapport aux produits ménagers nous limitions nos déchets mais nous avons voulu aller plus loin dans la démarche et l’étendre à l’ensemble de notre consommation. Mais en faisant le tour des magasins, nous nous sommes rendu compte que financièrement et écologiquement on ne s’y retrouvait plus.

    Mon mari, qui était en pleine recherche professionnelle, a voulu utiliser ses compétences de manager de rayon en grande surface, pour ouvrir une épicerie de produits en vrac sur la région de Saverne. En cherchant un local, nous sommes tombés sous le charme de celui-ci. Il a un parking et il est situé en périphérie de Saverne. Nous le voulions aussi accessible aux gens des villages autour. La taille de ce local nous permettait de développer aussi dans notre future épicerie des produits frais locaux. En mars 2019, ce local nous a permis d’agrandir la vision de notre projet.

    Aurélie, je suppose qu’avant, comme beaucoup de personnes, tu faisais tes courses dans un supermarché classique. Quelles différences te frappent ici au VracOmarché ?

    Quand je retourne dans un supermarché classique, ce qui me fait mal au cœur, c’est de voir les caddies qui débordent de plastiques. Les gens viennent ici pour le concept mais aussi pour la convivialité. Nous avons voulu créer un esprit familial. Les personnes viennent avec leurs enfants. Nous nous sommes appuyés sur notre propre expérience. Nous avons trois enfants et nous savons ce que c’est de faire les courses avec eux. Nous avons aménagé un espace pour les enfants au sein du magasin. Les gens viennent en famille et parfois les enfants râlent quand il faut repartir. Je m’intéresse aux personnes, je leur demande comment ça va aujourd’hui. Ce qui différencie surtout notre commerce, c’est la convivialité et le fait que ce soit aussi un lieu d’échange.

    Je suppose que les clients qui viennent chez vous sont déjà la plupart dans une démarche écologique. Penses-tu que votre magasin vrac et local puisse aider à sensibiliser un plus large public ?

    Oui, si les clients viennent ici, c’est qu’ils ont déjà une démarche par rapport à la réduction des déchets. Mais ce qui a été vraiment énorme, c’est que pendant la période de Noël, nous avons vendu beaucoup de produits ‘’0 déchet’’ que les gens voulaient offrir à leurs proches. Les personnes qui ont reçu ces cadeaux sont ensuite venues au magasin. Je pense que c’est ainsi qu’on va pouvoir avancer, quand les personnes converties qui fréquentent le magasin vont par l’exemple convertir leurs proches.

    Ton mari Cédric fait partie d’un réseau plus large, le « réseau vrac ». Est-ce que des réflexions sur une consommation plus écologique sont vraiment en cours ?

    En effet, Cédric adhère à un réseau pour les gérants de commerces en vrac. Ils se réunissent plusieurs fois par an pour partager ensemble leurs avancées et pour discuter de nouvelles propositions. Ce réseau propose des groupes de réflexion pour réduire encore davantage les emballages du côté des fournisseurs.

    Le souci est que parfois nous sommes limités dans notre entreprise, peut-être parce qu’aujourd’hui on essaye de se surprotéger. Parfois c’est un frein pour le recyclage des produits. Un exemple : une fois que les clients avaient acheté les œufs, notre petit producteur reprenait les plateaux sur lesquels les œufs étaient posés. Mais avec la réglementation actuelle il ne peut pas nous les reprendre. Nous nous sommes obligés de les jeter et lui d’en racheter des neufs.

    C’est une des raisons pour lesquelles nous voulons développer le réseau local. On se rend compte qu’en circuit court on arrive beaucoup mieux à travailler en flexibilité avec les petits producteurs. Ils reprennent plus facilement les emballages. Si on veut atteindre le zéro déchet il faudra tendre vers une réutilisation des emballages pour éviter de les jeter.

    Nous ne nous revendiquons pas zéro déchet mais notre conditionnement en génère moins qu’un magasin traditionnel. Notre rêve c’est de tendre vers un quasi zéro déchet. Avec les petits producteurs en circuit court, on remarque qu’il y a une grande avancée bien que parfois certaines réglementations représentent un frein dans ce domaine.

    Propos recueillis par Valérie Velten

  • Nos fédérations à l’initiative

    Nos fédérations à l’initiative

    Article paru dans Agir en rural n°120, « Face au changement climatique, quelles réponses ? »

    Le CMR Pas-de-Calais, aidé de l’EDAR (Équipe diocésaine d’animation en rural), a organisé en octobre un forum sur la transition écologique « Plus belle la Terre ».

    Il est 9 h et nous sommes à pied d’œuvre pour installer les tables, les chaises, les grilles d’exposition prêtées par la municipalité de St Laurent et monter deux tonnelles supplémentaires à celles déjà présentes sur la base. Il bruine mais cela n’empêche pas la bonne humeur et le plaisir de se retrouver pour proposer cette journée de découverte de belles initiatives locales existantes sur l’Artois et la Gohelle. Des élèves du lycée Senez d’Hénin Beaumont sont venus faire l’accueil et des jeunes musiciens ont animé toute la journée. Acheter des meubles relookés, des produits équitables, consommer local, utiliser un frigo solidaire, recycler ses tee-shirts ou chaussettes usagées, trier nos déchets, cuisiner les fruits abîmés, utiliser le vélo plutôt que la voiture pour les petits trajets, sont des actions à la portée de tou-tes. Nous pouvons aussi mettre des hôtels pour les abeilles, des nichoirs pour les oiseaux, et des mangeoires pour les aider à passer l’hiver en les nourrissant, planter des haies arbustives, acheter une énergie verte, participer au financement d’un projet écologique et solidaire, …

    L’Église réfléchit et montre l’exemple à travers le label « Église Verte ». Le CMR dans son dernier congrès proposait comme chemins des possibles de « Consommer autrement » et d’avoir « une économie co-opérante au service du bien commun ». Chaque geste que nous faisons contribue au changement. À nous citoyens, chrétiens ou non, de nous « bouger ». Quand le consommateur devient « consomm’acteur », il pose un geste politique. À nous de dire et de montrer par nos actes, que nous voulons vivre sur une planète belle et propre, car nous n’en avons qu’une et qu’il n’y a pas de plan B !

    Sylvie Preux et Bénédicte Neuts

    Le label Église verte, c’est quoi ?

    Église verte est un dispositif né en 2017 et proposé aux paroisses et à tout groupe chrétien pour vivre une conversion écologique collective. Le label Église verte est né de la mobilisation autour de la COP21 (Pèlerins climatiques, marches, publications, jeûnes…) et de l’élan qu’a provoqué l’encyclique Laudato si’ en 2015. En deux ans, plus de 300 communautés se sont lancées dans la démarche : paroisses mais aussi écoles, centres spirituels, monastères, familles…

    Plus d’informations : https://www.egliseverte.org/

    Jeanne Menjoulet, CC BY.
  • Lucie, petit colibri de l’environnement

    Lucie, petit colibri de l’environnement

    Article paru dans Agir en rural n°120, « Face au changement climatique, quelles réponses ? »

    Lucie Goetz, 17 ans, est lycéenne. Comme beaucoup de jeunes de son âge, elle prend le problème du dérèglement climatique très à cœur. Mais loin de prôner un engagement écologique radical, elle invite plutôt chacun à faire sa part. Dans cet entretien, j’ai été séduite par la clairvoyance et la motivation d’une jeune qui, loin de vouloir donner des leçons, donne l’exemple en agissant à son niveau et avec ses convictions.

    La rédaction : Lucie, tu as participé à des marches pour le climat. Comment t’es-tu organisée et quel sens cela a pour toi ?

    Lucie : Je suis au Lycée Koeberlé à Sélestat. Les marches pour le climat ont lieu les vendredis après-midi. Alors, avec une amie, nous avions rapidement mangé à la cantine avant de prendre le train pour Strasbourg. Puis nous sommes allées Place Kléber pour rejoindre les autres lycéens. Nous avons participé à la grande manifestation mondiale en mars 2019. Il y avait énormément de monde. C’était impressionnant. En plus il y avait une bonne ambiance et aucune casse. La deuxième manifestation à laquelle j’ai participé, c’était celle avant les élections européennes. Là le cortège s’est rendu jusqu’au parlement européen où nous avons fait signer des chartes aux candidats européens pour qu’ils s’engagent pour l’écologie. Nous étions moins nombreux. Pour moi, ces marches pour le climat ont beaucoup de sens parce que notre futur dépend de ça. Il y a de plus en plus de catastrophes naturelles en lien avec le dérèglement climatique. Il est vraiment important que les politiques mettent en place des mesures et rapidement.

    Le Sénat a voté une loi pour qu’en 2040 il n’y ait plus d’emballages plastiques. Mais je pense que c’est vraiment trop tard. Le Parlement Européen interdit dès 2021 certains produits comme les pailles et les cotons tiges. Pour moi, les marches pour le climat ont beaucoup de sens si elles incitent les politiques à prendre des mesures écologiques. Je suis en terminale ES (Economie et Social) avec option Sciences Sociales et Politiques. Nous sommes en train d’étudier un chapitre intitulé : « Le développement durable est-il compatible avec la croissance économique ? » On se rend compte que c’est quand même compliqué d’associer les deux. Mais je trouve ces cours super intéressants.

    Comment perçois-tu l’engagement de Greta Thunberg ?

    C’est elle qui a lancé le mouvement de la grève étudiante pour le climat. A travers ce mouvement qui est devenu international, il y a plein de gens qui ont pris conscience de l’urgence climatique. Je pense que ce qu’elle fait est très bien parce qu’elle nous représente, nous les jeunes qui avons un peu peur de ce qui va se passer dans l’avenir, notre avenir. Le magazine Time l’a élue personnalité de l’année 2019.

    Lucie, tu peux me dire un peu d’où tu viens ?

    Je viens de Mussig, petit village entre Sélestat et Marckolsheim. Je suis l’aînée d’une famille de six enfants. Mes parents sont agriculteurs, éleveurs laitiers et fromagers plus précisément. J’ai grandi dans le rural au contact de la nature. Je pense que c’est pour ça aussi que je suis sensible à tout ce qui est climat et protection de l’environnement. C’est aussi pour ça que je suis allée manifester pour une autre PAC parce que je me rends compte de la situation des agriculteurs.

    A ton avis, mettre en place une éducation à l’écologie est-ce nécessaire ? Et toi, comment t’y prends-tu ?

    Pour moi, il est important de montrer l’exemple. Les enfants, ce qu’ils font d’abord, c’est de reprendre l’exemple qu’ils connaissent. C’est important que chacun·e se rende compte de l’impact qu’il-elle a sur l’environnement et que chacun fasse un effort. On n’est pas obligé de viser la perfection et surtout pas d’aller dans les extrêmes. C’est déjà bien de commencer par de petites choses, comme essayer de réduire les déchets, prendre les transports en commun (bus, trains) au lieu de la voiture… Il y a des personnes qui n’achètent que du bio, mais parfois des produits qui viennent de loin, alors que d’aller au marché pour acheter du local ça réduit les gaz à effet de serre. Il faut sensibiliser les enfants à la situation climatique de la planète et je pense qu’au niveau des programmes scolaires il devrait y avoir plus de cours par rapport à ce sujet.

    Personnellement, je prends les transports en commun pour aller à Sélestat. La plupart de mes habits, je les achète en friperie ou alors j’essaye de les réparer. Là je suis en train de réparer une de mes vestes. A la maison de toute façon on mange beaucoup local. Vu que mes parents font les marchés, ils achètent la nourriture auprès de ceux qu’ils y côtoient. Les shampoings, savons et dentifrices on les achète en solide, sans emballage.

    En agissant ainsi, comment es-tu perçue par tes ami-es ?

    La plupart de mes ami-es sont aussi sensibles à l’écologie. Il y a très peu de jeunes qui nient le problème climatique. J’ai des amis qui, tout en pensant que c’est un sujet grave, ne s’engagent pas vraiment car ils se sentent impuissants. Ils disent que c’est aux politiques de prendre des décisions et qu’eux ne peuvent rien faire. J’ai une autre partie de mes amis qui s’engagent de différentes façons : certains ne mangent presque plus de viande, d’autres font aussi des achats de seconde main ou prennent les transports en commun.

    Du haut de tes 17 ans, Lucie, comment vois-tu l’avenir ?

    Ce serait beau un monde sans plastique, sans pétrole… mais il faut rester réaliste. J’ose quand même espérer que les choses vont s’améliorer pour l’environnement ou en tout cas qu’elles ne se dégraderont pas encore plus. Les consciences se réveillent de plus en plus. En recherchant un peu au niveau des métiers à faire, j’ai vu que de nouveaux métiers apparaissent. Il existe maintenant des juristes en environnement qui ont pour missions de mettre les entreprises en conformité avec la législation en vigueur sur l’environnement. J’espère qu’il y aura de plus en plus de projets en faveur de l’environnement, pour nous assurer un avenir, à nous et à la planète. Je reste positive.

    Interview réalisée par Valérie Velten

  • Le confinement et après : témoignage d’Estelle, journaliste

    Le confinement et après : témoignage d’Estelle, journaliste

    Estelle est maman de deux jeunes enfants (2 et 6 ans) et vit avec Fabrice, son conjoint. Elle exerce le métier de journaliste dans la presse. Elle a découvert le CMR à l’occasion d’une conférence gesticulée « Du tracteur à l’âne » et a rejoint une nouvelle équipe CMR.

    Estelle, journaliste confinée à la maison, a pu préserver les liens avec le territoire et les lecteurs du journal. Toutes les conditions étaient réunies pour se consacrer pleinement à son travail :

    • un conjoint papa s’occupant des enfants,
    • un réseau de contacts (maire, correspondants locaux) établi sur les 15 communes rurales qu’elle couvre,
    • une veille sur les réseaux sociaux devenus le canal de communication privilégié de tous,
    • une carte de presse, le passe idéal pour sortir et tirer des clichés.

    Estelle a vécu une bonne expérience, l’efficacité était au rendez-vous.

    Ainsi, est-il possible d’être journaliste sans être sur le terrain ?

    Le retour à l’agence a été un révélateur, ses collègues lui ont manqué. Ce qui manquait cruellement à Estelle, était « le gras de la relation humaine », le non verbal que chacun exprime, le voir « par ses propres yeux » sur le terrain.

    Estelle et Fabrice avaient prévu de se marier le 23 mai. Des amis et la famille devaient venir des quatre coins de la France. Initialement reporté à l’année prochaine, ils décidèrent finalement de se marier le 27 juin en comité restreint à 24 invités, respectant ainsi les règles établies. Il a fallu changer de témoins, partager un couscous à la maison en toute simplicité.

    Ce fut tout autre et tout à la fois.

    Estelle dit spontanément que

    « C’était le mariage que j’aurai voulu, c’était super émouvant, j’étais bouleversée au-delà de ce que j’aurai imaginé. La journée fut plus dépouillée, plus essentielle ».

    Plutôt que faire une fête plus tard avec tous les absents, Estelle et Fabrice vont privilégier une autre formule, celle de consacrer plus de temps à tous et chacun sur les deux ans à venir, celle de vivre plus intensément la relation avec chacun.

    Pour ce jeune couple, le confinement fut perçu comme une opportunité de profiter de la famille. Ils ont appris à mieux connaître leurs enfants.

    Leur philosophie fut de « trouver de quoi s’amuser et s’émerveiller avec ce qu’on a sous la main (carton de récupération, fabrique d’un téléphone portable virtuel). C’est à nous de réinventer notre regard et d’être créatifs, pour vivre avec joie la période qui s’ouvre ! »

    Écolo, Estelle pratique le vélo, veille à ne pas produire de déchets. Elle s’inscrit dans une démarche progressive de réduction de ses besoins pour bien le vivre, plutôt qu’un jour être contrainte de changer brusquement ses habitudes.

    Le confinement a entrouvert une porte en remettant en cause un mode de vie et Estelle regrette que tout reparte comme avant. La porte se referme-t-elle ?

    Pourtant, « en consommant local, on sait où va l’argent ! » dit Estelle.

    Estelle et Fabrice « ont l’impression de vivre un truc historique ». Quoi de mieux que réaliser un film retraçant cette vie confinée au jour le jour : la vie domestique, la vie de famille, avec les unes du journal en fil conducteur et des prises de vue de Dunkerque déserté. Fabrice l’a fait.

    Y-aura-t-il un festival des documentaires du monde confiné ?

    Le festival de l’An 01. « On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ». (Gébé)

    Luc Van Inghelandt

    Serge Lesens, CC BY-ND.

    Témoignage extrait du Lien en rural n°50 – CMR fédé de Lille

  • Comprendre et agir sur le changement climatique

    Comprendre et agir sur le changement climatique

    Article paru dans Agir en rural n°120, « Face au changement climatique, quelles réponses ? »

    « Climat » : quelle définition ?

    La notion de « climat » renvoie à l’ensemble des éléments qui caractérisent l’état moyen de l’atmosphère. Elle se définit à partir de statistiques sur une longue période (au moins trente ans) alors que la notion de « temps qu’il fait » renvoie aux conditions météorologiques d’un instant donné ou d’une courte période (une journée, une semaine, etc.).

    Quel climat aujourd’hui et demain ?

    Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) présente, dans chacun de ses rapports, les évolutions passées du climat ainsi que les projections futures. Le constat sur les évolutions passées est sans appel, la température moyenne mondiale a augmenté de 0,85°C. Dans son cinquième rapport (publié en 2013), le GIEC montre que la hausse des températures s’est accélérée ces dernières années :

    La température moyenne mondiale (terre et océans) a augmenté de 0,85°C entre 1880 et 2012.
    Chacune des trois dernières décennies (1980-1990 / 1990-2000 / 2000-2010) a été plus chaude que la précédente et que toutes les autres depuis 1850.

    Le changement climatique, un défi mondial…

    Le changement climatique est une problématique mondiale : les émissions d’un pays ont un impact sur le climat du monde entier. Tous les pays sont donc concernés. Les pays anciennement industrialisés ont une responsabilité particulière car ils ont une plus grande capacité à agir et ont davantage contribué au changement climatique par le passé. Mais ils sont aujourd’hui rattrapés par les grands pays émergents. Les pays en développement font face à un triple défi : améliorer leurs conditions de vie ; maitriser leurs émissions de gaz à effet de serre ; s’adapter aux conséquences du changement climatique, qui sont souvent plus fortes pour eux.

    Mais aussi local…

    Les collectivités territoriales, (qu’il s’agisse des communes, des intercommunalités, des départements ou des régions), et les territoires de projets prennent des décisions dans des domaines tels que les déplacements, l’agriculture, l’énergie, l’urbanisme et l’habitat. Ceux-ci ont une influence significative sur les émissions de gaz à effet de serre des territoires. Le dernier rapport du Groupe Intergouvernemental des Experts Climatiques (GIEC) confirme cette évidence en rappelant que 50 à 70 % des mesures d’atténuation et d’adaptation ont vocation à être « mises en œuvre à l’échelon infranational » et ce indépendamment du niveau de compétence dévolu et décentralisé aux collectivités locales.

    La lutte contre le réchauffement climatique : une responsabilité individuelle ?

    Parfois, le défi représenté par le changement climatique nous paraît si gigantesque que notre réaction naturelle est de lever les bras au ciel en signe de désespoir et de nous dire que rien de ce que nous faisons n’y changera rien. Mais ce sont les petites choses (notre manière de vivre et de travailler, ce que nous achetons et mangeons, nos habitudes domestiques) qui peuvent faire pencher dans un sens ou dans l’autre l’équilibre mondial. Cela peut être aussi simple que penser à éteindre une lampe quand on quitte une pièce, baisser le thermostat de quelques degrés… Toutefois, répétés sur des mois et des années, ces petits gestes peuvent exercer sur l’environnement une influence profonde et durable.

    Mélanie Cacace

    Source : https://reseauactionclimat.org/urgence-climatique/

  • La transition écologique : un engagement politique, une implication citoyenne

    La transition écologique : un engagement politique, une implication citoyenne

    Article paru dans Agir en rural n°120, « Face au changement climatique, quelles réponses ? »

    Antoine Raynaud, chargé de mission de l’implication citoyenne, nous explique comment la ville de Loos-en-Gohelle fait rimer transition écologique et démocratie.

    Loos-en-Gohelle, ville en transition

    Après avoir traversé une crise profonde au moment de la fermeture des mines, la ville de Loos a fait le pari de la résilience, du rebond, par la transition écologique. Ce projet de transition est un projet de long-terme qui a deux objectifs indissociables :

    D’une part il vise à préparer la commune aux bouleversements futurs liés au dérèglement climatique.
    D’autre part il propose de nouvelles méthodes démocratiques susceptibles de restaurer la confiance avec les électeurs dans un contexte général de crise de la représentation.
    Ce projet de développement durable est un projet systémique, c’est-à-dire un projet d’ensemble, à l’échelle de tout le territoire et sur tous les secteurs à la fois (agriculture, énergie, transport, implication citoyenne, culture etc). Bien entendu, tout n’est pas parfait et le chemin à parcourir reste long, mais les résultats sont là et sont encourageants.

    L’implication des habitant-es au cœur de la transition

    L’une des caractéristiques du projet de transition loossois est qu’il s’appuie sur l’implication systématique des habitants. À Loos, l’implication est synonyme de responsabilisation et d’engagement. Il ne s’agit pas de rassembler les gens et de remplir des cahiers de doléances pour faire de la participation, mais bien d’en faire des contributeurs impliqués dans le développement de leur territoire.

    L’idée est de chercher à construire tout nouveau projet et politiques publiques à partir des besoins exprimés par la population. Il y a un enjeu à avoir l’implication la plus large et inclusive possible. C’est un facteur de justice sociale et la condition pour que s’expriment toutes les tranches de la population. L’autre objectif est de faire évoluer les gens et de les faire monter en compétences dans une logique semblable à celle de l’éducation populaire. En effet, s’investir dans un projet pour sa ville, c’est s’investir dans une expérience collective complexe dans un cadre de contraintes (règles budgétaires, administratives, etc.). Il faut travailler avec des partenaires divers (municipalité, autres habitant-es, associations, entreprises) aux intérêts parfois contradictoires.

    L’expérience loossoise montre qu’à travers l’expérience, à travers l’action et les projets, les gens développent toutes sortes de qualités (prise d’initiative ; autonomie ; prise de parole en public ; confrontation à la contradiction) qui leur seront utiles pour la vie. Lorsque le projet est réussi, et c’est souvent le cas, il en résulte une certaine fierté d’avoir fait pour sa ville, un gain de confiance en soi et des aptitudes à coopérer. C’est ce que nous appelons la « capacitation », ou empowerment, en anglais.

    Comment évolue le rôle des élu-es ?

    Une des principales conséquences de l’implication est qu’elle fait évoluer le rôle des élu-es. Cela requiert un changement de posture : il faut ouvrir des espaces de manière que les habitant-es puissent véritablement s’investir dans l’élaboration des décisions. Dans un premier temps, il faut reconnaître aux citoyens un droit d’initiative et la légitimité de leur expertise d’usage. L’expertise d’usage correspond à la connaissance que chaque citoyen-ne a de ses besoins, de son environnement (sa rue, son quartier) ou des services publics dont il ou elle est usagère. Cette expertise de terrain est très complémentaire de l’expertise technique des services et de l’expertise politique, de la vision, des élus.

    Pour les élus, l’enjeu désormais est de créer les meilleures conditions pour permettre le débat et la coproduction de politiques publiques avec les citoyen-nes. Les élu-nes passent de la position unique du décideur qui arbitre unilatéralement et verticalement, à celle de l’animateur qui supervise et encadre la construction collective de la décision. Cela n’est pas pour autant synonyme de codécision. Les élu-es sont seul-es à prendre les décisions et conservent la prérogative de l’arbitrage, notamment dans les cas où le processus participatif n’a pas dégagé de consensus. Mais ce sont bien les conditions dans lesquelles se construit la décision qui changent.

    Antoine Raynaud

    Le conseil municipal de Loos-en-Gohelle.
  • Prière pour notre Terre

    Prière pour notre Terre

    Nous avons participé le samedi 22 août 2020 à Champis en Ardèche à la fête de l’agriculture organisée par les Jeunes Agriculteurs avec finale départementale du concours de labours.

    Avec l’animatrice paroissiale Magali et le Père Marc Bonningues il a été décidé de faire un temps de la Parole alternant chants de louanges animés par trois musiciens de la paroisse, temps méditatifs, Évangile du Semeur et homélie par Pascal, paysan et diacre. Ainsi nous avons pu célébrer dehors sur le lieu du rassemblement avec mise à disposition des micros, chaises, sous des arbres et par un temps magnifique !

    Aussi nous souhaitons partager le temps de prière que nous avons élaboré à partir de celle de notre pape François dans Laudato si’.

    Anne et Pascal Lionneton

    « Dieu Tout-Puissant qui es présent dans tout l’univers et dans la plus petite de Tes créatures, Toi qui entoures de ta Tendresse tout ce qui existe, répands sur nous la force de ton Amour pour que nous protégions la vie et la beauté. »

    Seigneur, oriente la vie de toutes les personnes présentes sur un même territoire, qu’elles aillent dans le sens de plus de vie et de beauté.

    «  Inonde-nous de Paix, pour que nous vivions comme frères et sœurs sans causer de dommages à personne. »

    Que nous relevions aujourd’hui encore le défi de la Paix : dans notre voisinage, aux croisements des cultures, entre agriculteurs et citadins, entre producteurs et consommateurs, entre paysans et salariés agricoles ou saisonniers, entre autochtones et nouveaux arrivants, entre les porteurs de méthodes anciennes et ceux de méthodes nouvelles….

    « Ô Dieu des pauvres, aide-nous à secourir les abandonnés et les oubliés de cette Terre qui valent tant à Tes yeux. Guéris nos vies, pour que nous soyons des protecteurs du monde et non des prédateurs, pour que nous semions la beauté et non la pollution ni la destruction. »

    Dans nos territoires ruraux, que chacun prenne sa part dans le respect des autres et les besoins de chacun, que le souci de prendre soin de la Terre comme de ses habitants se fasse jour : vers l’étranger, le paumé, le migrant, le malade, le vieillard…

    « Touche les cœurs de ceux qui cherchent seulement des profits aux dépens de la Terre et des pauvres. »

    Éloigne de nous, Seigneur, les sentiments de domination ou de surexploitation et aide nous à lutter contre le profit à tout prix et surtout celui au dépens des plus pauvres.

    « Apprends-nous à découvrir la valeur de chaque chose, à contempler, émerveillés, à reconnaître que nous sommes profondément unis à toutes les créatures sur notre chemin vers Ta Lumière infinie. »

    Accompagne, Seigneur, notre regard de chaque jour, aide-nous dans la contemplation de la nature au fil des saisons, aide-nous à avoir un regard neuf sur chaque personne qui nous entoure, laisse-nous le temps de T’approcher et de Te découvrir sur notre route.

    « Merci parce que Tu es avec nous tous les jours. Soutiens-nous, nous T’en prions, dans notre lutte pour la justice, l’amour et la paix. Ainsi soit-il. »

    Donne tes forces Seigneur à tous ceux qui s’unissent dans des luttes sociales et agissent grâce à leurs syndicats ou associations, que justice, amour et paix deviennent la récolte de leurs actions. Amen.

    Texte inspiré par le pape François, « Prière pour notre Terre » (Laudato si’).

  • Rencontres, la publication du CMR 62

    Rencontres, la publication du CMR 62

    Télécharger Rencontres, n°205, CMR 62, juillet 2020.

    Le CMR s’est mis au vert (ou plutôt au bleu de la mer et du ciel), le temps d’une journée !

    C’est sous le soleil d’Alincthun (près de Boulogne sur Mer) que les membres du bureau du CMR et leurs conjoint·es se sont retrouvé·es le samedi 11 juillet.

    Le matin, pendant que les conjoint·es échangeaient sur « comment ils vivaient la fonction de leur « moitié » dans le CMR », le bureau s’est retrouvé pour faire le bilan de l’année écoulée.

    Plusieurs actions ont permis de toucher des personnes hors CMR comme la journée agricole, la soirée sur la bioéthique, la journée « famille ».
    Il nous faut chercher maintenant comment mobiliser et développer d’autres moyens de communication que nos réseaux habituels.
    D’autres projets ont dû être reportés comme la marche de Pâques et la journée Amettes. Le congrès national lui est annulé.

    Nous avons aussi partagé nos idées et nos perspectives pour l’avenir. Pourquoi pas des propositions locales en sollicitant plus les équipes, un mini-congrès en région, un temps de formation « comment communiquer sur le CMR », une journée nature avec un guide, des soirées débats autour de difficultés familiales tels que le deuil ou la position de l’aidant·e…

    Nous avons terminé cette journée par une promenade sur la plage de Tardinghem et une partie de palets. Partager des moments sympa permet de renforcer les liens entre les membres du bureau pour que tou·tes repartent avec l’envie de continuer à faire vivre le CMR et clamer le bonheur d’être en mouvement !

    Sylvie Preux et Patricia Thiéry pour le bureau CMR 62

    Photo CMR 62.