La transition écologique, à quel prix ?

Article paru dans Agir en rural n°120, “Face au changement climatique, quelles réponses ?”

Pour économiser l’énergie et protéger l’environnement, les idées et les technologies ne manquent pas. Mais le résultat n’est pas toujours au rendez-vous, et certains produisent même l’effet inverse. La rédaction d’Agir en Rural vous propose un échantillon de ces « fausses bonnes idées » en matière environnementale.

Introduire des agrocarburants dans l’essence

90 % d’essence (SP95) et 10 % d’éthanol : c’est la composition du carburant E10. Avantage : il réduit un peu la dépendance au pétrole. Inconvénient : il est incompatible avec 40 % des véhicules (ceux construits avant 2000) et induit une légère surconsommation (1,7 %). Pas sûr que l’automobiliste s’y retrouve vraiment. Pas plus que l’air ambiant, car le bilan environnemental des agrocarburants est extrêmement variable, y compris en France. Au niveau international, ils sont accusés de se substituer aux cultures vivrières et d’accélérer la destruction des forêts tropicales, pièges à CO2. Vue l’ampleur des subventions (près de 1 milliard d’euros), le coût de la tonne de CO2 évitée est de toute façon très élevé.

La voiture électrique

La voiture électrique apparaît comme le véhicule zéro émission par excellence. Mais elle n’est pas forcément écolo. D’une part, elle ne résout pas les problèmes de congestion routière : sa généralisation contribuerait plutôt à pérenniser les modes de vie et de travail actuels. D’autre part, si la voiture n’émet rien localement, l’électricité qui charge sa batterie, elle, émet du CO2. En Europe, la production d’un kWh dégage à peu près 400 g de carbone. Du coup, selon l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), un véhicule électrique brûle 100 g de CO2 aux 100 km, à peine moins qu’un modèle essence (126 g). Certes, le nucléaire permet à la France de diviser ce chiffre par quatre. A condition, précise RTE (Réseau de transport d’électricité), gestionnaire du réseau électrique, que les batteries soient chargées en période creuse. Sinon, leur généralisation pourrait créer des tensions sur le réseau et contraindre à mettre en marche des centrales thermiques polluantes. Autre souci : la durée de vie de la batterie. Avec la technologie lithium-ion actuelle, elle ne dépasse pas deux ans, d’où l’afflux anticipé de batteries usagées. Si les métaux sont facilement recyclables, les solvants sont plus délicats à éliminer.

La méthanisation, ce procédé en plein essor qui continue de diviser

En produisant du biogaz à partir de déchets organiques, la méthanisation présente des atouts qui la font apparaître comme une option de choix en matière de développement durable. En France, la filière progresse à grande vitesse mais des voix se font aussi entendre pour dénoncer les inconvénients et dérives potentielles du procédé.

Un digestat loin d’être sans danger ?

Les déchets organiques utilisés pour la méthanisation sont d’origine variée. Il peut s’agir aussi bien de déjections d’animaux que de déchets issus de l’industrie agro-alimentaire, de résidus de culture ou de déchets verts. Une fois le processus achevé, reste un résidu solide et liquide, le fameux digestat qui peut ensuite être épandu sur des parcelles agricoles afin de servir d’engrais.

Or, pour certains, ce digestat est loin d’être sans danger pour les sols. Si “l’hygiénisation” est insuffisante, ce mélange peut receler de nombreuses bactéries, potentiellement résistantes, qui vont ensuite s’infiltrer dans les sols voire les nappes phréatiques.

A l’état brut, le digestat peut également être une source non négligeable de métaux lourds et d’autres résidus nocifs comme l’a montré une récente polémique autour du méthaniseur de Gramat situé dans le Lot. Des scientifiques affirment avoir observé, après épandage du digestat issu de cette installation, une forte chute de la population de collemboles, des insectes considérés comme des acteurs de la vie du sol.

L’« angoisse écologique », malaise des temps modernes ?

L’expression « angoisse écologique » fait son apparition en 2007 dans un article de Glenn Albrecht, un philosophe australien. Il parle alors de « solastalgia », un néologisme provenant de l’anglais solace, qui signifie « réconfort », et du grec algos, signifiant « douleur ».

Au sens strict, la solastalgie fait référence à la souffrance psychique ressentie par un individu face à la destruction des éléments familiers de son environnement. C’est le terme repris aujourd’hui aux quatre coins du globe. En France, on parle plus volontiers de dépression écologique, de burn-out environnemental ou d’angoisse climatique. Le phénomène, qui émerge tout juste en France, reste encore difficile à quantifier. Les enquêtes d’opinion attestent certes d’une préoccupation grandissante de la population vis-à-vis des questions environnementales – 85 % des Français-es, et 93 % des 18-24 ans, se disent inquiets du réchauffement climatique. Mais entre se dire inquiet et être déprimé, il y a un gouffre. Combien basculent véritablement dans l’angoisse viscérale ? Une infime minorité… impossible à chiffrer pour l’heure.