Auteur/autrice : Mélanie Cacace

  • Lettre collective au ministre de l’Intérieur : nous demandons la dissolution de Déméter

    Lettre collective au ministre de l’Intérieur : nous demandons la dissolution de Déméter

    Dans une lettre envoyée ce 17 juillet au nouveau ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, douze associations dont le CMR et un syndicat agricole demandent la résiliation immédiate de la convention de partenariat signée par son prédécesseur avec la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ainsi que la dissolution de la cellule de gendarmerie « Déméter ».

    Cette cellule de renseignement, officiellement dédiée au « suivi des atteintes au monde agricole », a été créée en octobre 2019. Il s’agit d’un dispositif de surveillance mis en place entre la gendarmerie nationale et des organismes privés, fervents défenseurs du modèle agricole conventionnel, avec pour mandat de « mieux protéger nos agriculteurs » contre les infractions (cambriolages, vols, dégradations…) – des actes déjà réprimés par la loi – mais également contre les « actions de nature idéologique », y compris « de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole » qui relèvent de la liberté de penser et d’expression.

    Toute association environnementale, tout syndicat ou individu préoccupé par les conséquences néfastes de l’agriculture intensive pour l’environnement et la santé se trouve menacé de délation et de mesures coercitives. Après quelques mois d’existence, la cellule « Déméter » a d’ailleurs donné lieu à plusieurs dérapages inquiétants : entretien du président de l’association Alertes Pesticides Haute Gironde avec les gendarmes durant une heure sur l’organisation des « États généraux des riverains » ; présence de la gendarmerie lors d’une réunion de préparation d’actions en vue de la « Semaine pour les alternatives aux pesticides » ; convocation à la gendarmerie d’un juriste de l’association Sources et rivières du Limousin pour une interview où ce dernier s’opposait à la construction de serres industrielles…

    « Le gouvernement cherche à museler toute critique du modèle agricole dominant et de l’usage immodéré des pesticides : c’est une menace inquiétante pour la démocratie et la liberté de penser, estime Nicolas Laarman, délégué général de Pollinis, qui a par ailleurs déposé en avril dernier avec Générations futures un recours devant le tribunal administratif de Paris pour obtenir l’annulation de cette convention de partenariat. Au lieu d’opposer ONG environnementales et agriculteurs, le nouveau gouvernement doit dissoudre la cellule « Déméter » et lancer d’urgence un plan de transition agricole pour donner aux agriculteurs les moyens de mettre en place des pratiques durables, respectueuses de la nature et de la santé » .

    Les organisations signataires de la lettre sont : Attac France, Chrétiens dans le monde rural (CMR), Confédération paysanne, France Nature Environnement (FNE), Foodwatch France, Générations Futures, Greenpeace France, Les Amis de la Terre, Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC), Nous voulons des coquelicots, Pollinis et Terre de liens.

    En savoir plus sur le recours des associations Pollinis et Générations futures contre la cellule Demeter.

    Photo Nuclear Information Service, CC BY-NC-ND.
  • PAC post-2020 : Une autre politique agricole et alimentaire commune (PAAC) s’impose

    PAC post-2020 : Une autre politique agricole et alimentaire commune (PAAC) s’impose

    Monsieur le président de la République,

    Demain, vous négocierez avec vos homologues européen·ne·s le cadre financier pluriannuel 2021–2027 et le plan de relance de l’UE. Ces négociations peuvent apporter une réponse européenne forte à l’épisode qui a gravement éprouvé notre continent. La crise liée au coronavirus a révélé nos fragilités et le besoin de politiques publiques solides pour relever le défi écologique, garantir l’autonomie alimentaire et la justice sociale. Parce qu’elles sont au carrefour de nombreux enjeux, l’agriculture et l’alimentation doivent façonner les projets du « monde d’après ». Or la Politique agricole commune (PAC), outil majeur d’orientation de nos systèmes agricoles et alimentaires, est en pleine renégociation.

    Ensemble, les 43 organisations membres de la plateforme Pour une autre PAC l’affirment avec gravité : la proposition de réforme de la PAC au niveau européen est loin d’être à la hauteur des enjeux révélés par la crise. Premier pays bénéficiaire de la PAC, la France a la responsabilité d’être force de proposition pour une véritable refonte de la PAC en vue d’affronter efficacement les défis que nous vivons et qui nous attendent. C’est ainsi que la prochaine PAC devra répondre à trois défis inéluctables et interconnectés.

    Il s’agit tout d’abord de placer la souveraineté alimentaire [1] de l’UE au centre d’une véritable Politique agricole et alimentaire commune (PAAC), par laquelle la production agricole serait mise au service d’une alimentation choisie, diversifiée et durable, accessible à toute la population. Cet impératif, mis en lumière par la crise du coronavirus, est strictement incompatible avec un système appauvrissant les paysan·ne·s dans lequel les produits alimentaires sont vendus à des prix toujours plus bas. Il n’est pas davantage compatible avec la signature d’accords de libre-échange exposant à une concurrence déloyale aussi bien les paysan·ne·s européen·ne·s que celles et ceux des pays du Sud. Une PAC qui a pour seul objectif les prix bas pour les consommateur·rice·s est une impasse. Une PAC qui « [délègue] notre alimentation à d’autres est une folie » [2].

    En parallèle, la PAC doit repenser la logique d’attribution des aides, pour valoriser les bienfaits générés par les fermes plutôt que leur surface. Aujourd’hui, en matière d’emploi, la PAC est la principale raison de la diminution du nombre de paysan·ne·s et du non-renouvellement des générations, dans la mesure où une grande majorité de son budget est distribuée en fonction des surfaces, sans plafonnement du montant attribué selon le nombre de paysan·ne·s travaillant sur les fermes. Pourtant, avec la moitié des agriculteur·rice·s partant en retraite dans les dix années à venir, l’agriculture constitue un réservoir d’emplois extrêmement important. Sortons de la logique de paiements à l’hectare non ciblés, plutôt que de pérenniser une politique de rente inacceptable dans un contexte de récession économique !

    Pour finir, il est indispensable que la prochaine PAC accompagne massivement la transition agroécologique des fermes, en dédiant au moins 50% de ses financements au maintien et au développement de systèmes agricoles favorables à l’environnement et au bien-être animal, tels que l’agriculture biologique. Une transition massive de l’agriculture européenne suppose un budget fort pour le 2e pilier de la PAC, construit et géré en bonne intelligence entre l’État et les régions. Dans cette perspective, les intentions affichées par le Pacte vert, en matière de réduction d’utilisation de pesticides, d’engrais azotés et d’augmentation de la part d’agriculture biologique constituent des étapes importantes pour le climat et la biodiversité. Or sans une PAC pleinement compatible avec les stratégies « De la ferme à la table » et « biodiversité » de l’UE, les paysan·ne·s n’auront pas les moyens d’atteindre ces objectifs. Demain, il n’y aura plus d’agriculture européenne si elle ne respecte pas les ressources naturelles, les sols, la biodiversité, le climat et les animaux d’élevage, qui lui permettent de produire. Les solutions pour cela sont à puiser dans le renforcement de l’autonomie des paysan·ne·s et dans la valorisation de leurs savoir-faire et des services qu’ils rendent à l’environnement et au bien-être animal, et non dans la massification de l’agriculture de précision ou dans l’industrialisation croissante de l’élevage.

    Monsieur le Président, notre monde a été bouleversé ces derniers mois. Les citoyen·ne·s ont saisi le rôle clé d’une autre PAC pour construire notre souveraineté alimentaire, comme l’ont montré les propositions récentes de la Convention citoyenne pour le climat. Les Français·es attendent de vous que la future PAC soit construite par et pour les paysan·ne·s et les citoyen·ne·s. Nous le redisons : le texte en discussion n’est pas à la hauteur des défis mis en lumière par la crise, ni du cap fixé par le Pacte vert. Nous attendons que vous défendiez une révision ambitieuse de la PAC, sans quoi la PAC perdrait toute légitimité auprès des citoyen·ne·s. Nous le savons, la voix de la France compte dans toute négociation sur l’agriculture européenne. Mettons-la au profit de cette occasion historique : les circonstances le permettent et les défis à relever sont urgents. C’est maintenant que les choix politiques qui s’imposent doivent être effectués.

    Nous restons à votre disposition pour tout échange et vous prions de croire, monsieur le président, à l’expression de nos salutations distinguées.

    Les signataires des 43 organisations membres de Pour une autre PAC :

    Luc de Ronne, président d’ActionAid France
    Philippe Hirou, président de l’Afac-Agroforesteries
    Jacques Caplat, secrétaire général d’Agir Pour l’Environnement
    Robert Levesque, président d’AGTER
    Marc Mangenot, administrateur des Amis de la Conf
    Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre France
    Philippe Collin, président d’AVSF
    Maxime Combes, porte-parole d’ATTAC
    Julie Potier, directrice générale de Bio Consom’acteurs
    Anne-Françoise Taisne, déléguée générale du CFSI
    Dominique de Viviès et Jean-François Hivert, co-président·es de Chrétiens dans le monde rural
    Clémentine Nordon, co-responsable du Pôle Lobbying de Citoyens pour le Climat
    Leopoldine Charbonneaux, présidente de CIWF
    Marc Dufumier, président de Commerce Équitable France
    Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne
    Virginie Raynal et Paul Reder, co-présidents de la FADEAR
    Christophe Lépine, président de la Fédération des Conservatoires d’espaces naturels
    Michaël Weber, président de la Fédération des Parcs naturels régionaux de France
    Guillaume Riou, président de la FNAB
    Alain Grandjean, président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme
    Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement
    François Veillerette, directeur de Générations futures
    Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France
    Arthur Grimonpont et Félix Lallemand, fondateurs des Greniers d’Abondance
    Bernard Chevassus-au-Louis, président d’Humanité et Biodiversité
    Tanguy Martin, administrateur d’Ingénieurs sans frontières – Agrista
    Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO
    Evelyne Boulongne, porte-parole du Miramap
    Cédric Letourneur, secrétaire national du MRJC
    Julien Kieffer et Pierre-Henri Roussel, coprésidents de RENETA
    Philippe Quirion, président du Réseau Action Climat
    Fabrice Bouin, président du Réseau CIVAM
    Pierre Tritz, président du Réseau Foi et Justice Afrique Europe
    Henri Rouillé d’Orfeuil, pilote du programme alimentation de RESOLIS
    Vincent Destival, délégué général du Secours Catholique — Caritas France
    Bastien Beaufort, représentant de Slow Food France
    Jacques Godard, co-président de SOL
    Michel Vampouille, président de la Fédération nationale de Terre de Liens
    Françoise Vernet, présidente de Terre & Humanisme
    Gilles Lanio, président de l’UNAF
    Ghislain Zuccolo, directeur général de Welfarm
    Isabelle Autissier, présidente du WWF France
    Sophie Marie, présidente de WWOOF France

    [1] La souveraineté alimentaire est entendue comme le droit de chaque peuple à définir son agriculture et son alimentation. Elle ne peut se penser en dehors d’une transition écologique et sociale systémique.
    [2] Adresse télévisée du président de la République aux Français·es du 12 mars 2020

    Photo Thijs ter Haar, CC BY.
  • Convention citoyenne pour le climat : face à l’urgence sociale et climatique, le gouvernement ne peut pas se dérober !

    Pendant neuf mois, à travers un exercice démocratique inédit, 150 citoyen·nes tiré·es au sort ont préparé une série de mesures visant la réduction des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici 2030, dans un esprit de justice sociale. Pour aboutir à la neutralité carbone en 2050, il faudrait viser une réduction de 65 % des émission en 2030. Mais nous, organisations chrétiennes, tenons à saluer l’engagement des membres de la Convention citoyenne et la qualité des solutions proposées.

    Car il y a une double urgence sociale et environnementale à agir. Il y a cinq ans, déjà, dans son texte Laudato si’, le pape François soulignait que lutter contre la pauvreté et pour la protection de la planète relève d’une même dynamique car « il n’y a pas deux crises séparées, une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale ».

    Partout, nos organisations le constatent : les plus pauvres sont les plus frappé·es par les dérèglements climatiques, alors qu’ils en sont les moins responsables. Nos partenaires internationaux nous rapportent combien la déforestation, la désertification, la raréfaction de l’eau potable, la vulnérabilité aux événements climatiques extrêmes, frappent de plein fouet les plus pauvres. En France même, les plus précaires ont moins de ressources pour s’adapter au dérèglement climatique, qui ne manquera pas d’accroître les inégalités.

    « Le défi urgent de sauvegarder notre maison commune inclut la préoccupation d’unir toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer » (pape François, Laudato si’). Et pour cela, il faut des actes.

    Le président de la République Emmanuel Macron s’était engagé à reprendre les propositions de la Convention citoyenne sans filtre. Or une semaine après la remise du rapport, le travail des 150 citoyen·nes est déjà menacé. Les trois « jokers » sortis par le chef de l’État lors de son discours du 29 juin (la limitation à 110 km/h sur l’autoroute, la taxation à 4 % des dividendes financiers et la réécriture du préambule de la Constitution) en masquent en réalité quelques autres. Ils ont aussi ouvert la voie à la remise en cause par le gouvernement d’autres propositions structurantes pour la baisse des émissions de gaz à effet de serre et la justice sociale. Il en va ainsi de l’obligation de rénovation globale des logements dès 2024 pour mettre fin aux passoires énergétiques, gouffres financiers pour les plus modestes, ou de la non-ratification du CETA, un traité pourtant incompatible avec le nécessaire changement de nos systèmes alimentaires, pour une alimentation de qualité et une agriculture moins émettrice. Autres mesures symboliques déjà contestées : la baisse de la TVA sur le train, alors que le trafic aérien lui fait une concurrence déloyale et que nombre de nos concitoyen·nes sont dépendant·es de la voiture, ou l’interdiction de la publicité sur les produits les plus polluants.

    L’ambition initiale de la Convention ne doit pas être vidée de son sens. Le président de la République doit tenir parole. Les mesures proposées par la Convention citoyenne pour le climat auraient pu de longue date être adoptées par nos dirigeants s’ils en avaient eu le courage politique. Elles doivent désormais être mises en place sans délai, à l’exclusion de toute mesure dilatoire. Nous appelons le gouvernement et les parlementaires à ne pas détricoter le travail de la Convention. Les préconisations ont été pensées sous forme d’objectifs et il est nécessaire de ne pas les morceler pour garder leur cohérence d’ensemble.

    La Convention citoyenne apporte des réponses concrètes pour nous permettre de franchir une première étape dans la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, nécessaire pour la construction d’un monde juste et soutenable pour tous. Il faut donc aller jusqu’au bout de la démarche et mettre en application sans filtre les propositions de la Convention citoyenne pour le climat.

    Signataires : Vincent Destival, délégué général du Secours catholique, Sylvie Bukhari-de Pontual, présidente du CCFD-Terre solidaire, Marcel Rémon, directeur du CERAS, Laura Morosini, responsable de Chrétiens unis pour la Terre, initiatrice du plan Climat pour Paris, Danielle Beauchet et Lionel Lecerf, présidente et président de l’ACO (Action catholique ouvrière), Dominique de Viviès et Jean-François Hivert, coprésidente et coprésident du CMR (Chrétiens dans le monde rural), Philippe Guttinger, président du Christianisme social, Olivier Bres, président du MPEF (Mouvement populaire évangélique de France)

    Texte paru dans La Croix le 10 juillet 2020.

    Marche pour le climat du 13 octobre 2018, Paris, par Jeanne Menjoulet, CC BY-ND.
  • Publication du Courrier du national n°6

    Publication du Courrier du national n°6

    Le Courrier du national n°6 à l’attention des équipes du CMR est paru ! Retrouvez-le en suivant ce lien.

  • Publication du bulletin Cré’Acteurs du CMR 44

    Publication du bulletin Cré’Acteurs du CMR 44

    Édito : Après confinement

    Le printemps 2020 restera dans nos mémoires comme un évènement très particulier et que jamais nous ne pensions vivre. Les 2/3 de la planète à l’arrêt, nous, confinés dans nos maisons et un agenda rangé.

    Depuis des décennies on parle de destruction de la planète, de déforestation à outrance et de surconsommation.
    Comment ne pas se poser la question : est-ce que ce virus qui vient dérégler nos vies n’est pas un signe et qu’il est temps de prendre soin de « notre maison commune » comme nous le dit le pape François dans Laudato si’.

    Dans tous ces évènements nous avons bien sûr relevé des solidarités qui se sont mises en place spontanément pour aider les plus démuni·es et les personnes précarisées par cette pandémie, nous avons aussi pu prendre conscience de l’efficacité des soignant·es et de tous ces métiers dit « indispensables » et qui sont souvent des emplois mal payés et pas toujours valorisés.

    Il y aura un avant et un après « Covid », déjà nous voyons bien que notre façon de vivre est un peu chamboulée par tous ces mots que nous ne cessons d’entendre : distanciation sociale, gel hydroalcoolique, gestes barrière ; nous acceptons de porter un masque pour protéger l’autre.

    Comment nous, en équipes CMR, pouvons-nous nous emparer de tous ces sujets pour aller plus loin dans la réflexion et être source de proposition là où nous vivons dans l’Église et la société ?

    Nous devions « porter la clameur du rural dans l’espérance » lors du congrès de Tarare qui malheureusement a dû être annulé ; alors sachons le faire malgré tout.

    Margot Chevalier, membre du CA

    Ce numéro vous est offert dans son intégralité !

    Vous pouvez le lire en ligne à partir de ce lienCmr cre acteurs juin2020 n 12Cmr cre acteurs juin2020 n 12 (3.57 Mo)

  • Une main tendue aux paysan·nes

    Une main tendue aux paysan·nes

    Rencontre avec les membres de Solidarité Paysans Alsace

    Samedi 11 janvier 2020 à Ebersheim par le CMR 67

    La situation des agriculteurs, les souffrances de ceux qui sont en difficulté trouvent leur place dans les thèmes « Agriculture et Alimentation source de santé » et « Fragilités sociales et solidarité de proximité », deux des axes thématiques de réflexion et de travail proposé par le CMR pour le congrès.

    Connaître Solidarité Paysans, association de défense et d’accompagnement des agriculteurs en difficulté, son fonctionnement et ses enjeux, tel était le programme de la rencontre de cet après-midi.

    Une association née d’un besoin

    Les difficultés dans le secteur agricole ont commencé à se manifester dans les années 1980 : surproduction, quotas laitiers, agrandissement des fermes, endettements… En réponse à ces difficultés des paysans s’organisent et, en 1992, les différentes associations se regroupent au niveau national en réseau. Solidarité Paysans était née. Actuellement une cinquantaine d’associations Solidarité Paysans sont actives en France.

    Les associations totalisent près de 80 salarié·es et 2 000 bénévoles dans le pays. Les accompagnements se font toujours par deux, en binôme.

    Solidarité Paysans Alsace est né il y a trois ans et compte aujourd’hui une vingtaine de membres, essentiellement du Haut-Rhin et de Centre Alsace. L’association recherche des bénévoles dans le Bas-Rhin.

    Un film documentaire nous présente Solidarité Paysans et les principes de base de son intervention :

    • Les agriculteurs sont une cible facile pour le grand public.
    • Ils se trouvent isolés dans leurs difficultés et ont tendance à se replier sur eux-mêmes.
    • Il est important que ce soit l’agriculteur qui fasse appel à l’association.
    • L’accompagnement est une présence, une écoute, sans jugement.
    • L’accompagnement se fait toujours en binôme, pour arriver à une vision globale de la situation. Au moins un des deux intervenants a des connaissances du terrain, du monde agricole.
    • Cet accompagnement peut être une épreuve de vérité pour la personne accompagnée, concernant sa situation, son activité, ses choix et leurs conséquences.
    • La recherche de solutions implique des liens avec les différents partenaires : DDA (Direction départementale de l’agriculture), MSA (Mutualité sociale agricole), conseil départemental, chambre d’agriculture, etc.
    • L’accompagnement favorise l’évolution de la situation.
    • Les groupes de travail des accompagnateurs apportent recul et éclairage des situations.

    L’accompagnement par Solidarité Paysans, c’est aussi et surtout :

    • Les accompagnateurs se préoccupent de la personne, de sa famille, puis de l’exploitation ; la dimension humaine reste primordiale.
    • Les accompagnateurs n’émettent pas et ne sont pas dans le jugement.
    • Les aspects forts des accompagnements sont la proximité et la disponibilité afin de rompre l’isolement.
    • La solidarité, le respect des projets et des choix de la personne sont le fil d’Ariane de l’accompagnement.
    • Au final, c’est toujours la personne concernée qui prend les décisions.

    Après la projection du documentaire, nous nous sommes retrouvé·es en cinq groupes pour des échanges suivis par la transmission d’une conviction et d’une question à tou·tes les participant·es.

    Solidarité Paysans Alsace

    L’association Solidarité Paysans Alsace est encore jeune et peu connue, tant par les agriculteurs et agricultrices que par le grand public. Un travail de communication est en cours, dont l’exemple de la rencontre d’aujourd’hui. Actuellement c’est principalement l’orientation par les assistants sociaux de la Mutualité sociale agricole qui amène les agriculteurs à prendre contact. Il est indispensable que la personne soit prête à être aidée. Il arrive que ce soit le ou la conjoint·e qui prenne contact, ou qu’une personne de l’entourage fasse la démarche avec la personne concernée. L’association est financée par les cotisations des membres (35 € de cotisation annuelle), une subvention du conseil départemental du Haut-Rhin et une subvention de la région.

    L’objectif de l’association est de pouvoir financer un·e salarié·e.

    Pour développer son action dans le Bas-Rhin, de nouveaux adhérent·es et accompagnateurs/trices sont indispensables.

    Et chacune, chacun, peut être personne- relais en orientant des agriculteurs en difficulté vers l’association.

    À l’issue de la rencontre, deux personnes ont rejoint l’association.

    Un moment de convivialité partagé autour de la galette des rois a clôturé la rencontre.

    Marie-Rose Zimmermann

    Coordonnés de l’association :
    Solidarité Paysans Alsace
    223 Champs de la Croix 68650 Lapoutroie
    07 69 03 89 75
    solidaritepaysansalsace@zaclys.net
    www.solidaritepaysans.org/alsace

    Les convictions

    Importance de l’échange et de la communication entre agriculteurs et consommateurs, les politiques, les administrations et entre les générations. Recherche continue de dialogue.

    Entretenir la communication entre monde agricole et la société qui les entoure.

    Rompre l’isolement des agriculteurs et les accompagner dans la durée.

    La solidarité avec ceux qui sont écrasé·es malgré la concurrence économique.

    Importance de l’accompagnement en binôme et des séances de relecture et de partage d’expériences pour les accompagnant·es.

    Les questions

    Comment inciter les agriculteurs et agricultrices à demander de l’aide et comment créer confiance ?

    Comment les paysans entrent-ils en relation avec l’association ?

    Comment faire connaître l’association ?

    À Solidarité Paysans la demande doit venir de l’agriculteur en difficulté. Est-ce que ce n’est pas trop difficile pour lui ou elle ?

    Est-ce qu’un proche ne peut pas faire la démarche en son nom ?

    Quel est le financement de Solidarité Paysans ?

    Quelques échanges

    La vente directe va sauver les agriculteurs : marchés, AMAP, vente à la ferme…

    Quand c’est un héritage, la cessation de l’exploitation est un échec. La terre c’est plus qu’un héritage, c’est l’ADN de l’agriculteur.

    Le choix des consommateurs est important et a un impact.

    S’il n’y a plus de jeunes qui s’installent, ça va droit à l’agrandissement des plus grandes exploitations, il faut casser cette spirale infernale.

    Quand la transmission de l’exploitation se passe mal, que le patriarche reste maître de l’exploitation, il y a conflit de génération.

    Une exploitation agricole est une entité complète. La cassure avec la société est le problème qui entraîne l’isolement.

  • Une assemblée générale vraiment extraordinaire !

    Une assemblée générale vraiment extraordinaire !

    Le samedi 13 juin, certes une assemblé générale extraordinaire était convoquée par le CMR en amont de son assemblée générale ordinaire, mais c’est son mode de fonctionnement qui a été innovant !

    76 personnes réunies en visioconférence, avec des temps de présentation courts, concis, afin de permettre des temps de questions/réponses et de dialogue.

    D’ailleurs, il a été noté que l’écoute et la prise de parole avaient semblé facilitées, renforcées.

    Une assemblée générale que tou·tes les participant·es avaient eu à cœur de préparer dans un réel souci d’efficacité, avec une organisation sans faille mise au point par l’équipe nationale des salarié·es.

    Le CMR, comme tous les mouvements d’Église, est dans la tourmente : baisse du nombre d’adhérent·es, baisse des recettes générées par les cotisations, « crise » de l’engagement d’une manière générale, difficulté à « fonder », à renouveler les bureaux fédéraux… et en plus, le congrès national annulé pour cause de pandémie mondiale.

    La mobilisation, l’analyse, les idées, les propositions ont nourri les temps de dialogue, avec un même objectif : relancer la machine, à tous les niveaux de responsabilités et d’engagements.

    « Faire du lien » : tel a été le fil rouge de ces discussions. Liens transversaux au sein même de l’association, liens entre les générations, liens à inventer puis à tisser avec les personnes restées au bord des chemins, liens à entretenir dans nos choix de vie quotidiens avec l’international, liens à renforcer avec l’Église.

    Des liens qui disent une gouvernance du mouvement que nous avons voulu affirmer politiquement, en modifiant les statuts de l’association : coprésidence, création et fonctionnement du comité de gouvernance ont ainsi été actés par le scrutin de l’assemblée générale extraordinaire.

    Nourries par ce temps de pause imposée, par l’Espérance exprimée dans la Clameur et dans le chant du congrès, « Au monde rural », les équipes ont affirmé, lors de ces temps d’assemblées générales, leur volonté d’avancer, ensemble, en débroussaillant, en analysant, en proposant, en projetant, en mettant en œuvre… en étant au cœur du « Voir, Juger, Agir ».

    Dominique de Viviès, coprésidente du CMR

  • Soutien d’une équipe aux personnels de santé

    Soutien d’une équipe aux personnels de santé

    Ce mardi 16 juin 2020, notre équipe Chrétiens dans le monde rural Astarac-Magnoac (fédération départementale 65) veut exprimer son soutien aux personnels de santé, du médico-social, des Ehpad, qui sont mobilisés pour exiger des moyens conséquents pour de bonnes conditions de travail assurant ainsi un service public de qualité pour tou.tes les usager.es et patient.es. Ils et elles sont en grève aussi pour la reconnaissance de leurs métiers et une revalorisation salariale et professionnelle.

    Pendant plus d’un an, ils et elles ont multiplié les actions pour alerter sur la situation de l’hôpital, des urgences, des déserts médicaux, de l’accueil des personnes âgées.

    Il est temps de considérer prioritaire la réponse aux besoins de la population et d’engager au sortir de cette crise sanitaire un plan de programmation et de reconstruction de tout le système de soins. Avec le coronavirus, les alertes répétées des personnels soignants sont devenues une réalité. Des élans de solidarité populaires se sont noués avec eux, notamment tous les soirs à 20 h au cours d’applaudissements soutenus dans tout le pays.

    Nous voulons aussi vous témoigner aujourd’hui notre reconnaissance pour tout le travail et les efforts accomplis dans les Ehpad de notre secteur.

    Contacts : Geneviève V.  06 72 59 55 49 et Joëlle B.  06 44 89 01 01.

  • Au monde rural

    Au monde rural

    Chant du CMR 2020. Paroles et musique de Marie Coutant.

    1. Nous vivons dans un jardin mondial
    Ce paradis c’est notre maison commune
    Démocratie, climat, urgences sociales !?
    Plus je consomme plus la planète se consume !
    Faisons des choix, chacun est digne
    Gardons l’espoir, bougeons les lignes
    Femmes et hommes, portons la clameur
    L’espérance au cœur du monde rural

    2. Nous habitons territoires et paysages
    Citoyens militants de la Terre
    De nos mains nous cultivons le partage
    Et récoltons mille façons de faire
    Produisons de la nourriture saine
    Embellissons nos relations humaines
    Femmes et hommes, portons la clameur
    L’espérance au cœur du monde rural

    3. Nous voulons une société fraternelle
    Plusieurs familles aux multiples visages
    Migrons ensemble vers un autre modèle
    Accueillons des réfugiés dans nos villages
    Poussons la voix, créons une danse
    Au nom du droit, de la tolérance
    Femmes et hommes, portons la clameur
    L’espérance au cœur du monde rural

    4. Nous moissonnons avec joie dans nos campagnes
    À chaque pas ce qui tisse du lien
    En équipe jusqu’au sommet de la montagne
    Ce qui compte c’est de faire le chemin
    Que soient vivantes les bonnes nouvelles
    Et que chacun y mette son grain de sel !
    Femmes et hommes, portons la clameur
    L’espérance au cœur du monde rural (ter)

    5. Nous t’invitons à inventer un idéal
    À rendre grâce à Dieu aujourd’hui
    Partageons le pain, le vin à cette table
    Et célébrons la beauté de la Vie !

  • Agriculture et société, le point de vue d’une équipe

    Agriculture et société, le point de vue d’une équipe

    En équipe nous avons pris connaissance de l’article paru dans Agir en rural n° 120 : « Agriculture et société. Appel à l’écoute et au respect ». Nous pensons que certains aspects de la situation agricole n’ont pas été abordés et qui pourtant à nos yeux sont importants pour l’avenir de l’agriculture et pour la relation agriculteurs-société :

    • la remise en cause du système dominant de l’agriculture intensive, raisonnée, industrielle qui provoque de nombreux dégâts humains et écologiques : disparition de nombreuses fermes, moins de biodiversité, des sols stériles, le retournement des prairies naturelles, l’arrachage des haies (voir photos ci-dessous)…
    • l’endettement des jeunes : n’est-il pas dû en partie à la surenchère du prix des terres agricoles et à l’acceptation par la profession de la pratique des « pas de porte » élevés ?
    • une répartition plus équitable des aides PAC (qui devraient être basées sur le nombre de travailleurs et non sur la surface) limiterait la cause de l’agrandissement pour capter les subventions et favoriserait moins l’industrialisation des systèmes agricoles ;
    • nous devons également prendre en compte la souveraineté alimentaire pour nous et dans les pays du Sud.

    D’autres pratiques existent, celles de l’agriculture paysanne. Elles recherchent l’autonomie, le respect de l’environnement, le maintien de la biodiversité, la qualité des produits. Elles permettent à des structures à taille humaine de se maintenir et de se transmettre. Nous constatons que des jeunes désirent s’installer sur des petites surfaces et développent la vente directe par le système d’AMAP, en organisant des marchés locaux, de la vente à la ferme…

    Quelle place acceptons-nous de leur laisser ?

    Que faisons-nous pour leur permettre d’avoir accès à la terre ?

    Les accueillons-nous comme paysan·nes à part entière ?

    Prenons-nous en considération leur façon de concevoir le métier ?

    Pierre Descamps, Noël Bonamy (†) et Odile Bonamy, Marie-Pierre et Patrick Dupont, Chantal et Jean-Pierre Cornée, équipe CMR de la fédé du 59 Cambrai

     

    Photos de Pierre Descamps, tous droits réservés.

    Bocage de l’Avesnois.

     

    Un champ de maïs remplace les prairies.

     

    Les champs sans haies se substituent au bocage.

     

    Prairies retournées et haies non replantées.