Communiqué de l’association Chrétiens dans le Monde Rural
Face aux mouvements de colère exprimés contre les abattages massifs de troupeaux bovins atteints de la dermatose nodulaire contagieuse, le mouvement Chrétiens dans le Monde Rural (CMR) se sent concerné. Nous souhaitons rappeler notre attachement à une politique d’autonomie paysanne et de souveraineté alimentaire. De plus, nous affirmons notre opposition à toute forme de violence :
- Violence provoquée par l’exercice du pouvoir, ses méthodes, son acharnement à vouloir passer en force, au lieu d’entrer en dialogue avec les personnes concernées.
- Violence par le déploiement par les forces de l’ordre de tant de moyens matériels et humains contre des agricultrices et agriculteurs qui défendent leur métier et leur amour de leur travail et de leurs bêtes.
Cette violence provoque notre indignation et nous interpelle : quelle est la légitimité d‘un gouvernement démocratique pour employer une telle violence ? N’y a-t-il pas d’autres solutions pour résoudre des désaccords, des conflits ?
Posons-nous les bonnes questions :
- Pourquoi sacrifier à tout prix des troupeaux entiers et le travail acharné de nombre agricultrices-agriculteurs ?
- Sous couvert de raisons sanitaires, ne voit-on pas la volonté farouche d’exporter, toujours exporter à n’importe quel prix, et pour servir quels intérêts ?
- N’est-ce pas l’occasion de repenser notre modèle agricole, préservant à la fois notre autonomie alimentaire et la souveraineté alimentaire ?
Le CMR est très proche du monde agricole ; beaucoup de membres y travaillent ou y ont travaillé. Sur les territoires ruraux, les équipes CMR sont des lieux propices pour vivre ces débats en se respectant mutuellement, en discernant, comme chrétiens et chrétiennes, ce que nous disent l’Evangile et La Pensée sociale de l’Eglise, et ce que nous disent les papes François et Léon XIV dans leurs dernières encycliques. Ne sommes-nous pas appelés à prendre soin de la Création ?
« Tous frères et sœurs, c’est ensemble que nous avons à pèleriner sur cette terre » (Encyclique Fratelli Tutti, 2020)
Karin Flick et Laurent Misandeau, coprésidents.es du CMR (Chrétiens dans le Monde Rural)
Contact : Didier Levrard : 07 83 00 61 70 lahochetière@hotmail.com
Christophe Davy : 06 33 67 06 69 davy.isachris@orange.fr
Témoignage de Christophe Davy, éleveur dans l’Orne, membre du CMR
On ne règle pas des problèmes sanitaires par des politiques de peur et de mort !
« Je suis mobilisé depuis un peu plus d’un an contre tous les abattages totaux qui sévissent en France, du fait de la tuberculose bovine, la brucellose, et maintenant la DNC (Dermatose Nodulaire Contagieuse).
Des mobilisations d’éleveurs, mais aussi de la société civile, soutiennent ce combat, car il est très clair qu’il entraîne nos campagnes vers la mort à petit feu de tout ce qui fait la vie de nos territoires.
Alors que l’on est à plus de 10 ans de combat contre la tuberculose bovine dans mon secteur, un nouveau cas vient de se déclarer chez mes voisins. Ils ont accepté l’abattage total, parce qu’ils n’ont pas d’autre choix. Pour ma ferme qui est en proximité, cela veut dire un renforcement de mesures sanitaires supplémentaires et une prise en main progressive de l’Etat sur mon troupeau. Car, il faut bien le savoir, quand un cas arrive sur votre ferme, vous n’êtes plus maître chez vous, et toutes les décisions doivent passer par le « Monsieur DSV » du département, et ce, pendant 5 ans après le protocole d’abattage total.
J’ai participé à l’organisation d’un collectif contre les abattages totaux dans mon secteur, et nous avons su mobiliser des paysans de tout bord syndical, ainsi que des citoyens, des élus pour parler de la tuberculose bovine. Nous avons organisé une réunion où nous attendions 50 personnes, et nous étions plus de 150. Il est très clair que les mesures sanitaires, prises par la France depuis trop longtemps, ne règlent pas et ne régleront en rien les problématiques sanitaires. Les autorités et les GDS (groupements de défense sanitaire) le disent très ouvertement, il s’agit de sauver la Ferme France afin qu’elle soit indemne de maladie pour continuer à exporter. C’est le seul et unique motif, qui fait que nous en venons aux abattages totaux. Nous sommes donc dans une politique de répression, où l’on envoie des dizaines de camions de forces de l’ordre, voire des blindés militaires, pour « déloger » des simples éleveurs ou citoyens qui viennent empêcher mains nus », l’abattage total sur une ferme. C’est complètement surréaliste, et c’est bien en France que cela se passe.
Si je devais avoir un cas de tuberculose bovine sur ma ferme, je peux d’ores et déjà vous dire que je m’opposerai de toutes mes forces à l’abattage total de mon troupeau, parce que c’est pour moi et pour tous les éleveurs, une situation impossible à vivre au quotidien et inhumaine. Je mettrai aussi les vétérinaires devant leurs responsabilités, c’est aussi leur métier qui est en danger, car sans élevage, pas de vétérinaire rural !
Nous avons créé un groupe sur les réseaux au niveau local et national, et nous avons fait des liens entre les protocoles de la DNC et de la tuberculose, car même si ce n’est pas le même type de maladie (l’une est virale et l’autre est une contamination par une mycobactérie), les protocoles sont eux identiques et ont exactement les mêmes effets sur les éleveurs, leurs familles et les territoires. C’est un massacre qu’il faut arrêter de toute urgence. Le CMR (Chrétiens dans le monde rural) doit être aussi une caisse de résonance du malheur qui se propage dans la campagne. La colère et la détermination sont le simple reflet du fait que nous ne voulons plus nous laisser faire, car l’Etat va beaucoup trop loin et entrave même les principes de démocratie et de libre expression. Tout est fait pour que l’éleveur, les vétérinaires, ferment leur « gueule » parce qu’on les paie, on les indemnise pour cela.
J’ai appris au CMR, par l’échange dans les équipes, à pouvoir m’exprimer librement et en toute confiance. Beaucoup d’éleveurs sont aujourd’hui dans une situation où on les accuse, on les stigmatise parce qu’ils ont eu la maladie sur leur ferme et pour les punir, on abat leur troupeau. La conséquence, c’est qu’ils s’enferment, voire se suicident dans le pire des cas. Le collectif créé il y a un an, avait pour but premier de faire s’exprimer librement des éleveurs qui ont subi des abattages totaux, mais aussi pour refuser tout abattage total à l’avenir. Je peux vous dire que les larmes des éleveurs ont coulé, devant plus de 150 personnes, et que les discours contradictoires du président de la chambre d’agriculture du Calvados, du président du GDS, étaient réduit à néant, tant les drames qui étaient exposés très ouvertement et parfois avec beaucoup de colère, dépassaient tout.
Je ne souhaite à personne de vivre ce qu’ont vécu tous ces éleveurs. Et pourtant, à 15 kms de chez moi, certains en sont à leur 3ème abattage total, et les animaux ne sortent plus à l’extérieur. Pourquoi l’Etat et les GDS, qui sont devenus leurs bras armés, s’entêtent-ils autant à faire souffrir les éleveurs, leurs familles, les animaux, alors que leur devoir est, avant tout, de les aider et de les soutenir ? Pourquoi ne se remettent-ils jamais en cause, alors que les preuves scientifiques prônent une gestion différenciée ?
Si je suis engagé au CMR, c’est avant tout parce que le mouvement nous permet de donner du sens à nos vies, et à notre environnement proche ou plus lointain. C’est aussi là que je vis une Espérance, et cela permet de tenir le coup face à un Etat qui pratique une « dictature » sanitaire. C’est également important d’être proche de tous ces éleveurs qui sont touchés directement par les abattages totaux, et de ne surtout pas les isoler, contrairement à ce que fait l’Etat.
Cette ambiance de mort est assez difficile à vivre, à l’heure de fêter Noël, la naissance de Jésus, qui est pour nous chrétiens, signe d’Espérance.
Il est maintenant l’heure de se relever, de se mettre debout, et de tenir, face à une oppression, qui devient de plus en plus insoutenable, et de se soutenir entre collègues éleveurs de tout bord, pour continuer le combat contre les abattages totaux.
Contact
Christophe Davy : 06 33 67 06 69 davy.isachris@orange.fr


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