Commentaires à partir du texte de l’Évangile selon saint Jean (15, 1-8)
Au début de ce second discours d’adieu à ses disciples, Jésus utilise une image biblique qui leur « parle », l’image de la vigne et de ses sarments, cette vigne qui symbolise le peuple d’Israël. Saura-t-elle nous « parler » à nous aussi ?
« Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu et ils brûlent. » Ils sont certainement présents dans notre vie ces anciens sarments tout secs qui ne laissent plus passer la sève, ces moments, ces attitudes qui ont été stériles. Brûlons-les allègrement. Cette crise que nous traversons ne révèle-t-elle pas, elle aussi, des choix qui ne mènent pas à la vie ?
« Tout sarment qui porte du fruit, [mon Père] le purifie en le taillant pour qu’il en porte davantage. » Oui, pour cela il faut des outils tranchants. La Parole de Dieu est coupante, elle aussi, tranchante, nette.
Mais cela ne suffit pas ; sans soins réguliers, les rameaux perdent leur vigueur et les fruits leur éclat. « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruits. » Jean utilise huit fois le verbe « demeurer » dans cet extrait. Ce sarment dans lequel la sève circule librement, est-ce moi en qui demeure et travaille la parole de Jésus ? Qu’est-ce que je fais de la sève du Christ, de la présence du Christ en moi ? Est-ce que je l’accueille ? Est-ce que je lui permets de donner des fruits en abondance ?
Soyons attentifs à la présence de cette sève en nous. En ce début de sortie du confinement, n’oublions pas qu’il existe bien d’autres souffrances sur notre Terre. Permettons à cette Parole, à cette présence, de donner naissance à de nombreux fruits porteurs de vie.
Jean-Marie, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)
Pour vous accompagner pendant ces prochaines semaines, l’ENAD (Équipe nationale d’aumônerie diversifiée) du CMR vous propose chaque jour un petit texte ou un commentaire d’Évangile.
Vous pourrez trouver les textes référencés en vous rendant par exemple sur le site https://www.aelf.org/.
Les cloches sonnent pour le climat : re-démarrons autrement !
Le 24 mai 2015 était publiée l’encyclique Laudato si’ sur la préservation de notre Maison commune.
En cette période inédite de bouleversement de nos modes de vie (relations aux autres, consommation, déplacements, travail) un nouveau chapitre peut s’écrire.
Le pape François appelle à se mobiliser pour une Semaine Laudato si’ du 16 au 24 mai à travers le monde, coordonné par le GCCM (Global Catholic Climat Mouvement).
Que nous dit Laudato si’ ?
Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous. § 14
L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent. §23
L’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties. § 193
Dans la famille, on cultive les premiers réflexes d’amour et de préservation de la vie, comme par exemple l’utilisation correcte des choses, l’ordre et la propreté, le respect pour l’écosystème local et la protection de tous les êtres créés. § 213
Toutes les communautés chrétiennes ont un rôle important à jouer dans cette éducation à la contemplation reconnaissante du monde, à la protection de la fragilité des pauvres et de l’environnement. § 214
Faisons sonner les clochers, mais aussi nos cloches, clochettes et smartphones !
Nous proposons que les églises de France fassent sonner leurs cloches dimanche 24 mai à 20h00 et que tous fassent sonner des cloches chez eux, aux balcons, aux fenêtres, dans les jardins. Ces sonneries seront le signe de notre engagement pour dire notre désir de changer en profondeur au sortir de la crise sanitaire.
Commentaires à partir du texte de l’Évangile selon saint Jean (14, 27-31)
Quand les lecteurs découvrent ces paroles ou plutôt les méditations et autres réflexions de l’auteur sur la présence ou l’absence du Christ, ils sont en train de s’interroger sur le devenir de leur communauté… L’accord est loin d’exister sur la manière d’être témoins du Ressuscité alors que le souvenir de Jésus de Nazareth est maintenant lointain (soixante ans depuis l’événement de son procès et de sa crucifixion).
Depuis son « départ vers le Père », des dissensions, des oppositions ont surgi et l’unité est menacée au point que certains s’apprêtent à quitter la communauté…
Dans ces moments de tension, de fragilité, d’inimitié, il est plus que nécessaire d’entendre à nouveau cette promesse : je vous laisse la paix, je vous donne ma paix… mais pas à la manière du monde ! De quelle paix s’agit-il ?
Certainement pas cette paix où le vainqueur, tel un prince de ce monde, impose au vaincu sa loi, mais celle qui prend en compte les différentes sensibilités comme autant de richesses pour le bien de la communauté.
Cette paix peut nous rassembler, si chacun-e de nous met sa confiance en ce Jésus qui a proclamé dans le Temple : « Celui qui croit en moi, de son sein couleront des fleuves d’eau vive. » (Jn 7, 38)
Sortant de notre confinement, mais aussi de nos habitudes, de nos dépendances, de nos exclusivités, quelle que soit la société à laquelle nous voulons contribuer, comme citoyen-nes, comme chrétien-nes, prenons modèle sur ce Christ dont l’accueil fut à la mesure de cet amour sans conditions qu’il a reçu de son Père pour nous le transmettre à profusion.
Marc, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)
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Commentaires à partir du texte de l’Évangile selon saint Jean (14, 21-26)
« Que votre cœur ne se trouble pas. » Jn 14/1
Par ce verset, Saint Jean commence ce chapitre 14. Le texte de ce jour, nous invite à nous ouvrir à la parole et à la « garder »
« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui nous nous ferons une demeure. »
Aujourd’hui, nous sortons de cette longue période de confinement. Nous avons hâte de nous retrouver tout en prenant soin des uns, des autres.
Comment accueillir cette parole de Jean ?
Dans Laudato si’ (§ 99) « Le prologue de l’Évangile de Jean (Jn 1/1-18) montre l’activité créatrice du Christ comme parole divine « s’est faite chair » (Jn 1/14). Une personne de la Trinité s’est insérée dans le cosmos créé, en y liant son sort jusqu’à la croix. Dès le commencement du monde, mais de manière particulière depuis l’incarnation, le mystère du Christ opère secrètement dans l’ensemble de la réalité naturelle, sans pour autant en affecter l’autonomie. »
Dans cette reprise progressive de l’école, des activités économiques, cette crise sanitaire nous plonge dans le désarroi, la crainte d’une deuxième vague de propagation du virus. La capacité à s’adapter à un nouveau mode de vie, à se protéger soi et les autres sont les clés de la réussite de la sortie de ce confinement.
Saurons-nous voir les blessures de cette pandémie ?
Comment découvrir le sens de tous ces événements ?
Nous poursuivons la lecture du texte : « Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit »
La parole de ce jour nous invite à la confiance à l’Esprit qui nous anime dans la relecture de la vie en équipe !
Béatrice, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)
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Commentaires à partir du texte de l’Évangile selon saint Jean (14, 1-6)
Après le lavement des pieds, Jean nous présente ici un discours d’adieu de Jésus à ses apôtres. Ceux-ci s’attendaient toujours à ce qu’il sauve son peuple ; ils sont inquiets comme beaucoup d’entre nous actuellement.
« Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » C’est une question que nos gouvernants se posent beaucoup en ce moment. Rouge ou vert ? Masque ou pas ? Quelle école ? Quelles priorités ? Et nous nous interrogeons, nous nous inquiétons. Nous raisonnons, nous nous posons beaucoup de questions. Peut-être ressemblons-nous souvent à Thomas et à Marthe.
Imaginons-nous un instant Jésus assis avec moi, là où je me trouve en ce moment. Bien des choses me bouleversent certainement, me questionnent, m’indignent peut-être. Laissons les paroles de Jésus me réconforter. « Que votre cœur ne soit pas bouleversé. » « Je pars vous préparer une place. » Oui, à quelques heures de sa mort, Jésus rassure, il console. Plaçons notre confiance en Dieu.
Jésus ne dit pas : je vais vous montrer le chemin, vous dire la vérité et vous apporter la vie. Non ! « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » Dieu a le désir de rassembler tous les hommes ; il y a une place pour chacun de nous. Quand est-ce que j’accomplis la volonté de Dieu ? Cette parole de Jésus m’est adressée. Elle m’invite à être en vérité sur la voie qui mène à la vie. Elle m’invite à chercher, à construire avec d’autres, cet après.
Jean-Marie, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)
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Au début, ça donnait l’impression d’une petite grippe. Vendredi 20 mars à minuit et demi, j’avais 40 de fièvre, je me suis dit c’est ça. J’ai fait le 15. Je sais que 98 % des gens s’en sortent. Je me suis appuyé sur les 98 %, j’avais une toux haletante comme je n’en avais jamais eu. J’ai été placé dans le coma, je me suis réveillé sans voix. Je me souviens d’une infirmière qui m’a présenté le respirateur. J’entends encore qu’on me dit « on fait ce qu’on peut, on a besoin de vous ». C’était pour dire qu’il fallait aussi que je sois l’artisan de ma guérison, c’est ça le message à faire passer. Je suis professeur, j’ai passé ma vie à expliquer, j’avais besoin d’explications [sur le protocole de soins]. À partir du moment où je les ai eues, j’ai adhéré. Les soignants, je les reconnaissais par leur voix, mais pas au visage. [Le plus dur, c’est d’]avoir eu l’impression d’être nulle part et hors du temps. J’ai eu un coup de cafard dans ma deuxième chambre car il y avait une horloge qui ne fonctionnait pas. C’est idiot, c’est un détail mais c’était devenu important le temps. La perspective de la société après le covid-19 m’effraie un peu. J’ai l’impression que cette crise est la première crise écologique qui se manifeste dans un contexte inattendu. C’est un signal. On a intérêt à en tenir compte. J’ai beaucoup aimé ce texte du poète colombien : « S’il y a un monde fatigué et malade qui craque et s’effondre, il doit y avoir un monde neuf en gestation qui nous défie. »
Anne-Marie Blanchard
Le confinement : un temps pour communiquer avec des amis, des proches que l’on ne voit pas souvent, des personnes seules dans le voisinage….
Occasion de rendre service.
Occasion de renouer des liens.
Occasion de prendre le temps de remercier des personnes qui m’ont accompagnée, et m’ont permis de devenir ce que je suis aujourd’hui.
Occasion de prendre le temps de jouer.
Occasion de prendre tout simplement le temps de vivre.
Occasion de célébrer autrement, de penser, de méditer, de réfléchir.
Le confinement : un temps long qui s’étire et use,
Un temps qui fait ressentir le manque de la présence physique des autres.
Le confinement : on ne frappe plus à la porte à l’improviste,
Pas de visite inattendue.
Le confinement : espérer des lendemains plus fraternels, plus soucieux du bien commun, plus justes.
Espérer la nouveauté de nos modes de vie, de consommation, de production, de soin, de relation au travail…
Commentaires à partir du texte de Jean, chapitre 13, versets 16-20
Le serviteur des servantes et serviteurs, Jésus Christ nous fait confiance. Il nous a choisi, celles et ceux qui confirment leurs baptêmes. Nous vivons dans notre société contemporaine qui nous reçoit. Alors c’est le Christ qui est reçu, qui, à travers nous, s’incarne. Et c’est le chemin qui permet à l’Esprit d’Amour de s’inscrire dans l’à-venir comme la force de vie.
Dans quelques jours, notre communauté française et républicaine s’apprête à commencer son « déconfinement ». Beaucoup de nos concitoyennes et concitoyens perçoivent tout le risque de cette démarche et l’inconnu qui s’ouvre à nouveau devant nous. Le virus n’est pas éradiqué. Mais nous ne pouvions pas rester enfermer dans notre petit monde plus ou moins protégé. Nous découvrons à nouveau que nous sommes des êtres de relation. Dieu merci, nous ne sommes pas isolés, mais bien en relation avec les autres, avec des degrés différents d’implication affective. Nous sommes dépendant-es oui, et nous sommes solidaires car nous savons que la Terre est notre maison commune construite par Dieu et entretenu par chaque femme et chaque homme.
Et Dieu aime visiter la maison commune. Notre service de disciple, c’est de permettre, au travers de nos vies de visiter les étages de la maison comme son jardin.
Ne nous laissons pas aller à la tentation du désespoir ou de la peur de ce qui vient. Au contraire, approfondissons notre espérance. Car les tombeaux sont ouverts. Il faut que nous fassions résonner l’Appel du Christ : Sors… Déliez-lui les pieds et les mains et laissez-le aller.
Chacune et chacun de nous, en équipe, en mouvement, sortons du confinement avec l’intelligence, la sagesse de l’Esprit et engageons-nous à construire la vie nouvelle promise par Dieu, déjà là comme le dit si bien notre pape François dans Laudato si’.
Joie, courage, et service pour les jours qui viennent.
Philippe, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)
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Commentaires à partir de Jean, chapitre 12 versets 44-50
Nous sommes à la fin du ministère public de Jésus, juste avant la dernière Cène et le lavement des pieds. C’est le dernier appel de Jésus à ses auditeurs (à nous ?). Comme souvent chez Jean, on lit ici des références à des opposés : lumière et ténèbres, vision et cécité, action et inaction.
Le déconfinement se précise avec son appel à la vie mais aussi ses motifs d’inquiétude et ses nombreuses zones d’ombre, ces nouvelles précarités qui risquent bien d’apparaître, cet environnement qui va à nouveau se dégrader, cette crainte que la pandémie ne redémarre. Dans ce quotidien souvent lourd d’angoisses et de désillusions, nous avons besoin d’être rétablis dans la confiance par la Lumière. Lumière que cette vie qui renaît dans nos territoires, ces relations auxquelles nous pourrons donner un peu plus de chair, cette reprise d’activité des personnes retournant au travail, ces enfants qui vont pouvoir retrouver un peu de vie sociale.
Dans notre vie, recherchons en vérité nos propres zones d’ombre pour discerner les zones de lumière. Jean nous rappelle que Jésus, véritable Lumière, est venu dans le monde afin d’ouvrir aux hommes le chemin de la vie. Cette vie est une longue marche vers Dieu, faite d’amour les uns pour les autres, à l’image de l’amour qu’il nous donne.
Soyons à l’écoute de cette Parole pour ne pas rester dans les ténèbres mais pour regarder vivre le monde et y prendre notre place.
Jean-Marie, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)
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William Holman Hunt, La Lumière du monde (1851-1856). Wikicommons.
Nous sommes une famille avec trois enfants âgés entre 10 mois et 5 ans. Nous habitons dans une maison dans un petit village avec des chemins forestiers très proches de notre maison. Nous devions partir en vacances cette semaine en Allemagne retrouver de très bons amis qui habitent là-bas et que nous voyons rarement du fait de la distance. Pour nos vacances confinées, nous avons choisi de proclamer chaque matin aux autres membres de la famille un objectif-plaisir que nous souhaitons atteindre avant la fin de la journée.
Le petit dernier participe quand ça le concerne mais ne choisit bien évidemment pas d’objectif.
Nos idées sont très variées selon l’auteur et les journées et elles nous remplissent de joie.
Quelques exemples : « fabriquer un château fort », « aller ramasser un bouquet de fleurs », « regarder les albums photos tous ensemble », « ranger l’établi », « aller courir », etc.
Ce matin, nous avons même invité nos enfants au manège dans le salon. Quelques chaises disposées, un cheval de bois, un pompon (pour gagner des tours supplémentaires quand on l’attrape), des tickets, une musique de manège et c’est parti pour un tour avec des rires garantis. Ce confinement nous permet de réveiller encore plus en chacun de nous notre créativité.
Notre clameur est « Osons aller vers une sobriété heureuse » et, plus spécifique pour les parents de jeunes enfants, « Faisons confiance à l’imaginaire de nos enfants ».
Par Laurent Misandeau. Merci de ne pas relayer sur Facebook pour respecter son choix.
Thibaud, 7 ans
S’ils ont fait le confinement, c’est pour voir grandir ses enfants.
Nous, membres du bureau de la FIMARC (Fédération internationale des mouvements d’adultes ruraux catholiques), exprimons notre profonde inquiétude concernant l’impact de la pandémie COVID-19 sur les agriculteurs, les pêcheurs et autres petits producteurs alimentaires, les pauvres des zones rurales et urbaines, les travailleurs journaliers et saisonniers, les migrants et les chômeurs, et exprimons notre solidarité à tous. La maladie se propage très rapidement partout et est devenue un problème mondial qui appelle des réponses autant mondiales que locales.
La pandémie COVID-19 a des effets négatifs sur la production alimentaire, l’offre et la demande de denrées alimentaires, la distribution, la commercialisation et la sécurité alimentaire à tous les niveaux. La vie et les moyens de subsistance de millions de travailleurs salariés, de pêcheurs et de familles d’agriculteurs sont gravement touchés et menacés par cette pandémie. Fermeture des frontières, confinement, quarantaine, perturbations du commerce limitent l’accès des populations à des ressources alimentaires suffisantes et diversifiées dans la plupart des pays. Le confinement lié au COVID-19 signifie que les pauvres des zones rurales et urbaines n’ont plus de nourriture ni de travail. Des millions de personnes des régions sous-développées sont confrontées à la pauvreté et au dénuement du fait de l’arrêt de l’activité économique en raison des mises en confinement.
La fermeture des marchés locaux et une moindre fréquence d’accès aux petits commerces réduisent la demande de produits frais et de produits de la pêche, affectant à la fois les producteurs et les fournisseurs qui sont également confrontés à la hausse des prix des denrées alimentaires et à la limitation de leur pouvoir d’achat. Les restrictions sur le tourisme, la fermeture des restaurants et des cafés et la suspension des repas scolaires aggravent la pauvreté. Des millions d’enfants n’ont plus accès aux repas scolaires qui sont leur principale ressource alimentaire. Beaucoup d’entre eux n’ont pas de protection sociale, ni d’assurance maladie. Les travailleurs journaliers ou saisonniers, les migrants, les personnes déplacées et celles touchées par les conflits sont confrontées à une faim extrême car elles n’ont aucun revenu, ni soutiens ou mesures de protection sociale. De nombreux pays ont annoncé des mesures soudaines de confinement sans aucune disposition de protection des travailleurs pauvres et vulnérables vivant dans des conditions économiques précaires. Les pays en développement sont particulièrement menacés, car la pandémie COVID-19 peut entraîner une importante réduction des activités de production à haute intensité de main-d’œuvre (agriculture, pêche, petites entreprises, etc).
Nous ne condamnons pas les mesures nécessaires telles que le confinement et les autres moyens de protection des personnes. Cependant, nous demandons que les personnes pauvres et vulnérables, les travailleurs, les petits agriculteurs et les familles ne souffrent pas de façon particulièrement dure et qu’ils reçoivent toute l’aide nécessaire pour traverser cette période difficile afin d’éviter une crise alimentaire, économique et sociale.
Au fil des ans, la plupart des gouvernements ont mis en œuvre des politiques économiques néolibérales qui ont réduit de manière drastique les dépenses publiques des services de santé et permis leur privatisation. Les effets catastrophiques de ce Covid-19 sont les conséquences de ces décisions politiques. Dans de nombreux pays, les pauvres et les personnes à faibles revenus sont les victimes des systèmes de santé privatisés. De nombreuses personnes ne détectent pas leur infection car elles ne peuvent supporter le coût élevé des tests et des traitements. Cela peut être la cause d’une grave menace d’expansion du COVID 19 au sein des communautés et de la mort éventuelle de millions de personnes. L’auto-isolement ou l’enfermement social peut aussi provoquer un stress traumatique, un mélange de peur et de colère chez des individus avec une augmentation de la violence domestique et familiale. Nous appelons donc les autorités à fournir en urgence des orientations et un soutien psychologique aux individus et aux familles. La FIMARC appelle également à la gratuité des tests et des traitements pour les patients atteints de COVID, quels que soient leurs revenus, leur nationalité, leur sécurité sociale ou leur statut de réfugié.
Nous craignons que la plupart des gouvernements, dans le cadre de leurs politiques néolibérales, donnent la priorité aux dispositions économiques, aux incitations et aux programmes de sauvetage et de protection des industries à grande échelle, à l’agrobusiness et aux banques. Nous nous opposons fermement à une telle approche et appelons à ce que les groupes les plus vulnérables soient au centre des politiques visant à combattre l’impact de la pandémie COVID-19 à la fois sur la santé et l’économie.
Il est évident que la crise menace dans le monde entier l’approvisionnement en denrées alimentaires et autres produits de base essentiels et que les systèmes alimentaires agro-industriels et les chaînes transnationales des super marchés sont quasi paralysés à cause des distorsions du commerce transfrontalier et des transports. Cependant les petits producteurs alimentaires représentent plus de 70 % de la nourriture nécessaire à l’échelle de la planète et environ 90 % des produits alimentaires consommés par les communautés locales et les personnes à l’intérieur des frontières nationales. Nous ne devons pas oublier que les petits agriculteurs demeurent au centre de la production, de l’approvisionnement et de la distribution alimentaires dans tous les pays, même en cette période de crise, grâce à la vente directe, aux chaînes de circuits courts, aux systèmes de distribution publique et aux possibilités offertes par les marchés locaux. Les petits producteurs alimentaires continueront à jouer leur rôle important en promouvant un système alimentaire écologiquement rationnel et socialement juste. Ils sont et resteront les champions et les gardiens de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations, même en pleine épidémie de COVID 19. Ils constituent les solutions et les réponses positives pour assurer une alimentation saine pour tous et ne devraient pas être seulement considérés comme de simples victimes ou un groupe vulnérable de cette crise.
Nous saisissons cette occasion pour féliciter et soutenir les équipes de soins de santé du monde entier, les agents sanitaires, les agents de nettoyage et les autres personnes. qui risquent leur vie pour combattre cette pandémie en première ligne. Nous appelons donc les gouvernements à fournir des assurances spéciales de santé et de vie pour ces combattants de première ligne.
Nous tenons aussi à souligner que la pandémie COVID 19 a eu des effets positifs importants pour le genre humain et la nature. Notre ciel et nos rivières sont plus clairs qu’auparavant, la biodiversité et l’environnement s’améliorent, les émissions de carbone et le réchauffement climatique diminuent, de meilleures habitudes de santé et d’hygiène deviennent les slogans du jour, la nature renaît, l’exploitation excessive des ressources naturelles diminue, ce qui nous donne plus de temps pour améliorer nos relations, même en famille, et pour écouter l’appel de la nature. C’est le moment de réfléchir à notre mode de vie, au mode de développement que nous avons promu et d’approfondir nos relations avec la nature et les autres êtres humains. Il est temps de prendre une nouvelle route. Nous devons vraiment construire une nouvelle histoire à partir des leçons que nous avons apprises. Allons de l’avant ensemble.
Dans ce contexte, la FIMARC formule les demandes suivantes:
Des mesures et services urgents en matière de soins de santé
La disponibilité et la gratuité du test COVID pour tous, quelle que soit la nationalité, y compris pour les immigrés clandestins. L’idéal est d’organiser le test COVID sur la population la plus large possible, sinon, un test rapide aléatoire, même pour ceux qui ne présentent aucun symptôme d’infection.
La mise en place de mesures et d’installations de quarantaine appropriées, sûres et adéquates à domicile ou dans les hôpitaux, dans les zones urbaines et rurales.
La fourniture d’équipements médicaux adéquats, du matériel de sécurité et d’hygiène, y compris des masques, des désinfectants et des kits d’équipement de protection individuelle (EPI) pour tous les médecins en exercice et tous les autres professionnels de la santé.
Les gouvernements devraient prendre des mesures urgentes pour construire des infrastructures temporaires ou permanentes, notamment des hôpitaux, des ventilateurs, des unités de soins intensifs et assurer la fourniture de médicaments pour traiter gratuitement tous les patients atteints de COVID, avec un budget spécial pour les soins de santé publique. Personne ne devrait se voir refuser les tests et les traitements en raison de son statut de protection sociale
Une sensibilisation massive du public
Des campagnes massives de sensibilisation du public doivent être organisées dans les zones rurales et urbaines sur la pandémie de COVID 19 et les mesures de protection (y compris le port de masques, le lavage des mains, le respect de l’hygiène personnelle et environnementale et plus encore la distanciation sociale) à prendre pour prévenir la maladie.
Les mouvements sociaux de base, incluant les membres de la FIMARC, devraient soutenir les programmes de sensibilisation et les initiatives des gouvernements pour aider les populations à sortir de cette crise.
Les médias et groupes sociaux ne doivent pas diffuser de fausses informations sur le COVID 19.
Les médias devraient assumer le rôle moral et social de fournir à tous des informations vraies et opportunes plutôt que de susciter la peur et l’anxiété du public.
Tous les membres de la FIMARC devraient suivre les mesures de confinement et soutenir la politique d’endiguement des gouvernements.
Les membres de la FIMARC peuvent également organiser des campagnes de sensibilisation (en fournissant du matériel d’hygiène, en préparant des brochures dans les langues locales sur les habitudes saines pour prévenir les maladies, des programmes de soutien communautaire) à la base pour prévenir l’expansion sociale de la maladie.
Un soutien économique viable aux plus vulnérables
Les gouvernements doivent fournir des financements en espèces pour soutenir les petits producteurs de denrées alimentaires, les petites entreprises, les travailleurs formels ou informels et les populations sans emploi pendant les périodes de fermeture et de quarantaine.
Les gouvernements doivent augmenter les dépenses publiques pour la relance et le redémarrage des activités économiques, en accordant la priorité aux groupes les plus vulnérables.
Prévoir des pensions anticipées pour les catégories les plus faibles de la société telles que les personnes âgées, les personnes handicapées, les veuves et autres groupes vulnérables.
Les gouvernements devraient mettre un moratoire sur tous les prêts et recouvrements de crédits des agriculteurs, des travailleurs, des petites entreprises et de tous les autres auprès des banques privées et publiques et autres organismes financiers.
Fournir des aides d’urgence aux petits producteurs, aux jeunes entreprises et aux petites entreprises.
Le gouvernement devrait fournir gratuitement les services de base tels que l’eau et l’électricité à tous les groupes à faibles revenus pendant les périodes de blocage.
De meilleures installations de soins de santé doivent être mises en place dans toutes les prisons pour éviter la propagation du COVID 19.
Les membres de la FIMARC sont appelés à organiser des activités de secours telles que l’organisation de kits alimentaires, d’articles essentiels ou de matériel sanitaire.
Un renforcement des programmes de protection sociale
En augmentant les montants des transferts pour aider les familles à satisfaire leurs besoins fondamentaux ; en fournissant des paiements complémentaires pour compenser la perte de revenus des petits producteurs.
Par la fourniture directe de nourriture par les gouvernements ainsi que par des dons de particuliers, de réseaux de solidarité et d’organisations non gouvernementales.
En injectant des fonds dans l’agriculture, la pêche et les petites industries par le biais de subventions, pour aider la production alimentaire, les micro, petites et moyennes entreprises, les travailleurs occasionnels et le personnel salarié qui ne peut pas travailler lorsque toutes les activités s’arrêtent.
Promouvoir un système économique qui réponde aux besoins des populations les plus vulnérables grâce à des filets de sécurité sociale, notamment un revenu de base universel, des soins de santé gratuits et d’autres mesures de sécurité sociale.
Production et approvisionnement alimentaire
Les pays doivent répondre aux besoins alimentaires immédiats de leurs populations vulnérables.
Les pays devraient veiller à ce que les besoins alimentaires d’urgence soient satisfaits ; en ajustant et en élargissant les programmes de protection sociale ; en ajustant les programmes de repas scolaires de façon à maintenir la fourniture de repas aux enfants lorsque les écoles sont fermées.
La production alimentaire et le transport des denrées alimentaires, des médicaments et autres articles essentiels doivent être déclarés comme services essentiels et les mouvements de ces articles à l’intérieur du pays ou au-delà des frontières ne doivent pas être limités.
Les gouvernements doivent mettre en place des programmes spécifiques pour collecter directement les produits à un prix équitable auprès des petits producteurs alimentaires et organiser des canaux et des points de vente spécifiques pour la commercialisation, l’approvisionnement et la distribution.
Les gouvernements devraient prendre des mesures fermes contre la thésaurisation, le marché noir et la hausse des prix par les négociants et les intermédiaires.
Les gouvernements devraient distribuer des céréales alimentaires essentielles et d’autres matériaux nécessaires pendant au moins trois mois par le biais de programmes de distribution publique à tous les pauvres des zones rurales et urbaines.
Les gouvernements, avec l’aide des détaillants, devraient prendre des initiatives pour promouvoir la livraison à domicile des denrées alimentaires et autres produits essentiels aux consommateurs.
Les gouvernements devraient promouvoir des systèmes alimentaires localisés et diversifiés basés sur l’agroécologie et la souveraineté alimentaire.
La solidarité est la clé de la lutte contre la pandémie
La solidarité et les coopérations nationales, régionales et mondiales sont essentielles pour lutter contre la crise actuelle. Les systèmes de soins de santé nationaux et mondiaux doivent être réorganisés pour le bien de l’humanité.
Les pays devraient partager les résultats de la recherche de médicaments et de vaccins en temps réel et ne pas viser le profit et le brevetage.
Les pays devraient s’échanger les médicaments, masques, kits de test et autres informations pertinentes sur les traitements disponibles et en excédent.
Les institutions financières internationales et régionales devraient accorder un allègement de la dette ainsi que des prêts inconditionnels à très faible taux d’intérêt, voire sans taux d’intérêt, aux pays en développement et aux pays sous-développés afin de lutter contre la pandémie et de stimuler leurs activités économiques post-pandémie.
Les institutions des Nations Unies devraient adopter une approche mieux coordonnée et plus cohérente dans la conception et la mise en œuvre de politiques, programmes et projets urgents à court et à long terme afin d’aider les gouvernements nationaux à faire face à la crise actuelle et à l’éventuel processus de construction de la nation.
Les agriculteurs, les travailleurs et les citoyens ordinaires devront relever d’énormes défis pour reconstruire leur vie et leurs moyens de subsistance. Il est nécessaire de mettre en place des mesures d’aide et de réhabilitation, pour aider les personnes touchées. Ne pas agir maintenant aura des conséquences catastrophiques et la FIMARC appelle donc tous les gouvernements, nos mouvements membres et les autres parties prenantes à agir en conscience pour faire le meilleur de l’histoire de l’humanité.