La clameur du confinement – quatrième partie : espérer

Pierre Descamps

Au début, ça donnait l’impression d’une petite grippe. Vendredi 20 mars à minuit et demi, j’avais 40 de fièvre, je me suis dit c’est ça. J’ai fait le 15. Je sais que 98 % des gens s’en sortent. Je me suis appuyé sur les 98 %, j’avais une toux haletante comme je n’en avais jamais eu. J’ai été placé dans le coma, je me suis réveillé sans voix. Je me souviens d’une infirmière qui m’a présenté le respirateur. J’entends encore qu’on me dit « on fait ce qu’on peut, on a besoin de vous ». C’était pour dire qu’il fallait aussi que je sois l’artisan de ma guérison, c’est ça le message à faire passer. Je suis professeur, j’ai passé ma vie à expliquer, j’avais besoin d’explications [sur le protocole de soins]. À partir du moment où je les ai eues, j’ai adhéré. Les soignants, je les reconnaissais par leur voix, mais pas au visage. [Le plus dur, c’est d’]avoir eu l’impression d’être nulle part et hors du temps. J’ai eu un coup de cafard dans ma deuxième chambre car il y avait une horloge qui ne fonctionnait pas. C’est idiot, c’est un détail mais c’était devenu important le temps. La perspective de la société après le covid-19 m’effraie un peu. J’ai l’impression que cette crise est la première crise écologique qui se manifeste dans un contexte inattendu. C’est un signal. On a intérêt à en tenir compte. J’ai beaucoup aimé ce texte du poète colombien : « S’il y a un monde fatigué et malade qui craque et s’effondre, il doit y avoir un monde neuf en gestation qui nous défie. »

Anne-Marie Blanchard

Le confinement : un temps pour communiquer avec des amis, des proches que l’on ne voit pas souvent, des personnes seules dans le voisinage….

Occasion de rendre service.

Occasion de renouer des liens.

Occasion de prendre le temps de remercier des personnes qui m’ont accompagnée, et m’ont permis de devenir ce que je suis aujourd’hui.

Occasion de prendre le temps de jouer.

Occasion de prendre tout simplement le temps de vivre.

Occasion de célébrer autrement, de penser, de méditer, de réfléchir.

Le confinement : un temps long qui s’étire et use,

Un temps qui fait ressentir le manque de la présence physique des autres.

Le confinement : on ne frappe plus à la porte à l’improviste,

Pas de visite inattendue.

Le confinement : espérer des lendemains plus fraternels, plus soucieux du bien commun, plus justes.

Espérer la nouveauté de nos modes de vie, de consommation, de production, de soin, de relation au travail…

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