Catégorie : (00) national

  • Commentaire de l’Évangile du mardi 5 mai

    Commentaire de l’Évangile du mardi 5 mai

    Commentaires à partir du texte des Actes des Apôtres, 11, 19-26

    À l’inverse de ce que produit le confinement, après la lapidation d’Étienne, les frères se dispersent, entrent en diaspora… et ce qui a pu d’abord être vécu comme une catastrophe devient une opportunité pour répandre la Bonne Nouvelle… À partir d’un événement qualifié de tourmente (nous en vivons une aussi en ce moment), de nouvelles rencontres ont eu lieu qui ont permis de vivre autrement l’invitation du Ressuscité à sortir de nos enclos, de nos pratiques habituelles : c’est ainsi qu’un certain Barnabé a pu devenir, en quelque sorte, le mentor de Saul… L’histoire retiendra surtout le nom de Saul, oubliant que, sans Barnabé, Saul ne serait peut-être jamais devenu Paul, nom qu’il a pris lors de son passage à Chypre, avec comme compagnon le Chypriote Barnabé.

    Ce compagnonnage à Antioche (ville où les disciples du Christ deviennent des « chrétiens ») puis sur les routes, a bouleversé la vie de l’un et de l’autre, comme peut le faire aussi cette pandémie, qui nous remet, ainsi que nos contemporains, devant les questions essentielles : de quoi avons-nous vraiment besoin pour vivre, de quelles nourritures, de quelles rencontres, de quel accompagnement ? Les vies de Barnabé et de Saul ont sans aucun doute, pris une autre dimension… quand ensemble, ils ont laissé résonner en eux la voix du Christ… ce « bon pasteur » qui invite à le suivre, lui qui nous indique le chemin de la vie vivante. Oui, si sa voix trouve en nous un écho, alors laissons-la résonner partout où les événements nous envoient.

    Marc, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)

    Pour vous accompagner pendant ces prochaines semaines, l’ENAD (Équipe nationale d’aumônerie diversifiée) du CMR vous propose chaque jour un petit texte ou un commentaire d’Évangile.

    Vous pourrez trouver les textes référencés en vous rendant par exemple sur le site https://www.aelf.org/.

    St Barnabé et St Paul, cathédrale de Glasgow. Photo Lawrence OP, CC BY-NC-ND.
  • La clameur du confinement – troisième partie : manifester

    La clameur du confinement – troisième partie : manifester

    Marie-Lucie Schmitt

    Lors du dernier CA à Mulhouse, Christophe et Marie-Noëlle se sont attardés sur le mot « clameur ».

    Nous avons cherché la définition dans le dictionnaire et voilà ce qu’il disait le Petit Robert : « Cris violents et tumultueux indiquant, en particulier, une véhémente protestation, un grand enthousiasme, etc. »

    Il faut les entendre, même si au début c’est de la révolte, de la colère, c’est la réalité du moment. De belles choses se vivent, des solidarités se mettent en placent, des consciences se réveillent… et elles arriveront.

    Michel Bourgeois

    Nous sommes dans la même situation qu’en 1643. La peste frappe le sud de la France mais épargne Lyon. Depuis cette date, les Lyonnais organisent un cortège solennel jusqu’à Fourvière pour remercier Marie. D’abord chaque 8 septembre puis chaque 8 décembre depuis 1852, date de l’inauguration de la basilique Notre-Dame de Fourvière.

    Redemandons à Marie d’épargner Lyon, mais aussi la France, mais aussi toute la planète.

    Prenez soin de vous.

    Par Michel Bourgeois.
  • Commentaire de l’Évangile du lundi 4 mai

    Commentaire de l’Évangile du lundi 4 mai

    Commentaires à partir du texte de Jean chapitre 10, versets 11-18

    « Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connait et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. »

    Il y a dans ce texte de l’échange. Il y a un vis-à-vis. Le pape François parle de « l’odeur des brebis ». En CMR, l’expérience de relecture en équipe nous situe dans cette dynamique de partage.

    Ces expériences nous font « sortir » de nos schémas. Une profonde liberté guide cette sortie. En Jean, « Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau, voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »

    Aujourd’hui, le temps nous est donné, approfondissons cette relation qui nous réunit.

    En cette période où les enfants se préparent pour aller à l’école, Marie-Laure Durand, bibliste, nous dit qu’« éduquer, c’est aider quelqu’un à sortir, à aller ailleurs, à viser plus loin. Quand on le fait librement cela devient s’éduquer et la vie continue ». En CMR, nous agissons collectivement par des propositions, par des actions.

    Dans cette dynamique de la relation, une joie nous est donnée. C’est celle de Jésus dans la relation avec le Père : « À cette heure même, il tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit Saint et il dit : Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux touts petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne sait qui est le Fils si ce n’est le Père, ni qui est le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler. » (Luc, 10/21-22)

    Béatrice, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)

    Pour vous accompagner pendant ces prochaines semaines, l’ENAD (Équipe nationale d’aumônerie diversifiée) du CMR vous propose chaque jour un petit texte ou un commentaire d’Évangile.

    Vous pourrez trouver les textes référencés en vous rendant par exemple sur le site https://www.aelf.org/.

    Photo Steven dosRemedios, BY-ND.
  • Commentaire de l’Évangile du vendredi 1er mai

    Commentaire de l’Évangile du vendredi 1er mai

    Commentaires à partir du texte de Jean chapitre 6, versets 52 à 59

    Aujourd’hui, premier mai, fête des travailleurs et des travailleuses ! Comment fêter cette année ? Comment ne pas penser aux soignants et leur dire merci. Le 11 mai, le travail reprend pour tous avec des contraintes sanitaires. Il y a entre autres une catégorie socio-professionnelle qui a continué le travail durant le confinement. Je pense aux éleveurs aux paysans en cette période de printemps, aux maraichers tous ceux et celles qui assurent la nourriture pour la société.

    Revenons au texte de saint Jean où Jésus répond aux Juifs « : Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. »

    Pour le regard de la foi, il y a un lien entre la création et l’eucharistie. Regardons dans Laudato si’ : « Dans l’eucharistie, la création trouve sa plus grande élévation. La grâce, qui tend à se manifester d’une manière sensible, atteint une expression extraordinaire quand Dieu fait homme, se fait nourriture pour sa créature. »

    « L’eucharistie est aussi source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement, et elle nous invite à être gardiens de toute la création »

    Tout le travail intéresse Dieu. Ce travail pour soigner, nourrir, guérir, construire devient eucharistie !

    Béatrice, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)

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  • La clameur du confinement – deuxième partie : au quotidien

    La clameur du confinement – deuxième partie : au quotidien

    Fatiguée de ne rien faire. Judith Hus.

     

    Moi vs. sports. Judith Hus.

     

    Un jour de plus en moins. Judith Hus.

     

    Une semaine de télétravail. Judith Hus.

     

    Vivement quelque chose de bien. Judith Hus.

     

    Anne-Marie Blanchard

    Clamer ses joies, ses peurs.

    Ouvrir ses oreilles, son cœur.

    Ne jamais se négliger.

    Faire des choses avec plaisir.

    Inviter à communiquer.

    Nourrir ses émotions, ses désirs.

    Écouter le souffle de la vie !

  • Commentaire de l’Évangile du jeudi 30 avril

    Commentaire de l’Évangile du jeudi 30 avril

    Commentaires à partir des textes des Actes des apôtres : chapitre 8 versets 28-40 et de Jean, chapitre 6 versets 44-51

    Christ est né ; il a vécu sa vie d’homme et il a cherché à comprendre la volonté de Dieu et en vivre sans aucun compromis. Il en est mort, humilié sur la croix. Que nous reste-t-il de cette vie somme toute relativement banale d’un homme qui a échoué dans sa volonté de proposer à la société une vie fondée sur l’Amour. Il nous reste les récits de celles et ceux qui ont vu Jésus et qui ont cru qu’il est ressuscité. Il nous reste le pain partagé depuis deux mille ans, pain qui est corps du Christ. C’est par lui, avec lui et en lui que nous pouvons voir le Père en communiant. Quand nous contemplons l’hostie élevée en même temps que le sang par le prêtre et quelquefois le diacre, nous contemplons le Christ à la fin des temps. Il est l’humanité en totalité rassemblée en Dieu.

    Et c’est ce que vient enseigner le pauvre Philippe qui est obligé de courir pour rattraper le char de ce païen qui cherche Dieu.

    Communier, se mettre au service de Dieu et courir pour monter sur le char des femmes et des hommes d’aujourd’hui pour leur enseigner qui est Dieu, telle est notre mission de baptisé.

    Et voici que nous devons vivre une pandémie inimaginée, il n’y a que deux mois, tant nous étions sûr-es de vivre une société scientifique capable de dominer tous les aléas de la nature. Voici qu’un simple petit virus est partagé entre bon nombre de femmes et d’hommes. Alors nous sommes obligé de vivre seul-e, confiné-e, renvoyé-e à notre individualisme.

    Ne loupons pas l’appel de Dieu : mettons à courir pour rattraper le char de l’humanité. Montons et parlons à celles et ceux qui veulent une nouvelle société, protectrice de la nature, fondée sur une écologie intégrale. Préparons-nous au seul déconfinement utile : sortir de la société capitaliste fondée sur le profit à tout prix source de richesses pour un tout petit nombre ; et entrer dans le royaume proposé par Dieu, c’est à dire une société fondée sur la dignité de toutes les personnes à commencer par les plus pauvres, les plus humilié-es.

    Philippe, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)

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  • La clameur du confinement – première partie : la nature

    La clameur du confinement – première partie : la nature

    Roland Métral

    Je suis un apiculteur et je veux crier dans la clameur du monde rural la disparition des abeilles et des insectes pollinisateurs, due principalement aux insecticides employés dans une certaine agriculture intensive.

    Par Patrice Martin

     

  • Commentaire de l’Évangile du mercredi 29 avril

    Commentaire de l’Évangile du mercredi 29 avril

    Commentaires à partir du texte de Matthieu (11, 25-30)

    « Tout m’a été remis par mon Père. » Oui, TOUT ! Jésus est là pour faire le lien avec son Père. Il trace dans notre vie une voie qui n’est pas obscurcie par le fait de posséder et d’être ainsi possédé par un pouvoir.

    Il est libre, il respire, rien ne l’enferme. Il sait qu’il peut toujours revenir à Celui qui lui a tout confié.

    C’est à cette attitude qu’il nous invite en nous proposant de venir à Lui, d’être avec Lui, simplement. Il nous offre de partager son joug. (Le joug est cette pièce de bois qu’on met sur la tête d’un attelage d’animaux de trait leur permettant d’avancer ensemble sur le chemin, de conjuguer leurs forces.)

    Il nous offre sa manière de vivre ; il nous propose de marcher à côté de Lui. « Venez avec moi. » Faisons-le dans cette période où les questionnements foisonnent, où les prises de décision de reprise vont se multiplier bien vite. Les fardeaux de la vie peuvent submerger ceux qui n’ont pas la parole, ceux qui peinent et ploient. Soyons à leurs côtés en nous souvenant que nous ne sommes pas seuls.

    Le CMR nous invite à faire entendre la clameur du confinement, à porter la clameur du rural. Ne soyons pas accablé-es par l’énormité des chantiers qui nous attendent. Partageons notre joug pour avancer et soyons ouvert-es à ce que Dieu veut nous donner.

    Jean-Marie, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)

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    Image par Jeff Jacobs de Pixabay.
  • Commentaire de l’Évangile du mardi 28 avril

    Commentaire de l’Évangile du mardi 28 avril

    Commentaires à partir du texte de Jean chapitre 6, versets 30-35

    La foule vient de faire une expérience inédite du partage : 5 000 personnes nourries avec cinq pains d’orge et deux poissons… et voilà qu’elle réclame à Jésus des signes ! C’est à n’y rien comprendre. Plus que voir, les auditeurs de Jésus ont été au cœur de l’évènement et pourtant, ils ne mettent toujours pas leur confiance en Jésus, ils ne sont pas près de croire en lui… Peut-être veulent-ils le réduire à n’être qu’un faiseur de miracles, refusant alors de se laisser surprendre par Dieu, par son envoyé, retombant dans les mêmes ornières que leurs pères, incrédules malgré la manne, malgré l’eau du rocher…

    Et nous, que demandons-nous en cette période de pandémie ? Que, miraculeusement, il interrompe la contagion et ses conséquences ? S’il y a encore des amis du Christ aujourd’hui (on peut l’espérer), c’est avec eux, en eux et par eux que des signes nous sont donnés de sa présence, pour peu que ces amis et disciples réalisent l’œuvre de Dieu en partageant avec d’autres, leur temps, leurs forces, leurs compétences, leurs disponibilités pour donner le pain et l’eau dont ont besoin ici et maintenant nos contemporains.

    Être activement présent-es sur les lieux de fracture de la société (et ils nous sont devenus visibles) pour redonner à tou-tes et à chacun-e de la confiance en l’autre, de l’espérance en l’avenir, et cette fraternité sans laquelle nous mourrons tous de faim et de soif. Alors le pain que nous partagerons dans nos rencontres fraternelles et liturgiques sera vraiment un pain de vie, cette vie que Dieu veut répandre en tous pour que nous n’ayons plus faim…

    Marc, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)

    Pour vous accompagner pendant ces prochaines semaines, l’ENAD (Équipe nationale d’aumônerie diversifiée) du CMR vous propose chaque jour un petit texte ou un commentaire d’Évangile.

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    Reconstitution de la Cène à l’hôpital de la Salpêtrière, Paris.
  • Aux frères et aux sœurs des mouvements et organisations populaires

    Aux frères et aux sœurs des mouvements et organisations populaires

    Le pape François adresse cette lettre aux acteurs et actrices des mouvements populaires, pauvres aux côtés des pauvres en temps de pandémie.

    Chers amis,

    Je pense souvent à nos rencontres : deux au Vatican et une à Santa Cruz de la Sierra et je vous avoue que ce « souvenir » me fait du bien, me rapproche de vous, me fait repenser à tant de discussions partagées durant ces rencontres et aux nombreux projets qui en sont nés et y ont mûri, et dont beaucoup sont devenus réalité. Aujourd’hui, en pleine pandémie, je pense particulièrement à vous et je tiens à vous dire que je suis à vos côtés.

    En ces jours de grande angoisse et de difficultés, nombreux sont ceux qui ont parlé de la pandémie dont nous souffrons en utilisant des métaphores guerrières. Si la lutte contre le COVID-19 est une guerre, alors vous êtes une véritable armée invisible qui combattez dans les tranchées les plus périlleuses. Une armée sans autres armes que la solidarité, l’espoir et le sens de la communauté qui renaissent en ces jours où personne ne peut s’en sortir seul. Vous êtes pour moi, comme je vous l’ai dit lors de nos rencontres, de véritables poètes sociaux qui, depuis les périphéries oubliées, apportez des solutions dignes aux problèmes les plus graves de ceux qui sont exclus.

    Je sais que très souvent vous n’êtes pas reconnus comme il se doit, car dans ce système vous êtes véritablement invisibles. Les solutions prônées par le marché n’atteignent pas les périphéries, pas plus que la présence protectrice de l’État. Vous n’avez pas non plus les ressources nécessaires pour remplir sa fonction. Vous êtes considérés avec méfiance parce que vous dépassez la simple philanthropie à travers l’organisation communautaire, ou parce que vous revendiquez vos droits au lieu de vous résigner et d’attendre que tombent les miettes de ceux qui détiennent le pouvoir économique. Vous éprouvez souvent de la colère et de l’impuissance face aux inégalités qui persistent, même lorsqu’il n’y a plus d’excuses pour maintenir les privilèges. Toutefois, vous ne vous renfermez pas dans la plainte : vous retroussez vos manches et vous continuez à travailler pour vos familles, pour vos quartiers, pour le bien commun. Votre attitude m’aide, m’interroge et m’apprend beaucoup.

    Je pense aux personnes, surtout des femmes, qui multiplient le pain dans les cantines communautaires, en préparant avec deux oignons et un paquet de riz un délicieux ragoût pour des centaines d’enfants ; je pense aux malades, je pense aux personnes âgées. Les grands médias les ignorent. Pas plus qu’on ne parle des paysans ou des petits agriculteurs qui continuent à travailler pour produire de la nourriture sans détruire la nature, sans l’accaparer ni spéculer avec les besoins du peuple. Je veux que vous sachiez que notre Père céleste vous regarde, vous apprécie, vous reconnaît et vous soutient dans votre choix.

    Comme il est difficile de rester chez soi pour ceux qui vivent dans un petit logement précaire ou qui sont directement sans toit. Comme cela est difficile pour les migrants, pour les personnes privées de liberté ou pour celles qui se soignent d’une addiction. Vous êtes là, physiquement présents auprès d’eux, pour rendre les choses plus faciles et moins douloureuses. Je vous félicite et je vous remercie de tout mon cœur. J’espère que les gouvernements comprendront que les paradigmes technocratiques (qu’ils soient étatistes ou fondés sur le marché) ne suffisent pas pour affronter cette crise, ni d’ailleurs les autres grands problèmes de l’humanité. Aujourd’hui plus que jamais, ce sont les personnes, les communautés, les peuples qui doivent être au centre de tout, unis pour soigner, pour sauvegarder, pour partager.

    Je sais que vous avez été privés des bénéfices de la mondialisation. Vous ne jouissez pas de ces plaisirs superficiels qui anesthésient tant de consciences. Et pourtant, vous en subissez toujours les préjudices. Les maux qui affligent tout un chacun vous frappent doublement. Beaucoup d’entre vous vivent au jour le jour sans aucune garantie juridique pour vous protéger. Les vendeurs ambulants, les recycleurs, les forains, les petits paysans, les bâtisseurs, les couturiers, ceux qui accomplissent différents travaux de soins. Vous, les travailleurs informels, indépendants ou de l’économie populaire, n’avez pas de salaire fixe pour résister à ce moment… et les quarantaines vous deviennent insupportables. Sans doute est-il temps de penser à un salaire universel qui reconnaisse et rende leur dignité aux nobles tâches irremplaçables que vous effectuez, un salaire capable de garantir et de faire de ce slogan, si humain et chrétien, une réalité : pas de travailleur sans droits.

    Je voudrais aussi vous inviter à penser à « l’après », car cette tourmente va s’achever et ses graves conséquences se font déjà sentir. Vous ne vivez pas dans l’improvisation, vous avez une culture, une méthodologie, mais surtout la sagesse pétrie du ressenti de la souffrance de l’autre comme la vôtre. Je veux que nous pensions au projet de développement humain intégral auquel nous aspirons, fondé sur le rôle central des peuples dans toute leur diversité et sur l’accès universel aux trois T que vous défendez : terre, toit et travail. J’espère que cette période de danger nous fera abandonner le pilotage automatique, secouera nos consciences endormies et permettra une conversion humaniste et écologique pour mettre fin à l’idolâtrie de l’argent et pour placer la dignité et la vie au centre de l’existence. Notre civilisation, si compétitive et individualiste, avec ses rythmes frénétiques de production et de consommation, ses luxes excessifs et des profits démesurés pour quelques-uns, doit être freinée, se repenser, se régénérer. Vous êtes des bâtisseurs indispensables à ce changement inéluctable. Je dirais même plus, vous avez une voix qualifiée pour témoigner que cela est possible. Vous connaissez bien les crises et les privations… que vous parvenez à transformer avec pudeur, dignité, engagement, effort et solidarité, en promesse de vie pour vos familles et vos communautés.

    Continuez à lutter et à prendre soin de chacun de vous comme des frères et sœurs. Je prie pour vous, je prie avec vous et je demande à Dieu, notre Père, de vous bénir, de vous combler de son amour et de vous protéger sur ce chemin, en vous donnant la force qui nous permet de rester debout et qui ne nous déçoit pas : l’espoir. Veuillez aussi prier pour moi, car j’en ai besoin.

    Fraternellement,

    François

    Cité du Vatican, dimanche de Pâques, le 12 avril 2020.