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  • PAC post-2020 : Une autre politique agricole et alimentaire commune (PAAC) s’impose

    PAC post-2020 : Une autre politique agricole et alimentaire commune (PAAC) s’impose

    Monsieur le président de la République,

    Demain, vous négocierez avec vos homologues européen·ne·s le cadre financier pluriannuel 2021–2027 et le plan de relance de l’UE. Ces négociations peuvent apporter une réponse européenne forte à l’épisode qui a gravement éprouvé notre continent. La crise liée au coronavirus a révélé nos fragilités et le besoin de politiques publiques solides pour relever le défi écologique, garantir l’autonomie alimentaire et la justice sociale. Parce qu’elles sont au carrefour de nombreux enjeux, l’agriculture et l’alimentation doivent façonner les projets du « monde d’après ». Or la Politique agricole commune (PAC), outil majeur d’orientation de nos systèmes agricoles et alimentaires, est en pleine renégociation.

    Ensemble, les 43 organisations membres de la plateforme Pour une autre PAC l’affirment avec gravité : la proposition de réforme de la PAC au niveau européen est loin d’être à la hauteur des enjeux révélés par la crise. Premier pays bénéficiaire de la PAC, la France a la responsabilité d’être force de proposition pour une véritable refonte de la PAC en vue d’affronter efficacement les défis que nous vivons et qui nous attendent. C’est ainsi que la prochaine PAC devra répondre à trois défis inéluctables et interconnectés.

    Il s’agit tout d’abord de placer la souveraineté alimentaire [1] de l’UE au centre d’une véritable Politique agricole et alimentaire commune (PAAC), par laquelle la production agricole serait mise au service d’une alimentation choisie, diversifiée et durable, accessible à toute la population. Cet impératif, mis en lumière par la crise du coronavirus, est strictement incompatible avec un système appauvrissant les paysan·ne·s dans lequel les produits alimentaires sont vendus à des prix toujours plus bas. Il n’est pas davantage compatible avec la signature d’accords de libre-échange exposant à une concurrence déloyale aussi bien les paysan·ne·s européen·ne·s que celles et ceux des pays du Sud. Une PAC qui a pour seul objectif les prix bas pour les consommateur·rice·s est une impasse. Une PAC qui « [délègue] notre alimentation à d’autres est une folie » [2].

    En parallèle, la PAC doit repenser la logique d’attribution des aides, pour valoriser les bienfaits générés par les fermes plutôt que leur surface. Aujourd’hui, en matière d’emploi, la PAC est la principale raison de la diminution du nombre de paysan·ne·s et du non-renouvellement des générations, dans la mesure où une grande majorité de son budget est distribuée en fonction des surfaces, sans plafonnement du montant attribué selon le nombre de paysan·ne·s travaillant sur les fermes. Pourtant, avec la moitié des agriculteur·rice·s partant en retraite dans les dix années à venir, l’agriculture constitue un réservoir d’emplois extrêmement important. Sortons de la logique de paiements à l’hectare non ciblés, plutôt que de pérenniser une politique de rente inacceptable dans un contexte de récession économique !

    Pour finir, il est indispensable que la prochaine PAC accompagne massivement la transition agroécologique des fermes, en dédiant au moins 50% de ses financements au maintien et au développement de systèmes agricoles favorables à l’environnement et au bien-être animal, tels que l’agriculture biologique. Une transition massive de l’agriculture européenne suppose un budget fort pour le 2e pilier de la PAC, construit et géré en bonne intelligence entre l’État et les régions. Dans cette perspective, les intentions affichées par le Pacte vert, en matière de réduction d’utilisation de pesticides, d’engrais azotés et d’augmentation de la part d’agriculture biologique constituent des étapes importantes pour le climat et la biodiversité. Or sans une PAC pleinement compatible avec les stratégies « De la ferme à la table » et « biodiversité » de l’UE, les paysan·ne·s n’auront pas les moyens d’atteindre ces objectifs. Demain, il n’y aura plus d’agriculture européenne si elle ne respecte pas les ressources naturelles, les sols, la biodiversité, le climat et les animaux d’élevage, qui lui permettent de produire. Les solutions pour cela sont à puiser dans le renforcement de l’autonomie des paysan·ne·s et dans la valorisation de leurs savoir-faire et des services qu’ils rendent à l’environnement et au bien-être animal, et non dans la massification de l’agriculture de précision ou dans l’industrialisation croissante de l’élevage.

    Monsieur le Président, notre monde a été bouleversé ces derniers mois. Les citoyen·ne·s ont saisi le rôle clé d’une autre PAC pour construire notre souveraineté alimentaire, comme l’ont montré les propositions récentes de la Convention citoyenne pour le climat. Les Français·es attendent de vous que la future PAC soit construite par et pour les paysan·ne·s et les citoyen·ne·s. Nous le redisons : le texte en discussion n’est pas à la hauteur des défis mis en lumière par la crise, ni du cap fixé par le Pacte vert. Nous attendons que vous défendiez une révision ambitieuse de la PAC, sans quoi la PAC perdrait toute légitimité auprès des citoyen·ne·s. Nous le savons, la voix de la France compte dans toute négociation sur l’agriculture européenne. Mettons-la au profit de cette occasion historique : les circonstances le permettent et les défis à relever sont urgents. C’est maintenant que les choix politiques qui s’imposent doivent être effectués.

    Nous restons à votre disposition pour tout échange et vous prions de croire, monsieur le président, à l’expression de nos salutations distinguées.

    Les signataires des 43 organisations membres de Pour une autre PAC :

    Luc de Ronne, président d’ActionAid France
    Philippe Hirou, président de l’Afac-Agroforesteries
    Jacques Caplat, secrétaire général d’Agir Pour l’Environnement
    Robert Levesque, président d’AGTER
    Marc Mangenot, administrateur des Amis de la Conf
    Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre France
    Philippe Collin, président d’AVSF
    Maxime Combes, porte-parole d’ATTAC
    Julie Potier, directrice générale de Bio Consom’acteurs
    Anne-Françoise Taisne, déléguée générale du CFSI
    Dominique de Viviès et Jean-François Hivert, co-président·es de Chrétiens dans le monde rural
    Clémentine Nordon, co-responsable du Pôle Lobbying de Citoyens pour le Climat
    Leopoldine Charbonneaux, présidente de CIWF
    Marc Dufumier, président de Commerce Équitable France
    Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne
    Virginie Raynal et Paul Reder, co-présidents de la FADEAR
    Christophe Lépine, président de la Fédération des Conservatoires d’espaces naturels
    Michaël Weber, président de la Fédération des Parcs naturels régionaux de France
    Guillaume Riou, président de la FNAB
    Alain Grandjean, président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme
    Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement
    François Veillerette, directeur de Générations futures
    Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France
    Arthur Grimonpont et Félix Lallemand, fondateurs des Greniers d’Abondance
    Bernard Chevassus-au-Louis, président d’Humanité et Biodiversité
    Tanguy Martin, administrateur d’Ingénieurs sans frontières – Agrista
    Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO
    Evelyne Boulongne, porte-parole du Miramap
    Cédric Letourneur, secrétaire national du MRJC
    Julien Kieffer et Pierre-Henri Roussel, coprésidents de RENETA
    Philippe Quirion, président du Réseau Action Climat
    Fabrice Bouin, président du Réseau CIVAM
    Pierre Tritz, président du Réseau Foi et Justice Afrique Europe
    Henri Rouillé d’Orfeuil, pilote du programme alimentation de RESOLIS
    Vincent Destival, délégué général du Secours Catholique — Caritas France
    Bastien Beaufort, représentant de Slow Food France
    Jacques Godard, co-président de SOL
    Michel Vampouille, président de la Fédération nationale de Terre de Liens
    Françoise Vernet, présidente de Terre & Humanisme
    Gilles Lanio, président de l’UNAF
    Ghislain Zuccolo, directeur général de Welfarm
    Isabelle Autissier, présidente du WWF France
    Sophie Marie, présidente de WWOOF France

    [1] La souveraineté alimentaire est entendue comme le droit de chaque peuple à définir son agriculture et son alimentation. Elle ne peut se penser en dehors d’une transition écologique et sociale systémique.
    [2] Adresse télévisée du président de la République aux Français·es du 12 mars 2020

    Photo Thijs ter Haar, CC BY.
  • Une main tendue aux paysan·nes

    Une main tendue aux paysan·nes

    Rencontre avec les membres de Solidarité Paysans Alsace

    Samedi 11 janvier 2020 à Ebersheim par le CMR 67

    La situation des agriculteurs, les souffrances de ceux qui sont en difficulté trouvent leur place dans les thèmes « Agriculture et Alimentation source de santé » et « Fragilités sociales et solidarité de proximité », deux des axes thématiques de réflexion et de travail proposé par le CMR pour le congrès.

    Connaître Solidarité Paysans, association de défense et d’accompagnement des agriculteurs en difficulté, son fonctionnement et ses enjeux, tel était le programme de la rencontre de cet après-midi.

    Une association née d’un besoin

    Les difficultés dans le secteur agricole ont commencé à se manifester dans les années 1980 : surproduction, quotas laitiers, agrandissement des fermes, endettements… En réponse à ces difficultés des paysans s’organisent et, en 1992, les différentes associations se regroupent au niveau national en réseau. Solidarité Paysans était née. Actuellement une cinquantaine d’associations Solidarité Paysans sont actives en France.

    Les associations totalisent près de 80 salarié·es et 2 000 bénévoles dans le pays. Les accompagnements se font toujours par deux, en binôme.

    Solidarité Paysans Alsace est né il y a trois ans et compte aujourd’hui une vingtaine de membres, essentiellement du Haut-Rhin et de Centre Alsace. L’association recherche des bénévoles dans le Bas-Rhin.

    Un film documentaire nous présente Solidarité Paysans et les principes de base de son intervention :

    • Les agriculteurs sont une cible facile pour le grand public.
    • Ils se trouvent isolés dans leurs difficultés et ont tendance à se replier sur eux-mêmes.
    • Il est important que ce soit l’agriculteur qui fasse appel à l’association.
    • L’accompagnement est une présence, une écoute, sans jugement.
    • L’accompagnement se fait toujours en binôme, pour arriver à une vision globale de la situation. Au moins un des deux intervenants a des connaissances du terrain, du monde agricole.
    • Cet accompagnement peut être une épreuve de vérité pour la personne accompagnée, concernant sa situation, son activité, ses choix et leurs conséquences.
    • La recherche de solutions implique des liens avec les différents partenaires : DDA (Direction départementale de l’agriculture), MSA (Mutualité sociale agricole), conseil départemental, chambre d’agriculture, etc.
    • L’accompagnement favorise l’évolution de la situation.
    • Les groupes de travail des accompagnateurs apportent recul et éclairage des situations.

    L’accompagnement par Solidarité Paysans, c’est aussi et surtout :

    • Les accompagnateurs se préoccupent de la personne, de sa famille, puis de l’exploitation ; la dimension humaine reste primordiale.
    • Les accompagnateurs n’émettent pas et ne sont pas dans le jugement.
    • Les aspects forts des accompagnements sont la proximité et la disponibilité afin de rompre l’isolement.
    • La solidarité, le respect des projets et des choix de la personne sont le fil d’Ariane de l’accompagnement.
    • Au final, c’est toujours la personne concernée qui prend les décisions.

    Après la projection du documentaire, nous nous sommes retrouvé·es en cinq groupes pour des échanges suivis par la transmission d’une conviction et d’une question à tou·tes les participant·es.

    Solidarité Paysans Alsace

    L’association Solidarité Paysans Alsace est encore jeune et peu connue, tant par les agriculteurs et agricultrices que par le grand public. Un travail de communication est en cours, dont l’exemple de la rencontre d’aujourd’hui. Actuellement c’est principalement l’orientation par les assistants sociaux de la Mutualité sociale agricole qui amène les agriculteurs à prendre contact. Il est indispensable que la personne soit prête à être aidée. Il arrive que ce soit le ou la conjoint·e qui prenne contact, ou qu’une personne de l’entourage fasse la démarche avec la personne concernée. L’association est financée par les cotisations des membres (35 € de cotisation annuelle), une subvention du conseil départemental du Haut-Rhin et une subvention de la région.

    L’objectif de l’association est de pouvoir financer un·e salarié·e.

    Pour développer son action dans le Bas-Rhin, de nouveaux adhérent·es et accompagnateurs/trices sont indispensables.

    Et chacune, chacun, peut être personne- relais en orientant des agriculteurs en difficulté vers l’association.

    À l’issue de la rencontre, deux personnes ont rejoint l’association.

    Un moment de convivialité partagé autour de la galette des rois a clôturé la rencontre.

    Marie-Rose Zimmermann

    Coordonnés de l’association :
    Solidarité Paysans Alsace
    223 Champs de la Croix 68650 Lapoutroie
    07 69 03 89 75
    solidaritepaysansalsace@zaclys.net
    www.solidaritepaysans.org/alsace

    Les convictions

    Importance de l’échange et de la communication entre agriculteurs et consommateurs, les politiques, les administrations et entre les générations. Recherche continue de dialogue.

    Entretenir la communication entre monde agricole et la société qui les entoure.

    Rompre l’isolement des agriculteurs et les accompagner dans la durée.

    La solidarité avec ceux qui sont écrasé·es malgré la concurrence économique.

    Importance de l’accompagnement en binôme et des séances de relecture et de partage d’expériences pour les accompagnant·es.

    Les questions

    Comment inciter les agriculteurs et agricultrices à demander de l’aide et comment créer confiance ?

    Comment les paysans entrent-ils en relation avec l’association ?

    Comment faire connaître l’association ?

    À Solidarité Paysans la demande doit venir de l’agriculteur en difficulté. Est-ce que ce n’est pas trop difficile pour lui ou elle ?

    Est-ce qu’un proche ne peut pas faire la démarche en son nom ?

    Quel est le financement de Solidarité Paysans ?

    Quelques échanges

    La vente directe va sauver les agriculteurs : marchés, AMAP, vente à la ferme…

    Quand c’est un héritage, la cessation de l’exploitation est un échec. La terre c’est plus qu’un héritage, c’est l’ADN de l’agriculteur.

    Le choix des consommateurs est important et a un impact.

    S’il n’y a plus de jeunes qui s’installent, ça va droit à l’agrandissement des plus grandes exploitations, il faut casser cette spirale infernale.

    Quand la transmission de l’exploitation se passe mal, que le patriarche reste maître de l’exploitation, il y a conflit de génération.

    Une exploitation agricole est une entité complète. La cassure avec la société est le problème qui entraîne l’isolement.

  • Agriculture et société, le point de vue d’une équipe

    Agriculture et société, le point de vue d’une équipe

    En équipe nous avons pris connaissance de l’article paru dans Agir en rural n° 120 : « Agriculture et société. Appel à l’écoute et au respect ». Nous pensons que certains aspects de la situation agricole n’ont pas été abordés et qui pourtant à nos yeux sont importants pour l’avenir de l’agriculture et pour la relation agriculteurs-société :

    • la remise en cause du système dominant de l’agriculture intensive, raisonnée, industrielle qui provoque de nombreux dégâts humains et écologiques : disparition de nombreuses fermes, moins de biodiversité, des sols stériles, le retournement des prairies naturelles, l’arrachage des haies (voir photos ci-dessous)…
    • l’endettement des jeunes : n’est-il pas dû en partie à la surenchère du prix des terres agricoles et à l’acceptation par la profession de la pratique des « pas de porte » élevés ?
    • une répartition plus équitable des aides PAC (qui devraient être basées sur le nombre de travailleurs et non sur la surface) limiterait la cause de l’agrandissement pour capter les subventions et favoriserait moins l’industrialisation des systèmes agricoles ;
    • nous devons également prendre en compte la souveraineté alimentaire pour nous et dans les pays du Sud.

    D’autres pratiques existent, celles de l’agriculture paysanne. Elles recherchent l’autonomie, le respect de l’environnement, le maintien de la biodiversité, la qualité des produits. Elles permettent à des structures à taille humaine de se maintenir et de se transmettre. Nous constatons que des jeunes désirent s’installer sur des petites surfaces et développent la vente directe par le système d’AMAP, en organisant des marchés locaux, de la vente à la ferme…

    Quelle place acceptons-nous de leur laisser ?

    Que faisons-nous pour leur permettre d’avoir accès à la terre ?

    Les accueillons-nous comme paysan·nes à part entière ?

    Prenons-nous en considération leur façon de concevoir le métier ?

    Pierre Descamps, Noël Bonamy (†) et Odile Bonamy, Marie-Pierre et Patrick Dupont, Chantal et Jean-Pierre Cornée, équipe CMR de la fédé du 59 Cambrai

     

    Photos de Pierre Descamps, tous droits réservés.

    Bocage de l’Avesnois.

     

    Un champ de maïs remplace les prairies.

     

    Les champs sans haies se substituent au bocage.

     

    Prairies retournées et haies non replantées.
  • Non à l’importation de viande bovine mexicaine en Europe. Oui à la souveraineté alimentaire, en Europe et dans le monde !

    Non à l’importation de viande bovine mexicaine en Europe. Oui à la souveraineté alimentaire, en Europe et dans le monde !

    Le 28 avril 2020, la Commission européenne a proposé un accord international permettant l’importation de 20 000 tonnes de viande bovine mexicaine en Europe, à droit de douane réduit. Cet accord doit à présent être voté par le Conseil des ministres de l’UE et par le Parlement européen.

    Cette proposition a fait réagir l’interprofession de la viande (Interbev) et les principaux syndicats agricoles en France, qui sont tous opposés à cette mesure, rappelant que jusqu’à présent, la viande bovine mexicaine était interdite d’importation en Europe faute de garanties suffisantes sur le plan sanitaire. De plus, la crise du Covid-19 a rappelé aux États l’importance de la souveraineté alimentaire en période de limitation des transports : pouvoir produire une alimentation de qualité localement est un atout.

    Au sein du mouvement Chrétiens dans le monde rural, nous sommes particulièrement sensibles aux questions agricoles et alimentaires. Avec les agriculteurs et agricultrices membres de notre association, nous avons à cœur de réfléchir, de débattre et d’agir pour des systèmes alimentaires durables. Le CMR soutient tous les agriculteurs et agricultrices : personne ne doit être laissé de côté. Mais nous ne soutenons pas tous les modèles agricoles.

    Encouragé-es par l’encyclique du pape François, Laudato si’, sortie il y a cinq ans, nous voulons réaffirmer nos aspirations au sujet de l’agriculture et l’alimentation et en particulier, aujourd’hui, sur la production et la consommation de viande.

    Notre politique de l’alimentation doit viser à diminuer notre consommation de viande, pour assurer à toutes les populations qui en ont besoin de manger une viande de meilleure qualité, produite localement, qui permette une digne rémunération des éleveurs. En France, les éleveurs de bovins-viande sont parmi les plus bas revenus. Leur nombre diminue. Leur disparition pourrait encore accroître notre dépendance vis-à-vis du marché mondial. De plus, l’élevage bovin permet le maintien de prairies, utiles à la biodiversité, à la gestion de l’eau et à la lutte contre le changement climatique, et à l’entretien des massifs de moyenne montagne.

    Nous nous opposons à la libéralisation des marchés internationaux qui orientent les systèmes agricoles vers des modèles non durables (déforestation, accaparement des terres, culture intensive du soja et du maïs, absence de traçabilité).

    Il est aussi nécessaire de se questionner sur ce paradoxe : ce sont parfois les mêmes personnes qui dénoncent les accords internationaux qui pénalisent nos producteurs, qui « en même temps » défendent à cor et à cri la vocation exportatrice de notre agriculture. Si nous sommes opposés à l’importation de viande bovine mexicaine en Europe, de la même manière, nous sommes solidaires des paysan-nes d’Afrique de l’Ouest victimes des exportations de poudre de lait de l’UE, encore aggravées depuis le Covid-19.

    La souveraineté alimentaire devrait être la pierre angulaire de toutes les politiques agricoles et alimentaires dans le monde. Elle est incompatible avec les traités de libre-échange. La défense de la souveraineté alimentaire est une expression de solidarité internationale.

    Nous encourageons donc les citoyens et les citoyennes à écrire aux eurodéputé-es à ce sujet.

    Anne-Marie Blanchard et Dominique de Vivies, co-présidentes du CMR

    Photo myri_bonnie, CC BY-NC-ND.
  • Publication de Regard neuf par le CMR 67

    Publication de Regard neuf par le CMR 67

    La parution de ce Regard neuf, qui devait être celui de Pâques, a été quelque peu bousculé par le virus rôdeur et par l’annulation de notre congrès national.

    Voilà enfin, à télécharger ici, l’actualité du CMR 67 et bien plus…

  • La terre et l’eau : des ressources convoitées

    La terre et l’eau : des ressources convoitées

    Le réseau Agriculture-Alimentation-Santé du Rhône s’est constitué depuis maintenant quelques années regroupant dans notre département des membres du MRJC, du CMR et du CCFD-Terre solidaire. Sa première action publique avait été l’organisation d’une réunion publique autour des États généraux de l’alimentation.  C’était à Belmont d’Azergues, il y a un peu plus de deux ans.

    Et depuis, nous avons échangé entre nous, d’abord sur les questions relatives au foncier, puis sur celles relatives à l’eau. Et puis nous était venue l’idée d’un petit texte de réflexion que nous pourrions ainsi diffuser au sein de nos mouvements mais aussi plus largement en Église et aussi dans la société qui nous entoure.

    Après bien des échanges, ce texte existe enfin ; il est à télécharger ici : La terre et l’eau : des ressources convoitées

    Illustration Martine.

     

    Largement inspiré de la doctrine sociale de l’Église en général, de l’encyclique Laudato si’ en particulier, ce texte s’inspire aussi  dans sa rédaction du principe Voir-Juger-Agir, cher à nos mouvements.

    Ainsi que nous le rappelait opportunément Jean-Claude, cette règle des 3P chère à Maurice BELLET, s’applique bien à ce texte :

    • Partiel : tout n’est pas dit sur le sujet ;
    • Partial : ce texte exprime un avis, le nôtre. Un avis qui peut être discutable… et discuté ;
    • Provisoire : c’est l’état de notre réflexion à un moment de notre histoire. D’où le titre de notre conclusion… provisoire.

    Avis qui peut donc être discuté : alors n’hésitez pas à réagir. Dîtes-nous ce qui vous rejoint dans ce texte, ce qui vous heurte aussi.

    Le texte se termine par trois questions dont vous pouvez peut-être vous emparer seul-e ou en équipe pour poursuivre la réflexion, aller plus loin.

    Illustration Martine.
  • Face au changement climatique, quelles réponses ?

    Face au changement climatique, quelles réponses ?

    Agir en rural n°120, création Stéphanie Yverneau-Brahy.

     

    En ouvrant Laudato si’, je lis que « le climat est un bien commun de tous et pour tous.  C’est un système complexe en relation avec beaucoup de conditions essentielles pour la vie humaine » Un bien commun que nous subissons, abîmons, transformons ; un bien commun dont nous sommes toutes et tous responsables selon les domaines.

    Le climat se décline dans sa forme environnementale et nous en voyons les effets : tempêtes, vents, canicules, sécheresses, inondations…. Il est propice au développement de la vie mais aussi cause de destruction de cette même vie et malgré toute la création continue.

    Le climat c’est aussi le climat social dans lequel nous évoluons, les questions, les révoltes, les désarrois mais aussi les signes de créativité, de fraternité, de solidarité, d’espoir que nous porterons au congrès.

    Le climat plus ou moins serein de nos familles où chacun-e cherche à grandir dans la joie, la tendresse, l’amour, la reconnaissance de sa singularité.

    Le climat de confiance ou de méfiance en l’Église dont nous faisons partie. Cependant des signes d’Espérance apparaissent quand elle remet l’Évangile au cœur de ses préoccupations pour être témoin de l’amour de Dieu pour toutes les créatures.

    Et si le climat c’était aussi nos désirs de mutation, de changement, de conversion tant attendue par les jeunes pour sauvegarder la planète et développer une création renouvelée où la vie est plus forte que la mort.

    Au CMR, le climat essaie d’être bienveillant entre ses membres quand se vit l’accueil, l’écoute des différences pour construire ensemble un monde nouveau respectueux de la dignité humaine, des êtres vivants, de la Création. Au cours de mon mandat j’ai eu la joie de découvrir plein d’initiatives qui transforment et annoncent un climat de confiance, de fraternité, de solidarité, de justice, de paix entre les hommes, les femmes et la nature. Tout est lié.

    Dans la joie, je nous invite à continuer à travailler ensemble au développement des climats favorables à la sauvegarde de notre maison commune.

    Anne-Marie Blanchard, co-présidente

    Agir en rural, 16 pages couleurs, trimestriel

  • La clameur du confinement – première partie : la nature

    La clameur du confinement – première partie : la nature

    Roland Métral

    Je suis un apiculteur et je veux crier dans la clameur du monde rural la disparition des abeilles et des insectes pollinisateurs, due principalement aux insecticides employés dans une certaine agriculture intensive.

    Par Patrice Martin

     

  • Lettre ouverte aux paysans français d’aujourd’hui et de demain

    Lettre ouverte aux paysans français d’aujourd’hui et de demain

    © Jonathan SARAGO / MEAE. CC BY-NC.

    Chaque année, le Salon de l’agriculture expose ses produits de terroir, ses charolaises aux robes rutilantes, ses paysans fiers de partager les fruits de leur labeur avec les consommateurs. Reflet d’une profession heureuse tout entière dédiée à la qualité, ou plutôt image idyllique qu’une partie de la profession souhaite renvoyer ? En réalité, paysans et non paysans s’accordent sur le caractère alarmant de la situation actuelle du secteur : revenus agricoles dramatiquement bas, conscience de la demande croissante des consommateurs pour une alimentation de proximité exempte de produits de synthèse et respectueuse du bien-être animal, absence de renouvellement générationnel des actifs agricoles, menace du dérèglement climatique et de l’érosion massive de la biodiversité sur les capacités de production du pays, raréfaction de la ressource en eau, etc.

    Rappelons toutefois que la Politique agricole commune subventionne massivement les agriculteurs européens. Fin 2020, sa réforme sera scellée à la fois au niveau européen et au niveau national. Cette réforme constitue la dernière opportunité pour redonner une voie d’avenir au secteur agricole sur la prochaine décennie, avant que des tendances irréversibles ne soient franchies (en termes de nombre d’agriculteurs comme en matière d’écologie). Si nous sommes capables de partager les constats, nous devons être capables de nous entendre sur les solutions à préconiser pour la PAC post 2020.

    C’est justement l’exercice conduit par la plateforme Pour une autre PAC, forte de l’expérience de terrain de nos organisations paysannes couplée à la prise en compte de tous les enjeux sur lesquels la PAC a un impact : accès à une alimentation saine, diversifiée et accessible à tous, dynamisme des zones rurales, renouvellement des générations, bien-être des animaux d’élevage, préservation de la biodiversité et de la ressource en eau, lutte contre le changement climatique, souveraineté alimentaire, santé publique. Entre monde paysan et représentants des citoyens, le dialogue, le partage d’une vision politique et la co-construction de propositions politiques sont possibles ! Ainsi, la plateforme Pour une autre PAC a élaboré un projet complet de réforme pour la PAC post 2020, à la fois ambitieux dans les choix politiques qu’il dessine et ouvert à tous les paysans, quelles que soient leurs pratiques actuelles. Il ne met de côté aucun des défis que la prochaine PAC devra relever – de l’encadrement des marchés agricoles à l’accompagnement de la transition agroécologique, car l’ensemble de la société est concerné par chacun d’entre eux.

    Dans le cadre des négociations pour la réforme de la PAC, un débat public sera lancé dimanche 23 février et ouvert jusqu’à fin mai. Il représente l’occasion d’éviter une fermeture sur lui-même du monde agricole, à l’heure où la société tout entière devrait considérer le caractère indispensable du travail des paysans et où le système agricole dans son ensemble doit être revu pour répondre à l’intérêt général. En effet, seule une réorientation du modèle agricole et alimentaire pourra sortir les agriculteurs de l’ornière dans laquelle ils se trouvent, prisonniers d’un système. Cependant, l’ampleur et le rythme des changements requis se heurtent à l’opposition farouche des représentants de certains syndicats agricoles et lobbies de l’agro-industrie, à l’image de récentes tentatives de réforme des politiques agricoles allant pourtant dans le sens d’une alimentation plus saine, plus respectueuse de l’environnement et du bien-être animal.

    Unissons-nous pour demander aux responsables politiques qui arpenteront les allées du Salon de l’agriculture dans les prochains jours d’oser une vraie réforme de la PAC ! Transformons-la en un nouveau PAACte (pacte fondé sur une Politique agricole et alimentaire commune) entre les paysans et la société, permettant tout à la fois aux premiers de vivre fièrement de leur métier et à leurs concitoyens de bénéficier des bienfaits de leur activité.

    Liste des 41 signataires et membres de la plate-forme :

    Organisations paysannes

    Afac – Agro-foresteries, Confédération paysanne, FADEAR, FNAB, MRJC, RENETA, Réseau CIVAM, Terre de liens, Terre et Humanisme, UNAF.

    Organisations de protection de l’environnement et du bien-être animal

    Agir pour l’environnement, CIWF, Fédération des CEN, Fédération des PNR,

    FNH, FNE, Générations futures, Greenpeace, Humanité et Biodiversité, Les Amis de la Terre, LPO, Réseau Action Climat, Welfarm, WWF.

    Organisations de solidarité internationale

    ActionAid France, Agter, ATTAC, CFSI, ISF-Agrista, SOL, Réseau Foi et Justice Afrique Europe.

    Organisations de citoyen·ne·s — consommateur·rice·s

    Bio Consom’acteurs, Citoyens pour le climat, CMR, Commerce équitable France, Générations Cobayes, Les Amis de la Conf, Miramap, Resolis, Secours Catholique, Slow Food.

    (1) La plateforme Pour une autre PAC rassemble 41 organisations paysannes, environnementales, de bien-être animal, de solidarité internationale et de citoyens-consommateurs.

    Cottenchy, petit village près d’Amiens sous une brume de pollution. Dominique Levesque, CC BY-ND.
  • Agriculteurs et société : appel à l’écoute, au dialogue et au respect !

    Agriculteurs et société : appel à l’écoute, au dialogue et au respect !

    Équipe de Chrétiens en Monde Rural, composée essentiellement d’agriculteurs du Valenciennois, nous nous inquiétons de la dégradation des relations entre les agriculteurs et la société. Dans l’équipe il y a des agriculteurs bios et conventionnels, appartenant aux trois syndicats agricoles représentatifs et nous savons nous écouter et partager nos valeurs. Nous souhaiterions qu’il en soit ainsi dans l’ensemble de la profession et dans les relations entre agriculteurs et société.

    Il est vrai que nous sommes dans une nouvelle phase des attentes de la société française par rapport à l’alimentation et à l’agriculture. Suite à la guerre 1939-1945, la demande de l’État puis de la Communauté Européenne a été de produire une alimentation abondante et bon marché pour la population. D’ailleurs la part de l’alimentation dans le budget moyen des ménages est passée de 31% en 1960 à 17% depuis les années 2000 ; et dans ces 17% la part qui revient à l’agriculture ne cesse de diminuer soit 7% des dépenses des ménages ! Pendant cette période, le budget pour les communications et les loisirs est passé de 3 à 11%. En même temps, les progrès de la médecine, de l’alimentation et des conditions de travail ont permis d’allonger la durée moyenne de vie. Pourtant de nouvelles questions arrivent maintenant d’une façon importante et rapide dans les préoccupations des français. Les questions sur l’écologie, l’environnement et la santé sont au cœur des débats. C’est l’ensemble de nos modes de vie qui est concerné par ces questions dont notre type d’alimentation et les modes de production en agriculture.
    L’ensemble des agriculteurs de l’équipe reconnaît l’importance d’une évolution des pratiques agricoles, en particulier en ce qui concerne l’utilisation des produits phytosanitaires. Pourtant l’évolution d’une exploitation agricole ne peut se faire que sur du long, voire moyen terme notamment à cause de l’endettement important des jeunes installés. En ajoutant les aléas des rendements et des prix (cours mondiaux volatils) les marges de manœuvre sont restreintes. L’absence de formation aux techniques alternatives pour la plupart, provoque doutes et incertitudes sur l’avenir.

    Mais l’évolution est en route à la fois côté des agriculteurs mais aussi du côté des techniques et de la recherche. Nous voulons nous inscrire dans cette évolution et nous pensons que chacune et chacun, agriculteur ou non, peut évoluer dans ses modes de vie.
    Nous condamnons les querelles de voisinage qui mettent à mal des installations d’élevage ayant une antériorité ! Nous appelons à la compréhension lorsque la route est salie le temps d’un chantier de récolte ! Les agriculteurs s’engagent à prendre toutes les mesures nécessaires pour respecter au mieux le voisinage lors des pulvérisations. Nous voulons trouver les chemins du dialogue…Une charte de « bon voisinage » a été signée entre les représentants des collectivités territoriales, les associations des maires et les chambres d’agriculture.

    Au-delà des comportements personnels, cela suppose des politiques cohérentes par rapport aux objectifs recherchés. Les produits agricoles français sont confrontés au marché mondial et les prix ne prennent pas en compte les modes de production. Il est donc indispensable de ne pas importer des denrées produites selon des méthodes proscrites en France. Les accords de libre-échange ne doivent pas s’étendre aux produits agricoles dans ces conditions. Il faut également en France et en Europe des politiques d’accompagnement des évolutions souhaitées de l’agriculture, tant au plan technique qu’au plan financier ; plus localement dans les communes, la politique du territoire doit prendre en compte les espaces agricoles et l’activité agricole. Il faut également une éducation du consommateur par rapport au coût et à la qualité réelle des produits. Par rapport aux animaux d’élevage, il faut bien sûr continuer à encourager les bonnes pratiques et le bien-être animal et en même temps reconnaître que l’homme est un omnivore ! N’oublions pas également tout ce qu’apporte l’élevage à l’entretien des espaces avec l’herbe en particulier. Les prairies, bocages et haïes sont des zones propices à la biodiversité. Aujourd’hui une part importante de la population a perdu tout contact avec l’agriculture et l’élevage, le respect des saisons, l’impact du climat et plus globalement avec tout ce qui concerne la chaîne alimentaire.

    Au nom de la dignité humaine de chaque personne nous voulons vivre des relations caractérisées par le respect de chacun. Nous savons trop les conséquences dramatiques de l’exclusion, de la culpabilisation sur les personnes et leurs raisons de vivre. Notre foi chrétienne renforce cette dimension de la dignité et du respect, et par ailleurs nous ouvre à l’espérance que de nouveaux chemins sont possibles. Nous pensons que la Création n’est pas un ordre immuable mais est sans cesse à la recherche d’un équilibre qui lui assure un avenir. L’augmentation de la population humaine est à la fois la vie qui se développe mais est aussi un défi pour l’utilisation des ressources de la planète. Comme nous y invite le Pape François dans son encyclique « Loué sois-tu » œuvrons ensemble sur les chemins de l’écologie intégrale où tout est lié : la relation à la terre, aux autres et à Dieu. A chacune des étapes de notre histoire humaine, trouvons les bonnes relations entre la terre, les eaux, les plantes, les animaux et les hommes. Ce n’est pas simple ! c’est source de débats, de tensions, de conflits…nous appelons chacun à dépasser ses peurs, ses préjugés pour ouvrir un avenir plein de Vie ! Cela commence par l’écoute, le dialogue et le respect !

    Equipe CMR du Valenciennois

    Contact : mail : « cmr@cathocambrai.fr »

    L’équipe est composée de : Monique et Michel Chombart, Marie-Noëlle et Jean-François Delsaux, Dominique Douay, Brigitte et Géry Dufernez, Benoît Duez, Claude et Christian Housez, Blandine et Dominique Huart, Monique et Francis Jacquart, Yves Spriet, Laurent Verhaeghe.