La contagion de l’espérance

C’est le souhait du pape François, le jour de Pâques. Il s’adressait « à la ville et au monde », seul, depuis l’immense place Saint-Pierre, à Rome, étonnamment vide. Selon lui, la contagion de l’espérance passe par l’indispensable respect des consignes de sécurité pour faire barrage au Covid-19 et par l’espoir de voir les nations plus solidaires pour faciliter et accélérer l’accès aux médicaments plutôt que la production des armes, mais aussi la levée des sanctions internationales, l’annulation des dettes des pays les plus pauvres et un traitement juste pour les migrants dans le monde entier.

L’espérance, en effet, n’est pas un rêve béat, elle est le fruit des solidarités retrouvées et d’un combat sans répit, à l’image du combat acharné des scientifiques pour traquer le virus et chercher les traitements et vaccins appropriés, le combat des soignants, admirables et fatigués, celui des petites mains qui, sans bruit, fabriquent des sur-blouses et des masques, celui des anonymes, très nombreux, qui discrètement, à proximité des hôpitaux, préparent des repas pour les personnels soignants.

Face à l’urgence du moment, le réel et le présent prennent un relief tout particulier et pèsent lourdement sur les décisions à prendre. Les projets et les prévisions programmés sont suspendus. Tout ce que nous avions planifié s’est évaporé, comme si on s’interdisait de penser le futur, comme si le futur était vide et qu’aucune promesse ne pouvait l’habiter, ni le faire vivre. Cette épreuve, pour les chrétiens, rappelle étrangement le silence du samedi avant Pâques. Nous sommes aujourd’hui les frères et les sœurs de ces hommes et de ces femmes qui, un soir de vendredi noir, ont vu leur monde et leur espérance s’effondrer avec, devant eux, un grand vide, une absence insoutenable et un tombeau également vide.

Ils restent alors confinés dans leurs maisons, l’horizon bouché, repliés sur eux-mêmes, jusqu’au jour où, leurs peurs déverrouillées, ils osent sortir. Là, ils sont ébranlés par un immense coup de vent qui les projette en avant, dans un nouvel élan pour un nouveau départ. Ce Souffle devient pour eux source d’énergie pour le présent et d’inspiration pour le futur.

Brusquement, ils découvrent qu’ils n’ont jamais été abandonnés et que les chemins d’espérance et de vie qui leur ont été enseignés l’ont été pour une expérience à vivre dans la condition ordinaire de tous les jours. Dans une langue que tous les peuples de la terre comprennent, ils annoncent que désormais ils devront apprendre à vivre tout autrement, de même que nous, aujourd’hui, nous devons revoir nos priorités, distinguer le futile du nécessaire et l’accessoire de l’essentiel qui fait vivre, qui est porteur de sens et mérite qu’on s’y donne tout entier. Et il nous faudra encore nous laisser entraîner par un souffle de vie beaucoup plus fort pour aider la planète et l’humanité malades à respirer un peu mieux. Ainsi, avec beaucoup d’autres qui, individuellement ou avec leurs associations, prennent un peu partout, en rural comme ailleurs, des initiatives tout à fait nouvelles et prometteuses, nous croyons qu’un autre monde est possible et que peut donc se propager la contagion de l’espérance.

Pâques 2020 – Pierre Miot, prêtre accompagnateur du CMR 74

Jörg Bergmann, ermitage San Isidro, La Gomera, îles Canaries, CC BY-NC-ND.

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