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  • La transition écologique, à quel prix ?

    La transition écologique, à quel prix ?

    Article paru dans Agir en rural n°120, « Face au changement climatique, quelles réponses ? »

    Pour économiser l’énergie et protéger l’environnement, les idées et les technologies ne manquent pas. Mais le résultat n’est pas toujours au rendez-vous, et certains produisent même l’effet inverse. La rédaction d’Agir en Rural vous propose un échantillon de ces « fausses bonnes idées » en matière environnementale.

    Introduire des agrocarburants dans l’essence

    90 % d’essence (SP95) et 10 % d’éthanol : c’est la composition du carburant E10. Avantage : il réduit un peu la dépendance au pétrole. Inconvénient : il est incompatible avec 40 % des véhicules (ceux construits avant 2000) et induit une légère surconsommation (1,7 %). Pas sûr que l’automobiliste s’y retrouve vraiment. Pas plus que l’air ambiant, car le bilan environnemental des agrocarburants est extrêmement variable, y compris en France. Au niveau international, ils sont accusés de se substituer aux cultures vivrières et d’accélérer la destruction des forêts tropicales, pièges à CO2. Vue l’ampleur des subventions (près de 1 milliard d’euros), le coût de la tonne de CO2 évitée est de toute façon très élevé.

    La voiture électrique

    La voiture électrique apparaît comme le véhicule zéro émission par excellence. Mais elle n’est pas forcément écolo. D’une part, elle ne résout pas les problèmes de congestion routière : sa généralisation contribuerait plutôt à pérenniser les modes de vie et de travail actuels. D’autre part, si la voiture n’émet rien localement, l’électricité qui charge sa batterie, elle, émet du CO2. En Europe, la production d’un kWh dégage à peu près 400 g de carbone. Du coup, selon l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), un véhicule électrique brûle 100 g de CO2 aux 100 km, à peine moins qu’un modèle essence (126 g). Certes, le nucléaire permet à la France de diviser ce chiffre par quatre. A condition, précise RTE (Réseau de transport d’électricité), gestionnaire du réseau électrique, que les batteries soient chargées en période creuse. Sinon, leur généralisation pourrait créer des tensions sur le réseau et contraindre à mettre en marche des centrales thermiques polluantes. Autre souci : la durée de vie de la batterie. Avec la technologie lithium-ion actuelle, elle ne dépasse pas deux ans, d’où l’afflux anticipé de batteries usagées. Si les métaux sont facilement recyclables, les solvants sont plus délicats à éliminer.

    La méthanisation, ce procédé en plein essor qui continue de diviser

    En produisant du biogaz à partir de déchets organiques, la méthanisation présente des atouts qui la font apparaître comme une option de choix en matière de développement durable. En France, la filière progresse à grande vitesse mais des voix se font aussi entendre pour dénoncer les inconvénients et dérives potentielles du procédé.

    Un digestat loin d’être sans danger ?

    Les déchets organiques utilisés pour la méthanisation sont d’origine variée. Il peut s’agir aussi bien de déjections d’animaux que de déchets issus de l’industrie agro-alimentaire, de résidus de culture ou de déchets verts. Une fois le processus achevé, reste un résidu solide et liquide, le fameux digestat qui peut ensuite être épandu sur des parcelles agricoles afin de servir d’engrais.

    Or, pour certains, ce digestat est loin d’être sans danger pour les sols. Si « l’hygiénisation » est insuffisante, ce mélange peut receler de nombreuses bactéries, potentiellement résistantes, qui vont ensuite s’infiltrer dans les sols voire les nappes phréatiques.

    A l’état brut, le digestat peut également être une source non négligeable de métaux lourds et d’autres résidus nocifs comme l’a montré une récente polémique autour du méthaniseur de Gramat situé dans le Lot. Des scientifiques affirment avoir observé, après épandage du digestat issu de cette installation, une forte chute de la population de collemboles, des insectes considérés comme des acteurs de la vie du sol.

    L’« angoisse écologique », malaise des temps modernes ?

    L’expression « angoisse écologique » fait son apparition en 2007 dans un article de Glenn Albrecht, un philosophe australien. Il parle alors de « solastalgia », un néologisme provenant de l’anglais solace, qui signifie « réconfort », et du grec algos, signifiant « douleur ».

    Au sens strict, la solastalgie fait référence à la souffrance psychique ressentie par un individu face à la destruction des éléments familiers de son environnement. C’est le terme repris aujourd’hui aux quatre coins du globe. En France, on parle plus volontiers de dépression écologique, de burn-out environnemental ou d’angoisse climatique. Le phénomène, qui émerge tout juste en France, reste encore difficile à quantifier. Les enquêtes d’opinion attestent certes d’une préoccupation grandissante de la population vis-à-vis des questions environnementales – 85 % des Français-es, et 93 % des 18-24 ans, se disent inquiets du réchauffement climatique. Mais entre se dire inquiet et être déprimé, il y a un gouffre. Combien basculent véritablement dans l’angoisse viscérale ? Une infime minorité… impossible à chiffrer pour l’heure.

  • Parution d’Agir en rural n° 122 : « La santé, un bien commun ? »

    Parution d’Agir en rural n° 122 : « La santé, un bien commun ? »

    Le n°122 d’Agir en rural sera chez nos abonné·es avant la fin du mois. Il est consacré à la santé, bien commun. Pour le recevoir dans votre boîte aux lettres, abonnez-vous !

    Édito : À notre santé !

    Habituellement, quand nous trinquons, nous disons « À votre santé ! » Mais depuis cette pandémie qui nous est tombée dessus, nous avons expérimenté qu’en termes de santé, être attentif à la nôtre, c’est aussi être attentif à la vôtre : nous soucier de notre santé, c’est aussi se soucier de la santé des autres.

    Par ailleurs, si nous ne le savions pas encore, la santé humaine ne peut plus se penser en vase clos, car elle est en lien avec la santé animale et l’environnement… L’OMS a ainsi développé ce concept : « One Health » (la santé de l’homme est intimement liée à celle des animaux et des écosystèmes).

    Certes, nous serions parfois encore tenté·es de confier notre santé à des spécialistes (très écouté·es durant ces mois de confinement, puis de déconfinement) et pourtant, n’avons-nous pas tou·tes une responsabilité dans l’entretien de cette santé, qui tarde à être reconnue comme bien commun ?

    André Comte-Sponville, dans une interview du 27 mai au quotidien belge L’Écho, parle d’un danger qui nous menace : le pan-médicalisme qui consisterait à confier à la seule médecine et à ses spécialistes, par le biais de notre santé, la conduite de nos vies et de nos sociétés. Cette dérive pourrait dé-responsabiliser les citoyen·nes.

    Dans le domaine de la santé, écrit encore le professeur Didier Sicard dans un article d’Études de mai 2020, il est urgent d’être plus attentif au réel et de prendre en considération la complexité de l’environnement… et c’est là où tou·tes, nous avons notre mot à dire, car nous faisons partie de cet environnement qui contribue non seulement à notre bien-être, mais à celui de toutes les créatures.

    La santé, c’est, dit encore l’OMS, « tout ce qui concourt au bien-être des gens », donc un domaine très vaste que la diversité des articles de ce numéro n’arrive pas à couvrir.

    En ce domaine et en bien d’autres, nous prenons conscience que « tout est lié », tant la clameur de la Terre que la clameur des pauvres (cf. Laudato si’ 49)… Nous sommes lié·es non seulement les un·es aux autres, bien au-delà des frontières, mais aussi à toute la création avec laquelle nous sommes en inter-dépendance pour notre avenir, sinon pour notre survie.

    Nous avons réalisé aussi, espérons-le, combien la santé ne peut ignorer ni l’espace ni le temps…

    L’espace c’est aussi bien l’intérieur, i.e. la complexité de nos organismes (cela comprend ces mondes que nous sectorisons bien trop : minéral, végétal, animal), que l’extérieur, i.e. les relations entre les êtres vivants, non pas en vue de l’exploitation des uns par les autres, mais d’une meilleure harmonie.

    Le temps, c’est notre histoire, celle dont nous héritons et que nous transmettons ; la santé du monde de nos descendant·es dépend du souci que nous en avons maintenant… Prenons le temps de soigner notre environnement…

    Il est donc urgent d’« initier des processus plutôt que de posséder des espaces… en privilégiant les actions qui génèrent des dynamismes nouveaux » (pape François, La Joie de l’Évangile 223)… Oui, plus que jamais, œuvrons à notre santé commune !

    Marc Delebarre (ENAD)

    S’abonner à Agir en rural. Trimestriel, 16 pages couleurs.

  • Une épicerie zéro déchet

    Une épicerie zéro déchet

    Article paru dans Agir en rural n°120, « Face au changement climatique, quelles réponses ? »

    Nous sommes de plus en plus nombreux à réfléchir sur nos modes de consommation et à introduire des petits gestes écologiques dans notre quotidien. Parfois, certaines personnes vont plus loin. C’est le cas d’Aurélie et de Cédric Heim, âgés respectivement de 36 et 37 ans qui se sont lancés dans l’ouverture d’une épicerie de produits en vrac et de produits locaux.

    Aurélie, avec ton mari Cédric, vous avez ouvert une épicerie de produits en vrac et locaux où les gens viennent avec leurs contenants pour limiter, voire supprimer, les emballages. Pourquoi un tel projet et comment s’est-il concrétisé ?

    Depuis trois ans, avec mon mari, nous sommes dans une démarche écologique. A la base, je fais de la vente à domicile de produits ménagers biodégradables, donc respectueux de l’environnement. Ce sont des produits concentrés que les clients vont ensuite diluer. Du fait qu’ils sont concentrés, leurs emballages sont réduits. Par rapport aux produits ménagers nous limitions nos déchets mais nous avons voulu aller plus loin dans la démarche et l’étendre à l’ensemble de notre consommation. Mais en faisant le tour des magasins, nous nous sommes rendu compte que financièrement et écologiquement on ne s’y retrouvait plus.

    Mon mari, qui était en pleine recherche professionnelle, a voulu utiliser ses compétences de manager de rayon en grande surface, pour ouvrir une épicerie de produits en vrac sur la région de Saverne. En cherchant un local, nous sommes tombés sous le charme de celui-ci. Il a un parking et il est situé en périphérie de Saverne. Nous le voulions aussi accessible aux gens des villages autour. La taille de ce local nous permettait de développer aussi dans notre future épicerie des produits frais locaux. En mars 2019, ce local nous a permis d’agrandir la vision de notre projet.

    Aurélie, je suppose qu’avant, comme beaucoup de personnes, tu faisais tes courses dans un supermarché classique. Quelles différences te frappent ici au VracOmarché ?

    Quand je retourne dans un supermarché classique, ce qui me fait mal au cœur, c’est de voir les caddies qui débordent de plastiques. Les gens viennent ici pour le concept mais aussi pour la convivialité. Nous avons voulu créer un esprit familial. Les personnes viennent avec leurs enfants. Nous nous sommes appuyés sur notre propre expérience. Nous avons trois enfants et nous savons ce que c’est de faire les courses avec eux. Nous avons aménagé un espace pour les enfants au sein du magasin. Les gens viennent en famille et parfois les enfants râlent quand il faut repartir. Je m’intéresse aux personnes, je leur demande comment ça va aujourd’hui. Ce qui différencie surtout notre commerce, c’est la convivialité et le fait que ce soit aussi un lieu d’échange.

    Je suppose que les clients qui viennent chez vous sont déjà la plupart dans une démarche écologique. Penses-tu que votre magasin vrac et local puisse aider à sensibiliser un plus large public ?

    Oui, si les clients viennent ici, c’est qu’ils ont déjà une démarche par rapport à la réduction des déchets. Mais ce qui a été vraiment énorme, c’est que pendant la période de Noël, nous avons vendu beaucoup de produits ‘’0 déchet’’ que les gens voulaient offrir à leurs proches. Les personnes qui ont reçu ces cadeaux sont ensuite venues au magasin. Je pense que c’est ainsi qu’on va pouvoir avancer, quand les personnes converties qui fréquentent le magasin vont par l’exemple convertir leurs proches.

    Ton mari Cédric fait partie d’un réseau plus large, le « réseau vrac ». Est-ce que des réflexions sur une consommation plus écologique sont vraiment en cours ?

    En effet, Cédric adhère à un réseau pour les gérants de commerces en vrac. Ils se réunissent plusieurs fois par an pour partager ensemble leurs avancées et pour discuter de nouvelles propositions. Ce réseau propose des groupes de réflexion pour réduire encore davantage les emballages du côté des fournisseurs.

    Le souci est que parfois nous sommes limités dans notre entreprise, peut-être parce qu’aujourd’hui on essaye de se surprotéger. Parfois c’est un frein pour le recyclage des produits. Un exemple : une fois que les clients avaient acheté les œufs, notre petit producteur reprenait les plateaux sur lesquels les œufs étaient posés. Mais avec la réglementation actuelle il ne peut pas nous les reprendre. Nous nous sommes obligés de les jeter et lui d’en racheter des neufs.

    C’est une des raisons pour lesquelles nous voulons développer le réseau local. On se rend compte qu’en circuit court on arrive beaucoup mieux à travailler en flexibilité avec les petits producteurs. Ils reprennent plus facilement les emballages. Si on veut atteindre le zéro déchet il faudra tendre vers une réutilisation des emballages pour éviter de les jeter.

    Nous ne nous revendiquons pas zéro déchet mais notre conditionnement en génère moins qu’un magasin traditionnel. Notre rêve c’est de tendre vers un quasi zéro déchet. Avec les petits producteurs en circuit court, on remarque qu’il y a une grande avancée bien que parfois certaines réglementations représentent un frein dans ce domaine.

    Propos recueillis par Valérie Velten

  • Nos fédérations à l’initiative

    Nos fédérations à l’initiative

    Article paru dans Agir en rural n°120, « Face au changement climatique, quelles réponses ? »

    Le CMR Pas-de-Calais, aidé de l’EDAR (Équipe diocésaine d’animation en rural), a organisé en octobre un forum sur la transition écologique « Plus belle la Terre ».

    Il est 9 h et nous sommes à pied d’œuvre pour installer les tables, les chaises, les grilles d’exposition prêtées par la municipalité de St Laurent et monter deux tonnelles supplémentaires à celles déjà présentes sur la base. Il bruine mais cela n’empêche pas la bonne humeur et le plaisir de se retrouver pour proposer cette journée de découverte de belles initiatives locales existantes sur l’Artois et la Gohelle. Des élèves du lycée Senez d’Hénin Beaumont sont venus faire l’accueil et des jeunes musiciens ont animé toute la journée. Acheter des meubles relookés, des produits équitables, consommer local, utiliser un frigo solidaire, recycler ses tee-shirts ou chaussettes usagées, trier nos déchets, cuisiner les fruits abîmés, utiliser le vélo plutôt que la voiture pour les petits trajets, sont des actions à la portée de tou-tes. Nous pouvons aussi mettre des hôtels pour les abeilles, des nichoirs pour les oiseaux, et des mangeoires pour les aider à passer l’hiver en les nourrissant, planter des haies arbustives, acheter une énergie verte, participer au financement d’un projet écologique et solidaire, …

    L’Église réfléchit et montre l’exemple à travers le label « Église Verte ». Le CMR dans son dernier congrès proposait comme chemins des possibles de « Consommer autrement » et d’avoir « une économie co-opérante au service du bien commun ». Chaque geste que nous faisons contribue au changement. À nous citoyens, chrétiens ou non, de nous « bouger ». Quand le consommateur devient « consomm’acteur », il pose un geste politique. À nous de dire et de montrer par nos actes, que nous voulons vivre sur une planète belle et propre, car nous n’en avons qu’une et qu’il n’y a pas de plan B !

    Sylvie Preux et Bénédicte Neuts

    Le label Église verte, c’est quoi ?

    Église verte est un dispositif né en 2017 et proposé aux paroisses et à tout groupe chrétien pour vivre une conversion écologique collective. Le label Église verte est né de la mobilisation autour de la COP21 (Pèlerins climatiques, marches, publications, jeûnes…) et de l’élan qu’a provoqué l’encyclique Laudato si’ en 2015. En deux ans, plus de 300 communautés se sont lancées dans la démarche : paroisses mais aussi écoles, centres spirituels, monastères, familles…

    Plus d’informations : https://www.egliseverte.org/

    Jeanne Menjoulet, CC BY.
  • Lucie, petit colibri de l’environnement

    Lucie, petit colibri de l’environnement

    Article paru dans Agir en rural n°120, « Face au changement climatique, quelles réponses ? »

    Lucie Goetz, 17 ans, est lycéenne. Comme beaucoup de jeunes de son âge, elle prend le problème du dérèglement climatique très à cœur. Mais loin de prôner un engagement écologique radical, elle invite plutôt chacun à faire sa part. Dans cet entretien, j’ai été séduite par la clairvoyance et la motivation d’une jeune qui, loin de vouloir donner des leçons, donne l’exemple en agissant à son niveau et avec ses convictions.

    La rédaction : Lucie, tu as participé à des marches pour le climat. Comment t’es-tu organisée et quel sens cela a pour toi ?

    Lucie : Je suis au Lycée Koeberlé à Sélestat. Les marches pour le climat ont lieu les vendredis après-midi. Alors, avec une amie, nous avions rapidement mangé à la cantine avant de prendre le train pour Strasbourg. Puis nous sommes allées Place Kléber pour rejoindre les autres lycéens. Nous avons participé à la grande manifestation mondiale en mars 2019. Il y avait énormément de monde. C’était impressionnant. En plus il y avait une bonne ambiance et aucune casse. La deuxième manifestation à laquelle j’ai participé, c’était celle avant les élections européennes. Là le cortège s’est rendu jusqu’au parlement européen où nous avons fait signer des chartes aux candidats européens pour qu’ils s’engagent pour l’écologie. Nous étions moins nombreux. Pour moi, ces marches pour le climat ont beaucoup de sens parce que notre futur dépend de ça. Il y a de plus en plus de catastrophes naturelles en lien avec le dérèglement climatique. Il est vraiment important que les politiques mettent en place des mesures et rapidement.

    Le Sénat a voté une loi pour qu’en 2040 il n’y ait plus d’emballages plastiques. Mais je pense que c’est vraiment trop tard. Le Parlement Européen interdit dès 2021 certains produits comme les pailles et les cotons tiges. Pour moi, les marches pour le climat ont beaucoup de sens si elles incitent les politiques à prendre des mesures écologiques. Je suis en terminale ES (Economie et Social) avec option Sciences Sociales et Politiques. Nous sommes en train d’étudier un chapitre intitulé : « Le développement durable est-il compatible avec la croissance économique ? » On se rend compte que c’est quand même compliqué d’associer les deux. Mais je trouve ces cours super intéressants.

    Comment perçois-tu l’engagement de Greta Thunberg ?

    C’est elle qui a lancé le mouvement de la grève étudiante pour le climat. A travers ce mouvement qui est devenu international, il y a plein de gens qui ont pris conscience de l’urgence climatique. Je pense que ce qu’elle fait est très bien parce qu’elle nous représente, nous les jeunes qui avons un peu peur de ce qui va se passer dans l’avenir, notre avenir. Le magazine Time l’a élue personnalité de l’année 2019.

    Lucie, tu peux me dire un peu d’où tu viens ?

    Je viens de Mussig, petit village entre Sélestat et Marckolsheim. Je suis l’aînée d’une famille de six enfants. Mes parents sont agriculteurs, éleveurs laitiers et fromagers plus précisément. J’ai grandi dans le rural au contact de la nature. Je pense que c’est pour ça aussi que je suis sensible à tout ce qui est climat et protection de l’environnement. C’est aussi pour ça que je suis allée manifester pour une autre PAC parce que je me rends compte de la situation des agriculteurs.

    A ton avis, mettre en place une éducation à l’écologie est-ce nécessaire ? Et toi, comment t’y prends-tu ?

    Pour moi, il est important de montrer l’exemple. Les enfants, ce qu’ils font d’abord, c’est de reprendre l’exemple qu’ils connaissent. C’est important que chacun·e se rende compte de l’impact qu’il-elle a sur l’environnement et que chacun fasse un effort. On n’est pas obligé de viser la perfection et surtout pas d’aller dans les extrêmes. C’est déjà bien de commencer par de petites choses, comme essayer de réduire les déchets, prendre les transports en commun (bus, trains) au lieu de la voiture… Il y a des personnes qui n’achètent que du bio, mais parfois des produits qui viennent de loin, alors que d’aller au marché pour acheter du local ça réduit les gaz à effet de serre. Il faut sensibiliser les enfants à la situation climatique de la planète et je pense qu’au niveau des programmes scolaires il devrait y avoir plus de cours par rapport à ce sujet.

    Personnellement, je prends les transports en commun pour aller à Sélestat. La plupart de mes habits, je les achète en friperie ou alors j’essaye de les réparer. Là je suis en train de réparer une de mes vestes. A la maison de toute façon on mange beaucoup local. Vu que mes parents font les marchés, ils achètent la nourriture auprès de ceux qu’ils y côtoient. Les shampoings, savons et dentifrices on les achète en solide, sans emballage.

    En agissant ainsi, comment es-tu perçue par tes ami-es ?

    La plupart de mes ami-es sont aussi sensibles à l’écologie. Il y a très peu de jeunes qui nient le problème climatique. J’ai des amis qui, tout en pensant que c’est un sujet grave, ne s’engagent pas vraiment car ils se sentent impuissants. Ils disent que c’est aux politiques de prendre des décisions et qu’eux ne peuvent rien faire. J’ai une autre partie de mes amis qui s’engagent de différentes façons : certains ne mangent presque plus de viande, d’autres font aussi des achats de seconde main ou prennent les transports en commun.

    Du haut de tes 17 ans, Lucie, comment vois-tu l’avenir ?

    Ce serait beau un monde sans plastique, sans pétrole… mais il faut rester réaliste. J’ose quand même espérer que les choses vont s’améliorer pour l’environnement ou en tout cas qu’elles ne se dégraderont pas encore plus. Les consciences se réveillent de plus en plus. En recherchant un peu au niveau des métiers à faire, j’ai vu que de nouveaux métiers apparaissent. Il existe maintenant des juristes en environnement qui ont pour missions de mettre les entreprises en conformité avec la législation en vigueur sur l’environnement. J’espère qu’il y aura de plus en plus de projets en faveur de l’environnement, pour nous assurer un avenir, à nous et à la planète. Je reste positive.

    Interview réalisée par Valérie Velten

  • Comprendre et agir sur le changement climatique

    Comprendre et agir sur le changement climatique

    Article paru dans Agir en rural n°120, « Face au changement climatique, quelles réponses ? »

    « Climat » : quelle définition ?

    La notion de « climat » renvoie à l’ensemble des éléments qui caractérisent l’état moyen de l’atmosphère. Elle se définit à partir de statistiques sur une longue période (au moins trente ans) alors que la notion de « temps qu’il fait » renvoie aux conditions météorologiques d’un instant donné ou d’une courte période (une journée, une semaine, etc.).

    Quel climat aujourd’hui et demain ?

    Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) présente, dans chacun de ses rapports, les évolutions passées du climat ainsi que les projections futures. Le constat sur les évolutions passées est sans appel, la température moyenne mondiale a augmenté de 0,85°C. Dans son cinquième rapport (publié en 2013), le GIEC montre que la hausse des températures s’est accélérée ces dernières années :

    La température moyenne mondiale (terre et océans) a augmenté de 0,85°C entre 1880 et 2012.
    Chacune des trois dernières décennies (1980-1990 / 1990-2000 / 2000-2010) a été plus chaude que la précédente et que toutes les autres depuis 1850.

    Le changement climatique, un défi mondial…

    Le changement climatique est une problématique mondiale : les émissions d’un pays ont un impact sur le climat du monde entier. Tous les pays sont donc concernés. Les pays anciennement industrialisés ont une responsabilité particulière car ils ont une plus grande capacité à agir et ont davantage contribué au changement climatique par le passé. Mais ils sont aujourd’hui rattrapés par les grands pays émergents. Les pays en développement font face à un triple défi : améliorer leurs conditions de vie ; maitriser leurs émissions de gaz à effet de serre ; s’adapter aux conséquences du changement climatique, qui sont souvent plus fortes pour eux.

    Mais aussi local…

    Les collectivités territoriales, (qu’il s’agisse des communes, des intercommunalités, des départements ou des régions), et les territoires de projets prennent des décisions dans des domaines tels que les déplacements, l’agriculture, l’énergie, l’urbanisme et l’habitat. Ceux-ci ont une influence significative sur les émissions de gaz à effet de serre des territoires. Le dernier rapport du Groupe Intergouvernemental des Experts Climatiques (GIEC) confirme cette évidence en rappelant que 50 à 70 % des mesures d’atténuation et d’adaptation ont vocation à être « mises en œuvre à l’échelon infranational » et ce indépendamment du niveau de compétence dévolu et décentralisé aux collectivités locales.

    La lutte contre le réchauffement climatique : une responsabilité individuelle ?

    Parfois, le défi représenté par le changement climatique nous paraît si gigantesque que notre réaction naturelle est de lever les bras au ciel en signe de désespoir et de nous dire que rien de ce que nous faisons n’y changera rien. Mais ce sont les petites choses (notre manière de vivre et de travailler, ce que nous achetons et mangeons, nos habitudes domestiques) qui peuvent faire pencher dans un sens ou dans l’autre l’équilibre mondial. Cela peut être aussi simple que penser à éteindre une lampe quand on quitte une pièce, baisser le thermostat de quelques degrés… Toutefois, répétés sur des mois et des années, ces petits gestes peuvent exercer sur l’environnement une influence profonde et durable.

    Mélanie Cacace

    Source : https://reseauactionclimat.org/urgence-climatique/

  • La transition écologique : un engagement politique, une implication citoyenne

    La transition écologique : un engagement politique, une implication citoyenne

    Article paru dans Agir en rural n°120, « Face au changement climatique, quelles réponses ? »

    Antoine Raynaud, chargé de mission de l’implication citoyenne, nous explique comment la ville de Loos-en-Gohelle fait rimer transition écologique et démocratie.

    Loos-en-Gohelle, ville en transition

    Après avoir traversé une crise profonde au moment de la fermeture des mines, la ville de Loos a fait le pari de la résilience, du rebond, par la transition écologique. Ce projet de transition est un projet de long-terme qui a deux objectifs indissociables :

    D’une part il vise à préparer la commune aux bouleversements futurs liés au dérèglement climatique.
    D’autre part il propose de nouvelles méthodes démocratiques susceptibles de restaurer la confiance avec les électeurs dans un contexte général de crise de la représentation.
    Ce projet de développement durable est un projet systémique, c’est-à-dire un projet d’ensemble, à l’échelle de tout le territoire et sur tous les secteurs à la fois (agriculture, énergie, transport, implication citoyenne, culture etc). Bien entendu, tout n’est pas parfait et le chemin à parcourir reste long, mais les résultats sont là et sont encourageants.

    L’implication des habitant-es au cœur de la transition

    L’une des caractéristiques du projet de transition loossois est qu’il s’appuie sur l’implication systématique des habitants. À Loos, l’implication est synonyme de responsabilisation et d’engagement. Il ne s’agit pas de rassembler les gens et de remplir des cahiers de doléances pour faire de la participation, mais bien d’en faire des contributeurs impliqués dans le développement de leur territoire.

    L’idée est de chercher à construire tout nouveau projet et politiques publiques à partir des besoins exprimés par la population. Il y a un enjeu à avoir l’implication la plus large et inclusive possible. C’est un facteur de justice sociale et la condition pour que s’expriment toutes les tranches de la population. L’autre objectif est de faire évoluer les gens et de les faire monter en compétences dans une logique semblable à celle de l’éducation populaire. En effet, s’investir dans un projet pour sa ville, c’est s’investir dans une expérience collective complexe dans un cadre de contraintes (règles budgétaires, administratives, etc.). Il faut travailler avec des partenaires divers (municipalité, autres habitant-es, associations, entreprises) aux intérêts parfois contradictoires.

    L’expérience loossoise montre qu’à travers l’expérience, à travers l’action et les projets, les gens développent toutes sortes de qualités (prise d’initiative ; autonomie ; prise de parole en public ; confrontation à la contradiction) qui leur seront utiles pour la vie. Lorsque le projet est réussi, et c’est souvent le cas, il en résulte une certaine fierté d’avoir fait pour sa ville, un gain de confiance en soi et des aptitudes à coopérer. C’est ce que nous appelons la « capacitation », ou empowerment, en anglais.

    Comment évolue le rôle des élu-es ?

    Une des principales conséquences de l’implication est qu’elle fait évoluer le rôle des élu-es. Cela requiert un changement de posture : il faut ouvrir des espaces de manière que les habitant-es puissent véritablement s’investir dans l’élaboration des décisions. Dans un premier temps, il faut reconnaître aux citoyens un droit d’initiative et la légitimité de leur expertise d’usage. L’expertise d’usage correspond à la connaissance que chaque citoyen-ne a de ses besoins, de son environnement (sa rue, son quartier) ou des services publics dont il ou elle est usagère. Cette expertise de terrain est très complémentaire de l’expertise technique des services et de l’expertise politique, de la vision, des élus.

    Pour les élus, l’enjeu désormais est de créer les meilleures conditions pour permettre le débat et la coproduction de politiques publiques avec les citoyen-nes. Les élu-nes passent de la position unique du décideur qui arbitre unilatéralement et verticalement, à celle de l’animateur qui supervise et encadre la construction collective de la décision. Cela n’est pas pour autant synonyme de codécision. Les élu-es sont seul-es à prendre les décisions et conservent la prérogative de l’arbitrage, notamment dans les cas où le processus participatif n’a pas dégagé de consensus. Mais ce sont bien les conditions dans lesquelles se construit la décision qui changent.

    Antoine Raynaud

    Le conseil municipal de Loos-en-Gohelle.
  • Prière pour notre Terre

    Prière pour notre Terre

    Nous avons participé le samedi 22 août 2020 à Champis en Ardèche à la fête de l’agriculture organisée par les Jeunes Agriculteurs avec finale départementale du concours de labours.

    Avec l’animatrice paroissiale Magali et le Père Marc Bonningues il a été décidé de faire un temps de la Parole alternant chants de louanges animés par trois musiciens de la paroisse, temps méditatifs, Évangile du Semeur et homélie par Pascal, paysan et diacre. Ainsi nous avons pu célébrer dehors sur le lieu du rassemblement avec mise à disposition des micros, chaises, sous des arbres et par un temps magnifique !

    Aussi nous souhaitons partager le temps de prière que nous avons élaboré à partir de celle de notre pape François dans Laudato si’.

    Anne et Pascal Lionneton

    « Dieu Tout-Puissant qui es présent dans tout l’univers et dans la plus petite de Tes créatures, Toi qui entoures de ta Tendresse tout ce qui existe, répands sur nous la force de ton Amour pour que nous protégions la vie et la beauté. »

    Seigneur, oriente la vie de toutes les personnes présentes sur un même territoire, qu’elles aillent dans le sens de plus de vie et de beauté.

    «  Inonde-nous de Paix, pour que nous vivions comme frères et sœurs sans causer de dommages à personne. »

    Que nous relevions aujourd’hui encore le défi de la Paix : dans notre voisinage, aux croisements des cultures, entre agriculteurs et citadins, entre producteurs et consommateurs, entre paysans et salariés agricoles ou saisonniers, entre autochtones et nouveaux arrivants, entre les porteurs de méthodes anciennes et ceux de méthodes nouvelles….

    « Ô Dieu des pauvres, aide-nous à secourir les abandonnés et les oubliés de cette Terre qui valent tant à Tes yeux. Guéris nos vies, pour que nous soyons des protecteurs du monde et non des prédateurs, pour que nous semions la beauté et non la pollution ni la destruction. »

    Dans nos territoires ruraux, que chacun prenne sa part dans le respect des autres et les besoins de chacun, que le souci de prendre soin de la Terre comme de ses habitants se fasse jour : vers l’étranger, le paumé, le migrant, le malade, le vieillard…

    « Touche les cœurs de ceux qui cherchent seulement des profits aux dépens de la Terre et des pauvres. »

    Éloigne de nous, Seigneur, les sentiments de domination ou de surexploitation et aide nous à lutter contre le profit à tout prix et surtout celui au dépens des plus pauvres.

    « Apprends-nous à découvrir la valeur de chaque chose, à contempler, émerveillés, à reconnaître que nous sommes profondément unis à toutes les créatures sur notre chemin vers Ta Lumière infinie. »

    Accompagne, Seigneur, notre regard de chaque jour, aide-nous dans la contemplation de la nature au fil des saisons, aide-nous à avoir un regard neuf sur chaque personne qui nous entoure, laisse-nous le temps de T’approcher et de Te découvrir sur notre route.

    « Merci parce que Tu es avec nous tous les jours. Soutiens-nous, nous T’en prions, dans notre lutte pour la justice, l’amour et la paix. Ainsi soit-il. »

    Donne tes forces Seigneur à tous ceux qui s’unissent dans des luttes sociales et agissent grâce à leurs syndicats ou associations, que justice, amour et paix deviennent la récolte de leurs actions. Amen.

    Texte inspiré par le pape François, « Prière pour notre Terre » (Laudato si’).

  • Lettre collective au ministre de l’Intérieur : nous demandons la dissolution de Déméter

    Lettre collective au ministre de l’Intérieur : nous demandons la dissolution de Déméter

    Dans une lettre envoyée ce 17 juillet au nouveau ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, douze associations dont le CMR et un syndicat agricole demandent la résiliation immédiate de la convention de partenariat signée par son prédécesseur avec la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ainsi que la dissolution de la cellule de gendarmerie « Déméter ».

    Cette cellule de renseignement, officiellement dédiée au « suivi des atteintes au monde agricole », a été créée en octobre 2019. Il s’agit d’un dispositif de surveillance mis en place entre la gendarmerie nationale et des organismes privés, fervents défenseurs du modèle agricole conventionnel, avec pour mandat de « mieux protéger nos agriculteurs » contre les infractions (cambriolages, vols, dégradations…) – des actes déjà réprimés par la loi – mais également contre les « actions de nature idéologique », y compris « de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole » qui relèvent de la liberté de penser et d’expression.

    Toute association environnementale, tout syndicat ou individu préoccupé par les conséquences néfastes de l’agriculture intensive pour l’environnement et la santé se trouve menacé de délation et de mesures coercitives. Après quelques mois d’existence, la cellule « Déméter » a d’ailleurs donné lieu à plusieurs dérapages inquiétants : entretien du président de l’association Alertes Pesticides Haute Gironde avec les gendarmes durant une heure sur l’organisation des « États généraux des riverains » ; présence de la gendarmerie lors d’une réunion de préparation d’actions en vue de la « Semaine pour les alternatives aux pesticides » ; convocation à la gendarmerie d’un juriste de l’association Sources et rivières du Limousin pour une interview où ce dernier s’opposait à la construction de serres industrielles…

    « Le gouvernement cherche à museler toute critique du modèle agricole dominant et de l’usage immodéré des pesticides : c’est une menace inquiétante pour la démocratie et la liberté de penser, estime Nicolas Laarman, délégué général de Pollinis, qui a par ailleurs déposé en avril dernier avec Générations futures un recours devant le tribunal administratif de Paris pour obtenir l’annulation de cette convention de partenariat. Au lieu d’opposer ONG environnementales et agriculteurs, le nouveau gouvernement doit dissoudre la cellule « Déméter » et lancer d’urgence un plan de transition agricole pour donner aux agriculteurs les moyens de mettre en place des pratiques durables, respectueuses de la nature et de la santé » .

    Les organisations signataires de la lettre sont : Attac France, Chrétiens dans le monde rural (CMR), Confédération paysanne, France Nature Environnement (FNE), Foodwatch France, Générations Futures, Greenpeace France, Les Amis de la Terre, Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC), Nous voulons des coquelicots, Pollinis et Terre de liens.

    En savoir plus sur le recours des associations Pollinis et Générations futures contre la cellule Demeter.

    Photo Nuclear Information Service, CC BY-NC-ND.
  • PAC post-2020 : Une autre politique agricole et alimentaire commune (PAAC) s’impose

    PAC post-2020 : Une autre politique agricole et alimentaire commune (PAAC) s’impose

    Monsieur le président de la République,

    Demain, vous négocierez avec vos homologues européen·ne·s le cadre financier pluriannuel 2021–2027 et le plan de relance de l’UE. Ces négociations peuvent apporter une réponse européenne forte à l’épisode qui a gravement éprouvé notre continent. La crise liée au coronavirus a révélé nos fragilités et le besoin de politiques publiques solides pour relever le défi écologique, garantir l’autonomie alimentaire et la justice sociale. Parce qu’elles sont au carrefour de nombreux enjeux, l’agriculture et l’alimentation doivent façonner les projets du « monde d’après ». Or la Politique agricole commune (PAC), outil majeur d’orientation de nos systèmes agricoles et alimentaires, est en pleine renégociation.

    Ensemble, les 43 organisations membres de la plateforme Pour une autre PAC l’affirment avec gravité : la proposition de réforme de la PAC au niveau européen est loin d’être à la hauteur des enjeux révélés par la crise. Premier pays bénéficiaire de la PAC, la France a la responsabilité d’être force de proposition pour une véritable refonte de la PAC en vue d’affronter efficacement les défis que nous vivons et qui nous attendent. C’est ainsi que la prochaine PAC devra répondre à trois défis inéluctables et interconnectés.

    Il s’agit tout d’abord de placer la souveraineté alimentaire [1] de l’UE au centre d’une véritable Politique agricole et alimentaire commune (PAAC), par laquelle la production agricole serait mise au service d’une alimentation choisie, diversifiée et durable, accessible à toute la population. Cet impératif, mis en lumière par la crise du coronavirus, est strictement incompatible avec un système appauvrissant les paysan·ne·s dans lequel les produits alimentaires sont vendus à des prix toujours plus bas. Il n’est pas davantage compatible avec la signature d’accords de libre-échange exposant à une concurrence déloyale aussi bien les paysan·ne·s européen·ne·s que celles et ceux des pays du Sud. Une PAC qui a pour seul objectif les prix bas pour les consommateur·rice·s est une impasse. Une PAC qui « [délègue] notre alimentation à d’autres est une folie » [2].

    En parallèle, la PAC doit repenser la logique d’attribution des aides, pour valoriser les bienfaits générés par les fermes plutôt que leur surface. Aujourd’hui, en matière d’emploi, la PAC est la principale raison de la diminution du nombre de paysan·ne·s et du non-renouvellement des générations, dans la mesure où une grande majorité de son budget est distribuée en fonction des surfaces, sans plafonnement du montant attribué selon le nombre de paysan·ne·s travaillant sur les fermes. Pourtant, avec la moitié des agriculteur·rice·s partant en retraite dans les dix années à venir, l’agriculture constitue un réservoir d’emplois extrêmement important. Sortons de la logique de paiements à l’hectare non ciblés, plutôt que de pérenniser une politique de rente inacceptable dans un contexte de récession économique !

    Pour finir, il est indispensable que la prochaine PAC accompagne massivement la transition agroécologique des fermes, en dédiant au moins 50% de ses financements au maintien et au développement de systèmes agricoles favorables à l’environnement et au bien-être animal, tels que l’agriculture biologique. Une transition massive de l’agriculture européenne suppose un budget fort pour le 2e pilier de la PAC, construit et géré en bonne intelligence entre l’État et les régions. Dans cette perspective, les intentions affichées par le Pacte vert, en matière de réduction d’utilisation de pesticides, d’engrais azotés et d’augmentation de la part d’agriculture biologique constituent des étapes importantes pour le climat et la biodiversité. Or sans une PAC pleinement compatible avec les stratégies « De la ferme à la table » et « biodiversité » de l’UE, les paysan·ne·s n’auront pas les moyens d’atteindre ces objectifs. Demain, il n’y aura plus d’agriculture européenne si elle ne respecte pas les ressources naturelles, les sols, la biodiversité, le climat et les animaux d’élevage, qui lui permettent de produire. Les solutions pour cela sont à puiser dans le renforcement de l’autonomie des paysan·ne·s et dans la valorisation de leurs savoir-faire et des services qu’ils rendent à l’environnement et au bien-être animal, et non dans la massification de l’agriculture de précision ou dans l’industrialisation croissante de l’élevage.

    Monsieur le Président, notre monde a été bouleversé ces derniers mois. Les citoyen·ne·s ont saisi le rôle clé d’une autre PAC pour construire notre souveraineté alimentaire, comme l’ont montré les propositions récentes de la Convention citoyenne pour le climat. Les Français·es attendent de vous que la future PAC soit construite par et pour les paysan·ne·s et les citoyen·ne·s. Nous le redisons : le texte en discussion n’est pas à la hauteur des défis mis en lumière par la crise, ni du cap fixé par le Pacte vert. Nous attendons que vous défendiez une révision ambitieuse de la PAC, sans quoi la PAC perdrait toute légitimité auprès des citoyen·ne·s. Nous le savons, la voix de la France compte dans toute négociation sur l’agriculture européenne. Mettons-la au profit de cette occasion historique : les circonstances le permettent et les défis à relever sont urgents. C’est maintenant que les choix politiques qui s’imposent doivent être effectués.

    Nous restons à votre disposition pour tout échange et vous prions de croire, monsieur le président, à l’expression de nos salutations distinguées.

    Les signataires des 43 organisations membres de Pour une autre PAC :

    Luc de Ronne, président d’ActionAid France
    Philippe Hirou, président de l’Afac-Agroforesteries
    Jacques Caplat, secrétaire général d’Agir Pour l’Environnement
    Robert Levesque, président d’AGTER
    Marc Mangenot, administrateur des Amis de la Conf
    Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre France
    Philippe Collin, président d’AVSF
    Maxime Combes, porte-parole d’ATTAC
    Julie Potier, directrice générale de Bio Consom’acteurs
    Anne-Françoise Taisne, déléguée générale du CFSI
    Dominique de Viviès et Jean-François Hivert, co-président·es de Chrétiens dans le monde rural
    Clémentine Nordon, co-responsable du Pôle Lobbying de Citoyens pour le Climat
    Leopoldine Charbonneaux, présidente de CIWF
    Marc Dufumier, président de Commerce Équitable France
    Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne
    Virginie Raynal et Paul Reder, co-présidents de la FADEAR
    Christophe Lépine, président de la Fédération des Conservatoires d’espaces naturels
    Michaël Weber, président de la Fédération des Parcs naturels régionaux de France
    Guillaume Riou, président de la FNAB
    Alain Grandjean, président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme
    Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement
    François Veillerette, directeur de Générations futures
    Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France
    Arthur Grimonpont et Félix Lallemand, fondateurs des Greniers d’Abondance
    Bernard Chevassus-au-Louis, président d’Humanité et Biodiversité
    Tanguy Martin, administrateur d’Ingénieurs sans frontières – Agrista
    Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO
    Evelyne Boulongne, porte-parole du Miramap
    Cédric Letourneur, secrétaire national du MRJC
    Julien Kieffer et Pierre-Henri Roussel, coprésidents de RENETA
    Philippe Quirion, président du Réseau Action Climat
    Fabrice Bouin, président du Réseau CIVAM
    Pierre Tritz, président du Réseau Foi et Justice Afrique Europe
    Henri Rouillé d’Orfeuil, pilote du programme alimentation de RESOLIS
    Vincent Destival, délégué général du Secours Catholique — Caritas France
    Bastien Beaufort, représentant de Slow Food France
    Jacques Godard, co-président de SOL
    Michel Vampouille, président de la Fédération nationale de Terre de Liens
    Françoise Vernet, présidente de Terre & Humanisme
    Gilles Lanio, président de l’UNAF
    Ghislain Zuccolo, directeur général de Welfarm
    Isabelle Autissier, présidente du WWF France
    Sophie Marie, présidente de WWOOF France

    [1] La souveraineté alimentaire est entendue comme le droit de chaque peuple à définir son agriculture et son alimentation. Elle ne peut se penser en dehors d’une transition écologique et sociale systémique.
    [2] Adresse télévisée du président de la République aux Français·es du 12 mars 2020

    Photo Thijs ter Haar, CC BY.