Cette rencontre (au format visio-conférence en raison du contexte sanitaire), qui a réuni près d’une centaine de personnes, avait pour ambition de maintenir un échange au sein du réseau « Agriculture-Alimentation » sur une question d’actualité : la place et l’évolution de l’élevage en agriculture. Quatre interventions complémentaires se sont succédé et ont porté sur l’intérêt de renforcer ou de rétablir des liens entre l’élevage et les productions végétales dans le mode de fonctionnement des exploitations agricoles.
Dans son exposé introductif, Jean-Claude Germon a rappelé l’évolution récente des structures de notre élevage avec la spécialisation en filières, la concentration de ces structures, les difficultés des éleveurs et les nuisances environnementales. Il a aussi mis en avant les avantages d’un élevage intégré aux productions végétales et mis en lumière des initiatives d’agriculteurs et d’agricultrices qui font le pari de rénover leurs modes de fonctionnement.
Ronan Guernion, jeune agriculteur breton « bien dans sa tête et ses baskets », a repris l’exploitation laitière familiale. Marqué par un séjour au Paraguay et la découverte de la production industrielle de soja pour les élevages européens, au détriment des agriculteurs locaux, il a recherché l’autonomie alimentaire de son troupeau à travers la bonne gestion de ses prairies (il assure ne plus avoir de parcelles cachées au Paraguay pour nourrir son troupeau !) Pour mettre en place les changements qu’il a osé faire, comme par exemple les vêlages groupés qui lui permettent une organisation de vie satisfaisante, il s’appuie sur le CEDAPA (Centre d’études et de développement pour une agriculture plus autonome) qui fonctionne sur la base de partage d’expériences.
Philippe Collin, agriculteur en GAEC sur les « petites terres à cailloux » des plateaux de Bourgogne, exprime cette même préoccupation d’autonomie alimentaire. Jeune agriculteur il avait vendu son troupeau pour alléger ses charges de travail : convaincu des impasses d’une agriculture aux rotations trop courtes (blé, orge, colza) et de la nécessité de s’affranchir de la dérive pesticide, il a décidé de réintroduire un troupeau laitier vingt ans plus tard, pour allonger ses rotations culturales et entretenir ses terres, avec notamment la culture de luzerne, bien adaptée à la sécheresse de ses terrains. Cela lui permet d’assurer sa production laitière biologique sans faire appel au soja importé.
Bruno Guermonprez, de l’association « Elevages sans frontières » a montré l’intérêt de l’élevage dans les pratiques agricoles des pays en développement à travers le soutien à l’élevage maîtrisé de chèvres en Afrique de l’Ouest. Un investissement à la portée d’éleveurs pauvres, un moyen de valorisation d’une biomasse végétale résiduelle difficilement utilisable autrement, et une démarche de développement communautaire.
La rencontre s’est poursuivie par des échanges complémentaires qui ont principalement porté sur la contribution de l’élevage à l’effet de serre, soulignant l’intérêt des modes de gestion des prairies et des haies, et sur l’accentuation des contraintes climatiques, dont Philippe Collin soulignait qu’elles « bouleversent actuellement tout ce que les agriculteurs savent faire ». Une incitation à continuer à travailler dans un esprit de sobriété.
Retrouvez l’intégralité de la rencontre dans les actes de la journée agriculture et alimentation 2020 ACTES JAA


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