Étiquette : solidarité

  • Commentaire de l’Évangile du mardi 28 avril

    Commentaire de l’Évangile du mardi 28 avril

    Commentaires à partir du texte de Jean chapitre 6, versets 30-35

    La foule vient de faire une expérience inédite du partage : 5 000 personnes nourries avec cinq pains d’orge et deux poissons… et voilà qu’elle réclame à Jésus des signes ! C’est à n’y rien comprendre. Plus que voir, les auditeurs de Jésus ont été au cœur de l’évènement et pourtant, ils ne mettent toujours pas leur confiance en Jésus, ils ne sont pas près de croire en lui… Peut-être veulent-ils le réduire à n’être qu’un faiseur de miracles, refusant alors de se laisser surprendre par Dieu, par son envoyé, retombant dans les mêmes ornières que leurs pères, incrédules malgré la manne, malgré l’eau du rocher…

    Et nous, que demandons-nous en cette période de pandémie ? Que, miraculeusement, il interrompe la contagion et ses conséquences ? S’il y a encore des amis du Christ aujourd’hui (on peut l’espérer), c’est avec eux, en eux et par eux que des signes nous sont donnés de sa présence, pour peu que ces amis et disciples réalisent l’œuvre de Dieu en partageant avec d’autres, leur temps, leurs forces, leurs compétences, leurs disponibilités pour donner le pain et l’eau dont ont besoin ici et maintenant nos contemporains.

    Être activement présent-es sur les lieux de fracture de la société (et ils nous sont devenus visibles) pour redonner à tou-tes et à chacun-e de la confiance en l’autre, de l’espérance en l’avenir, et cette fraternité sans laquelle nous mourrons tous de faim et de soif. Alors le pain que nous partagerons dans nos rencontres fraternelles et liturgiques sera vraiment un pain de vie, cette vie que Dieu veut répandre en tous pour que nous n’ayons plus faim…

    Marc, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)

    Pour vous accompagner pendant ces prochaines semaines, l’ENAD (Équipe nationale d’aumônerie diversifiée) du CMR vous propose chaque jour un petit texte ou un commentaire d’Évangile.

    Vous pourrez trouver les textes référencés en vous rendant par exemple sur le site https://www.aelf.org/.

    Reconstitution de la Cène à l’hôpital de la Salpêtrière, Paris.
  • Aux frères et aux sœurs des mouvements et organisations populaires

    Aux frères et aux sœurs des mouvements et organisations populaires

    Le pape François adresse cette lettre aux acteurs et actrices des mouvements populaires, pauvres aux côtés des pauvres en temps de pandémie.

    Chers amis,

    Je pense souvent à nos rencontres : deux au Vatican et une à Santa Cruz de la Sierra et je vous avoue que ce « souvenir » me fait du bien, me rapproche de vous, me fait repenser à tant de discussions partagées durant ces rencontres et aux nombreux projets qui en sont nés et y ont mûri, et dont beaucoup sont devenus réalité. Aujourd’hui, en pleine pandémie, je pense particulièrement à vous et je tiens à vous dire que je suis à vos côtés.

    En ces jours de grande angoisse et de difficultés, nombreux sont ceux qui ont parlé de la pandémie dont nous souffrons en utilisant des métaphores guerrières. Si la lutte contre le COVID-19 est une guerre, alors vous êtes une véritable armée invisible qui combattez dans les tranchées les plus périlleuses. Une armée sans autres armes que la solidarité, l’espoir et le sens de la communauté qui renaissent en ces jours où personne ne peut s’en sortir seul. Vous êtes pour moi, comme je vous l’ai dit lors de nos rencontres, de véritables poètes sociaux qui, depuis les périphéries oubliées, apportez des solutions dignes aux problèmes les plus graves de ceux qui sont exclus.

    Je sais que très souvent vous n’êtes pas reconnus comme il se doit, car dans ce système vous êtes véritablement invisibles. Les solutions prônées par le marché n’atteignent pas les périphéries, pas plus que la présence protectrice de l’État. Vous n’avez pas non plus les ressources nécessaires pour remplir sa fonction. Vous êtes considérés avec méfiance parce que vous dépassez la simple philanthropie à travers l’organisation communautaire, ou parce que vous revendiquez vos droits au lieu de vous résigner et d’attendre que tombent les miettes de ceux qui détiennent le pouvoir économique. Vous éprouvez souvent de la colère et de l’impuissance face aux inégalités qui persistent, même lorsqu’il n’y a plus d’excuses pour maintenir les privilèges. Toutefois, vous ne vous renfermez pas dans la plainte : vous retroussez vos manches et vous continuez à travailler pour vos familles, pour vos quartiers, pour le bien commun. Votre attitude m’aide, m’interroge et m’apprend beaucoup.

    Je pense aux personnes, surtout des femmes, qui multiplient le pain dans les cantines communautaires, en préparant avec deux oignons et un paquet de riz un délicieux ragoût pour des centaines d’enfants ; je pense aux malades, je pense aux personnes âgées. Les grands médias les ignorent. Pas plus qu’on ne parle des paysans ou des petits agriculteurs qui continuent à travailler pour produire de la nourriture sans détruire la nature, sans l’accaparer ni spéculer avec les besoins du peuple. Je veux que vous sachiez que notre Père céleste vous regarde, vous apprécie, vous reconnaît et vous soutient dans votre choix.

    Comme il est difficile de rester chez soi pour ceux qui vivent dans un petit logement précaire ou qui sont directement sans toit. Comme cela est difficile pour les migrants, pour les personnes privées de liberté ou pour celles qui se soignent d’une addiction. Vous êtes là, physiquement présents auprès d’eux, pour rendre les choses plus faciles et moins douloureuses. Je vous félicite et je vous remercie de tout mon cœur. J’espère que les gouvernements comprendront que les paradigmes technocratiques (qu’ils soient étatistes ou fondés sur le marché) ne suffisent pas pour affronter cette crise, ni d’ailleurs les autres grands problèmes de l’humanité. Aujourd’hui plus que jamais, ce sont les personnes, les communautés, les peuples qui doivent être au centre de tout, unis pour soigner, pour sauvegarder, pour partager.

    Je sais que vous avez été privés des bénéfices de la mondialisation. Vous ne jouissez pas de ces plaisirs superficiels qui anesthésient tant de consciences. Et pourtant, vous en subissez toujours les préjudices. Les maux qui affligent tout un chacun vous frappent doublement. Beaucoup d’entre vous vivent au jour le jour sans aucune garantie juridique pour vous protéger. Les vendeurs ambulants, les recycleurs, les forains, les petits paysans, les bâtisseurs, les couturiers, ceux qui accomplissent différents travaux de soins. Vous, les travailleurs informels, indépendants ou de l’économie populaire, n’avez pas de salaire fixe pour résister à ce moment… et les quarantaines vous deviennent insupportables. Sans doute est-il temps de penser à un salaire universel qui reconnaisse et rende leur dignité aux nobles tâches irremplaçables que vous effectuez, un salaire capable de garantir et de faire de ce slogan, si humain et chrétien, une réalité : pas de travailleur sans droits.

    Je voudrais aussi vous inviter à penser à « l’après », car cette tourmente va s’achever et ses graves conséquences se font déjà sentir. Vous ne vivez pas dans l’improvisation, vous avez une culture, une méthodologie, mais surtout la sagesse pétrie du ressenti de la souffrance de l’autre comme la vôtre. Je veux que nous pensions au projet de développement humain intégral auquel nous aspirons, fondé sur le rôle central des peuples dans toute leur diversité et sur l’accès universel aux trois T que vous défendez : terre, toit et travail. J’espère que cette période de danger nous fera abandonner le pilotage automatique, secouera nos consciences endormies et permettra une conversion humaniste et écologique pour mettre fin à l’idolâtrie de l’argent et pour placer la dignité et la vie au centre de l’existence. Notre civilisation, si compétitive et individualiste, avec ses rythmes frénétiques de production et de consommation, ses luxes excessifs et des profits démesurés pour quelques-uns, doit être freinée, se repenser, se régénérer. Vous êtes des bâtisseurs indispensables à ce changement inéluctable. Je dirais même plus, vous avez une voix qualifiée pour témoigner que cela est possible. Vous connaissez bien les crises et les privations… que vous parvenez à transformer avec pudeur, dignité, engagement, effort et solidarité, en promesse de vie pour vos familles et vos communautés.

    Continuez à lutter et à prendre soin de chacun de vous comme des frères et sœurs. Je prie pour vous, je prie avec vous et je demande à Dieu, notre Père, de vous bénir, de vous combler de son amour et de vous protéger sur ce chemin, en vous donnant la force qui nous permet de rester debout et qui ne nous déçoit pas : l’espoir. Veuillez aussi prier pour moi, car j’en ai besoin.

    Fraternellement,

    François

    Cité du Vatican, dimanche de Pâques, le 12 avril 2020.

  • Commentaire de l’Évangile du lundi 27 avril

    Commentaire de l’Évangile du lundi 27 avril

    Commentaires à partir du texte de Jean chapitre 6, versets 22-29

    Que s’est-il passé la veille ? (Jean 6/1-15)

    La Pâque, la fête juive est proche. Une foule de pêcheurs habitant près du lac de Tibériade suit Jésus avec ses disciples. Jésus gravit la montagne, à la vue de cette foule, Jésus dit à Philippe « Où achèteront-nous des pains pour que mangent ces gens ? »

    La question de Jésus rejoint le questionnement d’aujourd’hui : où chercher les différents tests pour permettre un déconfinement qui limite les risques d’infection. Nos entreprises proches, celles qui en ont la capacité, se sont mises à fabriquer des masques.

    Que va-t-il se passer avec cette foule ? (Jean 6/22-29)

    Elle ne lâche pas Jésus. Elle le cherche.

    « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et avez été rassasié-es. »

    En CMR, nous sommes attentifs aux besoins de la société.  Aujourd’hui , nous sommes rejoints par Jésus qui nous dit : « N’ayez pas peur. » Repérez les signes de la présence du Ressuscité dans le pain et le vin.

    « Sanctifie ces offrandes » : fruit du labeur des hommes, ces offrandes sont déjà issues d’un « travail » d’enfantement. Elles sont les signes de la transfiguration de notre terre. En face de l’angoisse de la crise économique qui touche les petites entreprises, repérons les gestes de solidarité et d’attention.

    Béatrice, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)

    Pour vous accompagner pendant ces prochaines semaines, l’ENAD (Équipe nationale d’aumônerie diversifiée) du CMR vous propose chaque jour un petit texte ou un commentaire d’Évangile.

    Vous pourrez trouver les textes référencés en vous rendant par exemple sur le site https://www.aelf.org/.

    Photo Jeanne Menjoulet, licence CC BY.
  • Commentaire de l’Évangile du jeudi 23 avril

    Commentaire de l’Évangile du jeudi 23 avril

    Commentaires à partir de Jean, chapitre 3, versets 31 à 36

    Jean Baptiste parle du Christ : Jésus vient du « ciel ». Il témoigne de la vie en Dieu. C’est une vie d’Amour qui anime Dieu. Et cet Amour, c’est l’Amour de l’humanité, celle qui sera en Christ à la fin des temps. Oui, l’humanité est appelée à vivre en Dieu, par, avec et en Christ. Et cet Amour qui circule entre Dieu et l’humanité, et bien c’est l’Esprit qui est totalement en Christ et depuis Pâques, continue sa présence dans l’humanité, au-delà de toute mesure.

    Oui l’Esprit de Dieu, son Amour sans mesure de l’humanité, est bien présent et, nous les disciples, nous devons voir, discerner sa présence chez nos sœurs et nos frères les humains que nous rencontrons. Nous devons agir. Nous devons vivre l’amour des autres en actes. Nous devons rencontrer Dieu pour qu’il soit présent dans nos eucharisties, dans nos prières. Dire que Christ est ressuscité, c’est dire que l’Esprit de Dieu se rend présent dans notre monde.

    Dans cette pandémie, pendant la remise en cause de notre société, aussi bien au niveau local, régional, national, européen et mondial, l’Esprit d’Amour de Dieu est bien présent. Nous laissant libre, n’attendons pas qu’il arrête l’épidémie d’un coup de baguette magique. Non, il est présent chez les femmes, surtout les femmes et quelques hommes, qui prennent soin des autres ; pensons aux aides soignantes, infirmières, médecins. Pensons aux caissières, éboueurs, et autres  métiers tournés vers le service des autres. L’esprit est là. Arrêtons de mépriser ce « petit peuple » qu’on regarde à peine, habituellement. Il est traversé par la présence de Dieu. C’est là, chez celles et ceux qui prennent soin des autres qu’est la preuve que Dieu existe, qu’il est amour. C’est d’abord par eux que nous pourrons construire une nouvelle société fondée sur la solidarité, que nous pourrons permettre au royaume donné par Dieu depuis Pâques de surgir en pleine lumière.

    Disciples, travaillons, avec notre humanité, à faire surgir l’Amour et prions pour que Dieu continue de nous donner son royaume sans mesure.

    Philippe, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)

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  • Commentaire de l’Évangile du mercredi 22 avril

    Commentaire de l’Évangile du mercredi 22 avril

    Commentaires à partir du texte de Jean chapitre 3, versets 16-21

    L’enjeu de l’incarnation du Fils de Dieu en un homme n’est pas pour accabler l’humanité. Non, c’est un acte d’Amour fou de Dieu qui est Père. Avoir confiance en l’Amour de Dieu nous fait échapper au jugement. Car ce qui juge, c’est le côté éclairant du Christ. Il est comme un phare qui éclaire toute l’humanité. Et ce phare d’Amour, c’est un phare super puissant qui ne laisse aucune zone dans l’ombre.

    N’est-ce pas un enjeu de cette pandémie qui vient désorganiser à la fois, nos vies personnelles, nos vies de famille, nos vies de travail, nos relations amicales ou professionnelles ?

    Dans les commentaires de cette pandémie, voilà que des zones d’ombre, d’obscurité totale apparaissent. La pandémie met les hôpitaux sous tension, certes. Mais l’hôpital allait suffisamment mal avant la pandémie pour que toutes les strates professionnelles pensent à démissionner ou se mettre en grève. Et l’organisation de la santé en dehors de l’hôpital n’allait pas mieux : fermeture de maternités en rural, difficulté de remplacer les médecins de campagne à cause entre autres de la dureté de leurs vies, difficultés des infirmières à domicile tellement mal rémunérées, difficulté pour la prise en charge des personnes âgées désirant rester à domicile, etc.

    La lumière, peu à peu, apparaît, car l’Esprit d’Amour ne s’arrête jamais d’éclairer l’humanité, quelquefois à son insu. Elle éclaire le dévouement des professionnels de la santé, le dévouement surtout des femmes, à l’hôpital, dans les magasins encore ouverts, ou bien dans les services des ordures ou du nettoyage des lieux publics. C’est cette même lumière qui fait qu’une partie de la population se met à applaudir…Mais la lumière éclaire aussi l’égoïsme qui traverse notre humanité…la mauvaise gestion des masques, les choix politiques qui nous conduisent à vivre un confinement qui bloque l’économie certes, mais qui remet en cause toutes les relations sociales, le fait qu’il faudrait déconfiner en testant toute la population, mais sans en avoir les moyens faute de ne pas avoir prévu. Dieu ne juge pas… Il éclaire… Eh bien, nous sommes invité-es, nous les disciples, à nous transformer en petite table ou Dieu peut poser sa lumière. Il pourra ainsi éclairer le chemin que l’humanité, dès aujourd’hui, doit prendre pour sauver la planète au niveau écologique, pour éviter que les pandémies suivantes ne conduisent aux confinements. Travaillons en acte et en prière pour que l’humanité choisisse enfin le seul chemin de vie : celui de l’amour de nos sœurs et nos frères en humanité.

    Philippe, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)

    Pour vous accompagner pendant ces prochaines semaines, l’ENAD (Équipe nationale d’aumônerie diversifiée) du CMR vous propose chaque jour un petit texte ou un commentaire d’Évangile.

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    Photo Josselin Berger
  • Commentaire de l’Évangile du mardi 21 avril

    Commentaire de l’Évangile du mardi 21 avril

    « L’égalité […] n’existera d’une manière véritable que lorsque chacun […] produira selon ses facultés et consommera selon ses besoins. »
    Louis Blanc, 1839

    Commentaires à partir d’Actes des Apôtres 4,32-37 & Jean 3,7b-15

    En lisant cet extrait des Actes des Apôtres, je suis demandé dans quelle utopie j’étais soudain transporté ! En effet, tout mettre en commun, même après la pandémie que nous vivons, j’ose à peine y croire… Il aurait déjà fallu commencer par les masques, les respirateurs, les moyens hospitaliers, et cela, pas seulement entre les régions, mais aussi les pays et même les continents, alors que le réflexe premier est celui de la fermeture…

    Rendre témoignage de la Résurrection, c’est à dire de l’entrée dans une vie nouvelle, c’est veiller nous dit Saint Luc à ce que personne ne soit dans l’indigence, au point de distribuer à chacun-e en fonction de ses besoins… et, continuons à rêver, remettre les dettes, les compteurs à zéro pour pouvoir repartir avec les mêmes chances ; en finir avec les profits éhontés (peut-être avez-vous aussi reçu cette proposition : comment tirer profit – financier – de la crise ?), et choisir avec détermination la solidarité.

    Pour cela, « il nous faut naître d’en haut », dit Jésus à Nicodème. Mais « comment cela peut-il se faire ? » En se laissant porter par un souffle nouveau qui peut nourrir notre vie intérieure (de confiné-e), de quoi nous mettre à l’écoute de cette voix tout aussi intérieure, que les bruits de la société avaient progressivement occultée.

    Inspirons-nous du titre de ce livre de Christiane Singer : Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? Mais il faut du temps et du silence pour croire, pour mettre notre confiance en Celui qui nous parle des choses du ciel, non pas pour que nous nous évadions de la terre, mais pour que nous y vivions avec le désir de contribuer ensemble à l’émergence d’une vie nouvelle au service d’une maison commune pour toute l’humanité.

    Marc, équipe nationale d’aumônerie diversifiée (ENAD)

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    Eric Delcroix, Cyberlabe
  • Faire entendre la clameur du confinement

    Faire entendre la clameur du confinement

    Il y a quelques semaines nous vous proposions de venir à Tarare « porter la clameur du rural dans l’Espérance ». L’actualité mondiale en a décidé autrement…

    Nous voilà aujourd’hui tous et toutes confiné-es, comme perdu-es dans nos maisons, avec parfois un sentiment d’immobilisme, de solitude, de crainte mais aussi une envie de sortir de cette situation différent-es, en mettant ce temps à profit.

    Nombreux-ses sont ceux et celles qui s’engagent pour apporter leur aide, aux soignant-es, aux oublié-es, aux isolé-es…

    Aussi il nous parait important de permettre à tou-tes ceux et celles qui le souhaitent de faire entendre

    la clameur du confinement.

    En d’autres mots, permettre, aux équipes CMR, fédé, citoyen-nes, groupe de jeunes… de s’exprimer avec le mode d’expression qui leur convient (chant, danse, photo, vidéo, dessin, texte, témoignage audio…) sur ce qu’ils et elles souhaitent nous dire, nous faire entendre sur ce temps que nous vivons.

    Comment arrivons-nous à transformer ce que nous vivons, avec toutes les difficultés de nos quotidiens, en quelque chose de positif, de beau, porteur d’espérance ?

    Pas de consignes techniques particulières. Une clameur peut être un témoignage, un récit, la photo d’une action, d’une rencontre, le résultat d’une réflexion… Soyez apôtres de ces clameurs !


    Alors à vos crayons, claviers, instruments de musique, appareil photo… faites nous entendre ces témoignages, ces clameurs, nous les relayerons dans un premier temps (si vous en êtes d’accord) via le site internet du CMR et les réseaux sociaux.

    Envoyez votre clameur à l’adresse suivante : communication@cmr.cef.fr.

  • Rester debout dans la tourmente

    Rester debout dans la tourmente

    En cette période de confinement, chercher à mettre des mots (1) sur cet événement brutal qu’est la crise sanitaire mondiale est un exercice à la fois exigeant et bienfaisant. Il met, en effet, dans l’obligation de prendre la mesure des conséquences tragiques de la pandémie et de tout tenter pour y faire face, sans ignorer, cependant, les causes qui en sont à l’origine, celles-ci pouvant, à la réflexion, fissurer quelques certitudes ou renforcer certaines convictions.

    Chacun·e, avec sa sensibilité propre, depuis sa petite fenêtre sur le monde extérieur, et comme il le peut, nous essayons d’exprimer modestement ce que nous ressentons intimement et ce que nous commençons à comprendre et à apprendre de ce qui nous arrive.

    Viendra ensuite, le moment venu, le temps de la relecture avec d’autres, proches ou plus éloigné·es, pour partager ce que nous sommes devenu·es, individuellement et collectivement, dans la traversée de cette épreuve sans précédent.

    Rester confiné·es, donc sans sortir, ne signifie pas qu’il faut s’enfermer et vivre replié·es dans nos maisons, chacun·e pour soi. Au contraire, il faut rester ouvert·es et attentifs aux inquiétudes et aux peurs qui s’expriment autour de nous.

    Dans la situation actuelle, nous avons besoin d’informations. Elles sont nombreuses et certaines parfois tendancieuses. Nous devons, là aussi, nous protéger en préservant une bonne distance critique pour ne pas s’attarder aux polémiques inutiles qui empoisonnent l’opinion, ni aux rumeurs et « fausses nouvelles » véhiculées par ceux qui prétendent tout savoir et pour ne pas, non plus, se laisser submerger par la vague montante de la maladie, car il nous faudra encore apprendre à vivre avec elle pendant quelque temps, non dans le déni, mais dans le courage et la lucidité.

    1. Affronter le coronavirus

    Ils et elles sont mobilisé·es avec beaucoup d’énergie et toute la rigueur, l’expertise et l’intelligence collective qui les caractérisent, les scientifiques, les chercheurs et les hauts responsables des grands services de santé. Nous n’avons, sans doute pas, jusqu’à ce jour, apprécié à leur juste valeur la pertinence et le bien-fondé de leurs travaux.

    Ils et elles sont aussi mobilisé·es, avec la même énergie et avec leurs compétences et leur savoir-faire, tou·tes les professionnel·les de santé. Leur engagement et leur investissement exceptionnels font l’admiration de tous et l’hommage qui leur est rendu est tout à fait mérité. Ils et elles mettent de côté, temporairement, leurs revendications, exprimées depuis longtemps déjà en matière d’amélioration du budget des hôpitaux, de salaires, d’effectifs et de conditions de travail, pour donner priorité à leur mission première qui est de soigner.

    Ils sont également mobilisés avec beaucoup d’énergie, les pouvoirs publics et tous les services de l’État, avec la lourde responsabilité de prendre les meilleures décisions politiques possible pour des mesures fortes, jugées dans l’immédiat comme étant les plus efficaces. Il leur revient, de plus, de fournir une information claire et transparente sur l’évolution de la pandémie. Nous avons besoin de savoir pour comprendre la nature, l’ampleur de cette maladie et la manière la meilleure de s’en protéger.

    1. Des contraintes à assumer

    L’obligation de « rester chez soi », la fermeture des écoles, de certains commerces et services, l’activité réduite de nombreuses entreprises changent brutalement la manière de vivre de chacun·e, même si la majorité d’entre nous semble s’y adapter plus ou moins bien et avoir pris la mesure du danger.

    Il faut cependant regretter et condamner l’inconscience et les comportements irresponsables de ceux qui prennent à la légère l’application des consignes établies pour se protéger soi-même et pour protéger les autres.

    « Rester chez soi », évidemment oui, mais que deviennent ceux et celles qui n’ont pas de chez soi et qui voient leurs problèmes quotidiens démultipliés : les sans-abri dans la rue, les migrant·es refoulé·es d’un pays à l’autre, les réfugié·es syrien·nes dans les camps, sous les bombes, et tant d’autres déplacé·es, partout ailleurs, à travers le monde.

    Les grandes concentrations de population qui, dans les villes, comme en Inde, avec les très mauvaises conditions de logement et la promiscuité, rendent impossibles les consignes de sécurité sanitaire. De plus, dans une économie informelle, le travail manquant, une crise alimentaire risque de s’ajouter à la crise sanitaire.

    Les désagréments occasionnés par le confinement bousculent le quotidien de tou·tes, et d’une manière très particulière, celui des personnes âgées et invalides pour qui l’aide ménagère ne vient plus à la maison, le cabinet du kiné est fermé et l’infirmier·e ne vient plus qu’une fois par jour au lieu de deux. Pourtant, pour ceux qui en ont la possibilité, recevoir les repas du jour livrés à domicile permet de répondre à un besoin essentiel.

    Et celles et ceux qui ont la chance de vivre à la campagne bénéficient des atouts précieux que sont la facilité de s’aérer librement et d’admirer les fleurs de printemps qui égaient, en abondance, à cette période, leur petit coin de jardin.

    Des petites solidarités de voisinage s’inventent, comme par exemple de regrouper les courses, de prendre soin les un·es des autres par téléphone ou encore de s’assurer que personne ne manque de l’essentiel.

    Tous ces petits gestes du quotidien qui sont importants ne suffiront pas pour enrayer la pandémie, il faudra encore la mobilisation des soignant·es et des politiques énergiques pour les accompagner.

    1. La vie économique durement touchée

    Les consignes sanitaires actuelles entraînent à l’évidence un ralentissement de l’économie et dans certains secteurs un arrêt partiel, avec, globalement, selon l’INSEE, un tiers de salariés qui seraient en activité sur leur lieu de travail, un tiers en télétravail et un tiers en chômage partiel. Nous n’oublions pas que derrière les chiffres et les statistiques il y a des familles, des hommes et des femmes qui vivent la période avec beaucoup de difficultés.

    Le gouvernement a été amené à prendre des mesures exceptionnelles pour que l’économie du pays ne s’effondre pas, l’urgence étant d’éviter les licenciements et les faillites d’entreprises.

    Il offre le maximum de facilités aux entreprises, avec l’indemnisation du chômage partiel et tout un arsenal de mesures pour tenir pendant la bataille sanitaire et pour redémarrer correctement après.

    Certaines filières souffrent particulièrement : le tourisme, la restauration, le transport, le monde du spectacle, de la culture et de l’événementiel, et sans doute d’autres encore.

    Le secteur agricole et alimentaire n’est pas concerné directement par les restrictions d’activités, mais il reste très dépendant des possibilités de transport pour les approvisionnements et pour l’acheminement de la production. Les producteurs de fruits et de légumes craignent cependant le manque de main d’œuvre dans les prochaines semaines, faute de pouvoir accueillir, comme les années précédentes, les saisonnier·es étranger·es, confiné·es elles et eux aussi, pour la plupart, dans leur pays et qui ne peuvent ou ne veulent plus venir en France.

    Les deux impératifs qui s’imposent à l’activité économique d’aujourd’hui sont bien de continuer à assurer les services nécessaires à la vie de chaque jour et d’éviter l’arrêt complet de l’économie du pays, tout en protégeant la santé des salariés qui sont obligés d’aller travailler et en refusant que leur vie soit mise en danger.

    1. Des remises en cause difficiles

    Il n’est pas encore l’heure de tirer les leçons de cette période mais déjà se profilent des interrogations et des remises en cause douloureuses. Il nous faut déjà, pour le moins, continuer à cultiver les liens entre tous les âges de la vie. Ils ne sont pas faciles à exprimer aujourd’hui dans les Ehpad et les familles éclatées. Plus que jamais nous avons bien le sentiment que la vie passe par les liens que nous entretenons entre nous et par le souci que nous avons les uns des autres.

    Il nous faut aussi consentir collectivement à un mode de vie et de consommation auxquels, jusqu’à ces derniers temps, nous n’étions pas bien préparé·es.

    La crise aujourd’hui nous pousse encore à interroger le fonctionnement de l’économie nationale et mondiale et à envisager d’autres perspectives et un profond changement de vision pour l’avenir.

    La croissance économique n’est plus, pour le moment, la seule manière d’évaluer le succès des politiques publiques. Il faudra donc interroger le modèle de développement dans lequel nous sommes engagé·es et qui laisse apparaître de nombreuses failles au grand jour, comme par exemple au niveau du commerce mondial ou des relations avec les pays moins développés. De plus en plus, il semble que la récession sera plus forte qu’annoncée et le redémarrage plus long que prévu.

    La santé des populations doit aujourd’hui et plus que jamais primer sur celle des entreprises, en somme, la vie avant l’économie, avec des priorités qui s’imposent, quel qu’en soit le prix, (« quoi qu’il en coûte », dit le président) et pour l’aide aux entreprises et la relocalisation de l’économie et pour que le malade redevienne le centre d’un système de santé qui humanise et qui ne s’en tienne pas à la rigueur d’une gestion comptable pour réduire les coûts.

    Un changement de cap et une remise en cause sont donc obligatoires pour sortir d’une politique d’inspiration ultra-libérale qui apporte la preuve qu’il est impossible de continuer sur la trajectoire actuelle.

    1. Un autre monde à inventer

    La fragilité de notre société

    Il est évident qu’il faut d’abord admettre la réalité de la crise, ne pas la nier, mais avoir le courage de la regarder en face, sans naïveté et sans illusion. Nous devons chercher à comprendre ce qu’elle signifie et ce qu’il conviendra de reconstruire à partir de ce que nous aurons appris.

    La crise parle déjà de notre civilisation et de notre société, des dégâts qu’il faut évaluer et des leçons qu’il faudra en tirer. Elle parle de l’état de notre organisation sociale et économique et en démontre toute la fragilité. La chute des cours de la Bourse en est une illustration. Elle prouve qu’il ne faut pas accorder une confiance aveugle au libre-échange et qu’il est urgent qu’un autre temps commence.

    Nous sommes désorienté·es parce que nous avions le sentiment de vivre dans une société hyper-technique et très puissante qui, avec tous les moyens à sa disposition, pouvait se rendre maître de tout, sauf de ce minuscule virus qui sévit partout dans le monde et qui nous contraint à reconnaître la fragilité de notre condition humaine et aussi celle de notre environnement et de nos systèmes économiques.

     La mondialisation à repenser

    Sur le volet économique, nous pensions que le marché était la meilleure stratégie puisqu’il était plus facile, parce que moins cher en raison des coûts salariaux dérisoires, de fabriquer du matériel médical et des médicaments à l’étranger.

    Nous découvrons que des souverainetés, comme celle de la santé, sont primordiales, que le marché ne peut pas tout réguler et qu’il faut impérativement relocaliser la production de certains produits pharmaceutiques, le pays n’ayant pas su, à temps, préserver son indépendance sanitaire. Il nous faut donc repenser la mondialisation et approfondir la réflexion sur les dérives de l’économie libérale et mondialisée.

    La politique de santé à revoir

    Depuis plusieurs décennies déjà, les réformes de l’hôpital en France ont porté surtout sur l’organisation et la manière de réduire les coûts, alors qu’il y a un manque cruel d’équipements et de personnels. L’État devra revoir sa politique de santé et en augmenter considérablement le budget qui avait été mis à mal avec les plans d’austérité, suite à la crise financière de 2008.

    La transition écologique en cause

    Nous commençons aussi à constater que la pollution a diminué au même rythme que l’activité économique de la planète, ce qui n’est pas sans poser beaucoup de questions au niveau de l’industrie automobile ou du développement du transport par rail.

    Le dôme de pollution au-dessus de la province industrielle du Hubei, en Chine, là où tout a commencé, est en train de disparaître et le ciel redevient bleu quand les industries et les automobiles s’arrêtent, preuve évidente, s’il en fallait, que les activités humaines sont bien à l’origine de la pollution.

    Dans la vallée de l’Arve, les indicateurs de la pollution de l’air liée au trafic routier ont baissé de manière significative et l’air y devient plus respirable.

    Ces premières constatations positives permettront-elles d’opérer une véritable transition écologique ou la reprise économique qui suivra immanquablement la crise réduira-t-elle à néant ces avancées ?

    Le travail à revaloriser

    Au niveau économique et social, nous devrons prendre en compte le fait que le travail, y compris des plus modestes, est vraiment indispensable et qu’il doit être revalorisé et mieux rémunéré.

    Il nous faudra réapprendre à donner plus de considération à ce qu’on appelle avec condescendance « les petits métiers ». En temps de crise, ils ont une importance très particulière comme c’est le cas de celles et de ceux qui sont derrière les caisses de nos supermarchés, des éboueurs et de leurs services qui continuent à collecter nos ordures ménagères, des livreurs et des salarié·es du transport routier qui nous approvisionnent, des agents d’entretien des sociétés de nettoyage qui nous protègent, des postier·es qui sont un lien quotidien ou des aides à la personne si utiles pour le maintien à domicile de ceux qui ne pourraient plus vivre seul·es et de tant d’autres encore qui sont très concrètement rendu·es visibles alors qu’ils elles étaient jusqu’à maintenant ignoré·es par une partie de la société.

    Le commerce de proximité à encourager

    Au niveau de notre quotidien, en tant que consommateurs et consommatrices, pour ne pas trop s’éloigner de nos appartements et pour ne pas croiser beaucoup de monde dans les grandes surfaces, nous avons choisi d’acheter dans le petit commerce de proximité et dans les épiceries et supérettes de quartier qui voient doubler leur chiffre d’affaires.

    De leur côté, les petites structures agricoles et fromagères, comme c’est le cas dans nos deux départements de Savoie, ont besoin de notre soutien, leurs produits sous label AOP ou IGP, (appellation d’origine protégée – indication géographique protégée) n’étant pas considérés comme de première nécessité. Ces producteurs sont pourtant plus que jamais essentiels au développement local et ils veulent, avec des prix rémunérateurs, pouvoir vivre dignement de leur travail. Espérons qu’on ne les oubliera pas non plus après la crise.

    Une autre solidarité entre les peuples

    Un autre monde est aussi à inventer au niveau international. Il faut se réjouir de la coopération des États qui échangent leurs connaissances, partagent leurs recherches et proposent leur aide. Mais les règles du commerce mondialisé les engagent plutôt dans une tout autre direction, celle de la compétition économique et de la concurrence pour acquérir de nouvelles parts de marché et asseoir leur influence et leur domination sur les autres.

    Pour sortir de la crise, la coopération et la solidarité entre les pays et les peuples apparaissent comme les meilleures options à privilégier à l’échelle planétaire.

    1. Comment fera-t-on demain ?

    Après l’immense choc économique et social qui s’annonce, il faudra encore résister et empêcher l’ancien monde de reprendre ses vieilles habitudes, le risque étant toujours d’oublier assez vite ce que nous avons appris de la traversée de cette épreuve.

    La tentation sera de recommencer comme avant, alors qu’il s’agit d’ouvrir un nouveau chemin et d’apprendre à voir la vie autrement d’autant que nous ne sommes pas à l’abri d’une nouvelle crise, après la crise financière de 2008, la crise migratoire des années 2015, la crise écologique en cours, la crise alimentaire actuelle dans certains pays et la crise de notre système économique avec la crise sanitaire du coronavirus.

    Il faudra refuser que l’argent gouverne nos vies et faire passer la vie avant la Bourse ou les profits qui font croître les inégalités et la pauvreté, avec des échelles de salaires indécentes. Il faudra s’interroger sur le rôle et le pouvoir des actionnaires dans la répartition du résultat des entreprises ainsi que sur le rapport dominant du capital sur le travail.

    Finalement, la question de fond sera toujours de s’attacher à écrire un autre récit pour l’avenir, non seulement sur ce que nous sommes et voulons être, mais aussi sur ce que nous voulons réussir ensemble qui soit en rupture avec les logiques du capitalisme et du libéralisme et qui ne s’en tienne pas, à la marge, à des ajustements de détail.

    La tragédie silencieuse vécue, ces dernières semaines, dans les Ehpad a attiré notre attention sur la situation des personnes âgées plus susceptibles d’être touchées par la maladie et plus encore sur les résidents peu autonomes  et touchés très intimement par le manque de visites de leurs proches. Selon les informations recueillies, il y aurait eu 106 décès dans les Ehpad de Haute-Savoie entre le 1er mars et le 15 avril.

    Il faudra donc, de manière urgente, revoir la prise en charge de la dépendance, en préparant une nouvelle loi dans le cadre d’un grand service public d’aide à l’autonomie. Il en va de l’humanité de notre société.

    Il faudra encore, avec une autre volonté politique, compter avec nos organisations syndicales et s’appuyer sur elles. Leur rôle est d’organiser les salarié·es pour défendre leurs intérêts. Elles ont aussi en perspective la visée du progrès social pour tous et le projet d’une autre société à construire. Elles peuvent contribuer utilement à envisager les jours d’après la crise sanitaire, à la condition toutefois de mettre en place un vrai dialogue social où elles ne seront plus seulement consultées, mais associées comme de véritables partenaires, à même de faire valoir leurs propositions et leurs attentes pour le monde de demain.

    1. La contagion de l’espérance

    C’est le souhait du pape François, le jour de Pâques. Il s’adressait « à la ville et au monde », seul, depuis l’immense place Saint-Pierre, à Rome, étonnamment vide. Selon lui, la contagion de l’espérance passe par l’indispensable respect des consignes de sécurité pour faire barrage au coronavirus et par l’espoir de voir les nations plus solidaires pour faciliter et accélérer l’accès aux médicaments plutôt que la production des armes, mais aussi la levée des sanctions internationales, l’annulation des dettes des pays les plus pauvres et un traitement juste pour les migrants.

    L’espérance, en effet, n’est pas un rêve béat, elle est le fruit des solidarités retrouvées et d’un combat sans répit, à l’image du combat acharné des scientifiques pour traquer le virus et chercher les traitements et vaccins appropriés, le combat des soignant·es, admirables et fatigué·es, celui des petites mains qui, sans bruit,  fabriquent des sur-blouses et des masques, celui des anonymes, très nombreux qui, discrètement, à proximité des hôpitaux, préparent des repas pour les personnels soignants.

    Face à l’urgence du moment, le réel et le présent prennent un relief tout particulier et pèsent lourdement sur les décisions à prendre. Les projets et les prévisions programmées sont suspendues. Tout ce que nous avions planifié s’est évaporé, comme si on s’interdisait de penser le futur, comme si le futur était vide et qu’aucune promesse ne pouvait l’habiter, ni le faire vivre.

    Cette épreuve, pour les chrétiens, rappelle étrangement le silence du samedi avant Pâques. Nous sommes aujourd’hui les frères et les sœurs de ces hommes et de ces femmes qui, un soir de vendredi noir, ont vu leur monde et leur espérance s’effondrer avec, devant eux, un grand vide, une absence insoutenable et un tombeau également vide.

    Ils et elles restent alors confiné·es dans leurs maisons, l’horizon bouché, replié·es sur eux-mêmes, jusqu’au jour où, leurs peurs déverrouillées, ils et elles osent sortir. Là, ils et elles sont ébranlé·es par un immense coup de vent qui les projette en avant, dans un nouvel élan pour un nouveau départ. Ce Souffle devient pour eux source d’énergie pour le présent et d’inspiration pour le futur.

    Brusquement, ils et elles découvrent qu’ils n’ont jamais été abandonné·es et que les chemins d’espérance et de vie qui leur ont été enseignés l’ont été pour une expérience à vivre dans la condition ordinaire de tous les jours. Dans une langue que tous les peuples de la Terre comprennent, ils et elles annoncent que désormais ils et elles devront apprendre à vivre autrement, de même que nous, aujourd’hui, nous devons revoir nos priorités, distinguer le futile du nécessaire et l’accessoire de l’essentiel qui fait vivre, qui est porteur de sens et mérite qu’on s’y donne tout entier.

    Et il nous faudra encore nous laisser entraîner par un souffle de vie beaucoup plus fort pour aider la planète et l’humanité malades à respirer un peu mieux. Ainsi, avec beaucoup d’autres qui, individuellement ou avec leurs associations, prennent un peu partout, en rural comme ailleurs des initiatives tout à fait nouvelles et prometteuses, nous croyons qu’un autre monde est possible et que peut donc se propager la contagion de l’espérance.

    Pierre Miot, prêtre-ouvrier en Haute-Savoie (74)

    (1) Texte écrit pendant la première période de confinement, du 17 mars au 15 avril 2020, sans prétendre aborder tous les aspects de l’événement.

     

    Le Vatican pendant le confinement par Bradiporap de Pixabay
  • “Chacun chez soi, oui, chacun pour soi, non !”

    “Chacun chez soi, oui, chacun pour soi, non !”

    Le CMR, inquiet des difficultés auxquelles sont confronté-es les plus modestes depuis le début du confinement, s’associe à cet appel.

    À monsieur le président de la République

    Monsieur le Président de la République,

    À la crise sanitaire est en train de s’ajouter une crise sociale.

    Pour les personnes et les familles les plus modestes, le confinement signifie baisse de revenus, surconsommation de chauffage et d’électricité, hausse des dépenses pour se nourrir face à la fermeture des cantines scolaires, alors même que les circuits d’aide alimentaire sont affaiblis.

    C’est pourquoi nous demandons aujourd’hui le versement d’une prime de solidarité de 250€ par personne et par mois pour les personnes les plus en difficulté.

    Cette somme est nécessaire pour couvrir les dépenses alimentaires et les factures énergétiques des logements.

    Elle devrait :

    • être versée automatiquement à tous les allocataires de minima sociaux, aux jeunes précaires et aux familles bénéficiaires de l’allocation de rentrée scolaire.
    • être reconductible pendant toute la durée de la fermeture des cantines scolaires.

    Ce signe fort de solidarité de notre société pour soutenir les plus vulnérables est plus que jamais nécessaire.

    SIGNEZ ET PARTAGEZ L’APPEL !

    Un appel lancé par le Secours Catholique-Caritas France en partenariat avec la CFDT, Emmaüs France, l’UNIOPSS, APF – France handicap, FAS (Fédération des acteurs de la solidarité), FAP (Fondation Abbé Pierre), Collectif ALERTE, ATD Quart Monde, Fapil, l’Ansa, Semaines sociales de France, Mission de France, Apprentis d’Auteuil et avec le soutien d’Oxfam France, des Petits frères des pauvres, Vacances et Familles et Vacances ouvertes.

  • Pâques confiné, restons en communion

    Pâques confiné, restons en communion

    Chrétiens dans le monde rural vous propose de rester en communion malgré le confinement.

    Nous vous invitons à écrire la suite du poème ci-joint et à nous envoyer vos œuvres, avec votre signature ou non selon votre choix, pour une future publication à cmr.pasdecalais@wanadoo.fr

    Dans le courant de la semaine prochaine, une deuxième proposition vous sera faite autour d’un article de presse et, lors de la semaine sainte, vous pourrez prolonger votre réflexion à partir d’un ou deux textes bibliques.

    Alors à vos stylos ! Euh non : à vos claviers ! Mais si vous préférez écrire à la main, rien ne vous empêche de scanner ou de photographier.

    N’hésitez pas à partager ceci à d’autres personnes et, en attendant de vous lire, prenez soin de vous et de votre entourage.

    Sylvie pour l’Équipe d’aumônerie diversifiée du CMR

    Cette initiative est aussi à retrouver sur le site du CMR 62.