Quand je regarde le CMR Tarnais, il y a quelques équipes qui existent depuis 25 ou 30 ans, mais pas encore d’équipe avec la jeune génération. Ces équipes anciennes sont composées de personnes très engagées dans la société et dans l’Eglise ; chacune à partir soit de la place qu’elle occupe par son travail, ou par sa place au sein d’un conseil municipal, où à la Communauté des communes, d’autres encore sont engagés auprès des migrants sans papier…
Pour ces personnes, l’équipe CMR a été, et continue d’être le lieu de parole qui permet à chacun-e d’exprimer en toute confiance ce qu’elles vivent, d’être à l’écoute, d’approfondir les situations apportées et d’accueillir la Bonne Nouvelle. Chacun-e, revenant sur son terrain, essaie de mener l’action de transformation qui est possible avec d’autres.
C’est ce type d’équipe qui existe. Je pense que cette façon de se retrouver est difficile aujourd’hui à
développer : elle me semble correspondre à une époque du rural et même je dirais à un temps de l’Eglise qui a changé. Ce n’est pas pour rien que le CMR dans sa structure nationale, réfléchit sur la jeune génération faisant des propositions (voir « Agir en rural » n° 125 p.10-11).
Sur les territoires ruraux, chercher à faire équipe pour y porter la clameur du rural amène sans doute à penser la présence du CMR autrement. Sur nos territoires ruraux en bien des endroits, « des personnes nouvelles venues » sont présentes et porteuses d’aspirations au sein d’associations. Au cours de la rencontre de lancement à Saint Pierre, j’ai insisté sur ce monde nouveau qui se construit. Le texte* que je vous ai donné à lire et que j’ai présenté nous rejoint dans ce projet.
André Fossion invite à nous risquer à l’hospitalité et à la moisson. Dans le discours habituel, la mission est souvent présentée comme la nécessité pour nous d’être accueillants et bienveillants vers ceux que nous voulons rejoindre, André Fossion n’est pas contre, mais il invite à un renversement de ces perspectives : il nous dit qu’il s’agit en premier de se risquer à l’accueil dans le lieu de l’autre, sortir, c’est-à-dire pour nous se faire accueillir en inversant la logique : non pas chercher à accueillir l’autre chez nous, dans notre univers,
mais se risquer soi-même à l’accueil chez lui, dans son monde à lui, en faisant foi en ses propres capacités d’accueil.
Il cite l’appel du pape François encourageant fortement à s’allier et à collaborer avec tous les chercheurs
d’humanité : « je vous recommande de manière particulière la capacité de dialogue et de rencontre. Dialoguer, c’est rechercher le bien commun pour tous, et il ajoute que la meilleure façon de le vivre c’est de faire quelque chose ensemble, de construire ensemble, de faire des projets pas seuls entre catholiques, mais avec tous ceux qui ont la bonne volonté.
« Cet envoi de l’Eglise dans les carrefours de l’existence ne relève ni d’un esprit de reconquête, ni d’un
prosélytisme tapageur, ni d’un communautarisme identitaire. Il s’agit bien plutôt de rendre témoignage à l’évangile au sein d’un dialogue authentique, en quête et au service de l’humain. Un dialogue authentique suppose que les interlocuteurs en présence se parlent comme un ami parle à un ami, acceptent au sein de leur rencontre une case vide qui les déloge du centre et laisse une place à l’inconnu, au « Dieu inconnu », dirait Paul, ou en d’autres termes, au mystère de l’existence que l’on ne pourra jamais enfermer dans nos mots et nos représentations ».
Nous sommes toujours évangélisés par ceux et celles que l’on évangélise. La mission, de ce point de vue, ne se sépare pas de la moisson : missionner, c’est toujours moissonner. C’est toujours découvrir une moisson déjà là. « Il vous précède en Galilée, c’est là que vous le verrez. »
Vous pouvez renvoyer à la fédération vos réactions, vos questions et les défis à relever : cmr12@laposte.net
Michel Pignol





