Depuis les dernières présidentielles, le CMR s’est engagé dans un travail avec le CCFD Terre Solidaire sur la montée de l’extrême droite. Notre préoccupation est de ne pas réserver ce questionnement aux seules périodes électorales. Nous avons rejoint aussi en 2024 un groupe de travail avec le CFSI. Le questionnement est complexe car il ne faut pas confondre le champ de l’électorat avec les partis. L’extrême droite a ratissé très large sur des terrains que nous avons laissés en friche comme l’identité nationale, les migrations, l’insécurité. La manipulation sémantique les colorent d’exclusion, les problèmes existent et, c’est notre devoir de citoyens, de chrétiens, de les affronter autrement.
L’ouvrage est immense. Dans le monde rural, où je vis depuis 35 ans dans un village de 100 habitants des Hautes-Pyrénées, après 35 ans de vie citadine Paris intra muros, j’observe un grand repli sur soi. La méfiance vise « les autres » de manière abstraite, l’ouverture renaît dès que « ces » autres ont un visage. Une devise de SOS racisme me revient: « La France c’est comme une mobylette, elle carbure au mélange » ! Les pauvretés du monde rural se multiplient : celle des petits paysans et celle des de nouveaux arrivants souvent étiquetés de « cas sos » comme s’ils étaient responsables de leur précarité. Oui, à l’échelle de nos communes, il y a du travail pour déconstruire les idées reçues mais c’est surtout au ressenti des personnes qui nous entourent qu’il nous faut être attentifs, c’est la porte d’entrée pour rester en lien. Quand 30 % des votes de votre village sont crédités à l’extrême droite, c’est un devoir « d’aller vers », c’est extrêmement difficile mais incontournable.
Le CMR est un Mouvement d’action catholique et d’éducation populaire, les valeurs de l’Evangile ne sont pas négociables. En Juin 2024, nous avons publié une tribune dans la presse« Face à l ‘extrême droite, périr ou s’unir ? » Acteurs chrétiens, engagés dans nos territoires ruraux, soucieux de la fraternité, du vivre ensemble, acteurs du développement local, nous voulions mettre en avant un autre visage du rural. Des personnes qui cherchent ensemble, se réunissent , portent des initiatives d’avenir pour l’environnement, accueillent la différence, l’altérité, les migrants … En Juin 2024, mon évêque Jean-Marc Micas, transmettait à ses ouailles le communiqué du conseil permanent de la CEF et nous partageait quelques réflexions personnelles, après un rappel de Lumen Gentium. « Il est impossible de faire comme si tout n’était que question d’opinions, toutes également légitimes et pouvant être choisies sans débat. Le racisme, l’antisémitisme, la haine de certaines catégories de personnes ou de groupes de personnes en raison de leur couleur, de leur religion, de leur orientation sexuelle, de leur situation économique et sociale,ou que sais-je d’autre, ne sont pas des opinions. Ces postures de rejet de l’autre sont particulièrement opposées à la foi. En ma conscience de pasteur de l’Église, je ne peux le taire, afin de tenter d’éclairer, à ma mesure, la conscience de ceux qui me sont confiés »
De l’importance des Municipales pour toucher au concret, au sensible C’est l’élection qui intéresse le plus nos concitoyens, saisissons cette opportunité pour préparer les autres échéances ! En Août 2025, nous avons organisé un Festi’Rural dans le Cantal, pari utopique, plus de 1500 festivaliers! La démarche, Voir-Discerner-Agir nous a permis de travailler sur 8 thématiques : Agriculture, Alimentation et Foncier ; Eau, Energie et Forêt ; Nouveaux habitants des territoires ruraux ; Intergénération et Familles ; Justice sociale, Démocratie et Citoyenneté, Mobilité et Habitat dans le Rural ; Santé dans le rural ; Solidarité Internationale. Une boîte à outils, enrichie par nos partenaires. Avec ces partenaires, présents sur nos territoires, nos équipes peuvent alimenter des espaces de dialogue et de construction, cultiver le lien pour être « médiateur », au sens que lui donne le philosophe François Jullien : « … au lieu de planifier, le médiateur part, le plus modestement, au plus près du terrain, du potentiel de situation qu’il a pu repérer. Il essaie patiemment les biais les plus favorables pour fissurer … et suit les transformations silencieuses qui s’y trouvent alors amorcées de sorte qu’elles fassent d’elles-mêmes leur chemin … Remettant ainsi la situation en chantier, il la rouvre du même coup à un avenir qu’il ne prétend pour autant ni projeter ni calculer : Construire ensemble, dans un dialogue permanent, mobiliser nos réseaux, pour garantir l’ancrage et la mise en œuvre de nos propositions. Quand la démocratie se conjugue élective et participative, ainsi vécue, ne pourrait-elle pas être une des meilleures barrières face à la montée de l’extrême droite ?
Et, toujours, avec la volonté d’être créateurs d’humanité, témoins d’espérance !
Joëlle Boimare-Moné
Article paru dans la Transrural initiatives


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